Décryptage budget 2014 : l'équation impossible

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Le déficit public va augmenter l'an prochain à 82,2 milliards d'euros. Si un effort de 15 milliards d'euros sera demandé côté dépenses publiques, ce sont les ménages côté recettes qui vont soutenir l'essentiel des hausses d'impôts. Retour sur le budget 2014...

82 milliards de déficit en 2014. Comment faire preuve de « sérieux budgétaire » sans casser la croissance et l'emploi ? C'est l'équation quasi-insoluble à laquelle sont confrontés tous les gouvernements depuis plusieurs années. Une fois de plus, le Projet de loi de finances (PLF 2014), présenté mercredi en Conseil des ministres, sera en déficit, pour un montant estimé à 82 milliards d'euros, soit 10 milliards de plus que le budget 2013 mais il prendra en compte une charge de 12 milliards d'euros liée au programme d'investissements d'avenir (PIA). Pour rappel, pas un budget voté depuis 1974 n'a été excédentaire et le paiement des intérêts de la dette (46,7 milliards) restera cette année le premier poste budgétaire de l'Etat devant l'éducation nationale (46,4 milliards) ! Avec la prévision de croissance de 0,9% retenue par Bercy, le déficit public devrait ainsi ressortir à 3,6% du PIB l'an prochain contre 4,1% en 2013. Rappelons que le gouvernement s'est engagé à revenir sous la barre des 3% en 2015 après le sursis de deux ans accordé au printemps par la Commission européenne.

Un effort de 15 milliards sur les dépenses. Aux journées parlementaires du PS, Jean-Marc Ayrault a assumé « avoir été obligé d'augmenter les impôts » en 2013. En pleine polémique sur le « ras-le-bol fiscal », le premier ministre a voulu rappeler que la situation financière de l'Etat restait critique et ne lui avait donc laissé aucune marge de manoeuvre du côté des recettes. François Fillon avait déjà évoqué en 2007 un « pays au bord de la faillite ». Or, le montant de la dette publique va encore augmenter en 2014 et atteindre 95% du PIB alors même que dans le même temps le taux de prélèvement obligatoire va dépasser 46% du PIB ! Dans ce contexte, le gouvernement pouvait difficilement justifier ce projet de budget 2014 sans proposer une diminution substantielle des dépenses de l'Etat. En 2014, si les recettes sont attendues en hausse de « seulement » 3 milliards d'euros, un effort de 15 milliards sur les dépenses publiques sera ainsi demandé : 9 milliards à la charge de l'Etat qui devra réduire ses dépenses de fonctionnement et ses dépenses d'investissement. Enfin, 6 milliards devront être économisés du côté des dépenses sociales.

Les ménages mis à contribution. Outre le relèvement de la TVA au 1er janvier 2014 (de 7 à 10% pour les taux intermédiaires et de 19,6 à 20% pour le taux normal), de nouvelles hausses d'impôts vont impacter les contribuables français pour un montant d'environ 10 milliards d'euros. Parmi les plus emblématiques, rappelons que le quotient familial sera abaissé de 2.000 à 1.500 euros pour chaque demi-part. L'indexation du barème va être rétablie après deux années de gel et l'exonération des majorations de pensions -dont bénéficient les retraités qui ont élevé au moins trois enfants- va être supprimée. Quant aux entreprises, leurs prélèvements vont diminuer de 10 milliards d'euros grâce à la mise en place du crédit d'impôt compétitivité emploi (CICE) mais la nouvelle taxe attendue sur l'Excédent brut d'exploitation (EBE) suscite déjà les critiques virulentes du patronat. Selon Bercy, ce nouveau prélèvement devrait concerner 8.000 entreprises et pourrait rapporter 2,5 milliards d'euros. Mais l'essentiel des hausses d'impôts sera bien assumée par les ménages. Un choix dicté par la priorité accordée à la reprise de l'emploi. Un pari loin d'être encore gagné malgré les chiffres encourageants de Pôle emploi publiés mercredi soir et qui pour la première fois depuis deux ans témoignent en août d'une inversion de la courbe du chômage. Des chiffres qui suscitent néanmoins une certaine perplexité...

J.G



Pour aller plus loin :

Budget 2014 : un projet d'économies en pleine polémique fiscale

Budget 2014 : le gouvernement vante une réduction de dépenses sans précédent

Budget Sécu 2014 : le gouvernement serre la vis des dépenses de santé

Budget 2014 : bataille de chiffres entre le gouvernement et l'opposition (Le Point)

Budget 2014 : baisse des dépenses, le mythe et la réalité (Le Point)

Le Projet de loi de finances 2014 (sur le site officiel du gouvernement)

En vidéo sur Boursorama :

Budget 2014 : l'analyse de Nicolas Doze (BFM Business)

Chiffres du chômage : une baisse en août en trompe l'oeil (BFM TV)

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  • noterb1 le lundi 30 sept 2013 à 10:51

    il y en a marre ! on paie des impôts ? oui ! mais mes enfants ont fait des (longues) études gratuitement . J'ai été opéré gratuitement ! je prends ma voiture et je roule sur de bonnes routes ! Alors oui les plus riches trouvent qu'ils paient trop mais pour eux ce sera toujours trop . C'est dans leurs gènes d'accumuler . Ils préfèrent payer au coup par coup c'est plus cher mais cela les distingue du commun des mortels .

  • raphbus le vendredi 27 sept 2013 à 22:19

    Lioarno..inutile de taper sur les couples sans enfant..ils n'y sont 1/ pour rien 2/en moyenne un couple sans enfant (2 parts) contribuent plus en impots directs pour la communauté nationale qu'un couple avec enfant (2,3..) et sans bénéficier de la moindre aide publique... Impots proches de 5 chiffres en ce qui me concerne et à Paris, des revenus meme soit disant significatifs ne vous font pas rouler sur l'or après impots, loyer élevé, cout de la vie en general

  • jlgatel le vendredi 27 sept 2013 à 16:58

    La pause fiscale c'est maintenant , les municipales, c'est demain!!

  • koskas7 le jeudi 26 sept 2013 à 21:49

    Il est normal que les ménages payent puisque le déficit c'est les ménages qui l'ont fait !

  • lioarno le jeudi 26 sept 2013 à 18:42

    Pendant ce temps, le gouvernement fait un "effort" d'à peine plus de 2 % sur son budget (9 G€ sur 395G€), ses dépenses continuent d'augmenter. 2 ans pour pondre un air de flûte pareil!Voyez vous le mur se rapprocher? Non? Alors continuez à dormir sur vos deux oreilles, puisqu'on vous dit que tout va mieux!

  • lioarno le jeudi 26 sept 2013 à 18:36

    Et c'est encore les familles qui paient! En gros, les gens sans enfants n'ont été affectés "que" par la suppression de l'abattement de 20%. Pour 3 enfants, ca fait 4*833= 3332 € d'impôts en plus sur 2 ans. Suis-je riche François? Pourquoi on cogne sur ceux qui dépensent le plus en France? (Essaie d'aller faire les soldes à Londres avec 3 gosses tiens!)

  • c.voyant le jeudi 26 sept 2013 à 16:49

    paiement des intérêts de la dette (46,7 milliards) soit le salaire annuel de 4 millions de Français.

  • c.voyant le jeudi 26 sept 2013 à 16:48

    Carton plein pour la loi célérate qui rapporte encore cette année 47 milliards: Loi n°73-7 du 3 janvier 1973 sur la Banque de France (aussi appelée loi Pompidou-Giscard du 3 janvier 1973, et parfois, péjorativement, loi Rothschild, allusion au fait que Pompidou fut directeur général de la Banque Rothschild),

  • knbskin le jeudi 26 sept 2013 à 13:50

    C'est bien possible, AMOUR123 (Bonjour !) ... Manifestement, Pépère est en train de chercher comment rééditer le coup de Mitterrand 1981-1988 ... Pour ce genre de chose, il est doué. Au détriment de la France, évidemment. Mais Pépère, comme Mitterrand, se fiche éperdument de la France et des Français ... :(

  • AMOUR123 le jeudi 26 sept 2013 à 13:09

    Ecoutez Marc Fiorentino ce matin: http://www.bfmtv.com/grille/bfmbusiness/podcast-radio/18822/Grosse probabilité que nous ayons fl.amby réélu en 2017....