Décryptage : « La guerre des changes a un impact non négligeable sur les cours des matières premières agricoles ! » (Sébastien Técher)

Boursorama le 22/02/2013 à 17:00
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A l’occasion de l’ouverture du Salon international de l’agriculture (du 23 février au 5 mars), Sébastien Técher, consultant chez Agritel, rappelle que les politiques expansionnistes des banques centrales et la guerre des changes en cours ont des impacts réels sur les marchés des matières premières agricoles.

De nombreuses voix s’élèvent aujourd’hui remettant en question la durabilité d’un euro fort dans un contexte où les « maîtres maux » dans nos économies occidentales sont la croissance et la compétitivité. Ainsi, les gouvernements et les argentiers des grandes puissances économiques mondiales - à savoir l’Europe, les Etats-Unis et le Japon - sont à la manoeuvre pour redorer le blason de leur économie qui semble s’enliser dans une récession.

La situation des finances publiques de ces Etats laisse peu de marge de manoeuvre quant à d’éventuelles relances budgétaires. Par conséquent, ce sont les banquiers centraux qui prennent le relais en mettant en place des politiques monétaires expansionnistes, aussi appelées dévaluations compétitives ou planches à billets. En d’autres mots, les Banques Centrales des différents pays abaissent artificiellement la valeur de leur monnaie en injectant massivement des liquidités par le biais d’assouplissement quantitatif, c’est-à-dire en achetant des actifs financiers détenus par des banques ou d’autres investisseurs privés. Ce procédé de création monétaire est mieux connu sous le nom de « Quantitative Easing ». Les Banques Centrales mettent ainsi à disposition des banques et des autres investisseurs des quantités prédéfinies de cash qui pourront être réinjectées dans la sphère économique et financière.

Deux types d’effets sont alors observés.

Dans un premier temps, ce type de mesure est connu pour avoir un effet inflationniste, et ce, notamment sur les matières premières agricoles.

La République de Weimar en est d’ailleurs un exemple criant. En effet, après la crise de 1929, l’Allemagne n’avait plus les ressources financières suffisantes pour rembourser les réparations de guerre fixées par le Traité de Versailles. Le régime politique en place décida alors de « faire tourner la planche à billets », ce qui a donné lieu à une période d’hyperinflation pendant laquelle une brouette de billets ne suffisait plus pour aller acheter une baguette.

L’actualité regorge également d’exemples illustrant l’impact que peut avoir la création monétaire sur les cours des matières premières. Après la crise des subprimes de 2007, la Federal Reserve (la Banque centrale américaine) s’est lancée dans une politique de Quantitative Easing. De manière parallèle, l’emprise et les positions des fonds sur les marchés des matières premières agricoles ont évolué de manière significative. Ainsi, le va et vient incessant des financiers sur les matières premières est une source de volatilité importante des cours, à l’image de la baisse de 17% du cours du blé à Chicago principalement due aux liquidations de positions de la part des fonds.

Ce type de mesure permet également de réduire la valeur de la monnaie nationale relativement aux autres monnaies, ce qui a pour objectif de relancer les exportations du pays.

Cependant, dans un contexte où de nombreux pays cherchent à dévaluer leur monnaie, une guerre des changes pourrait éclater. Du fait que la monnaie d’échange sur le marché mondial des matières premières agricoles soit le dollar américain, une variation de la valeur de l’euro par rapport au dollar peut avoir un impact substantiel sur la compétitivité du blé et donc des entreprises agricoles européennes. Par exemple la hausse de la parité euro/dollar de 1,26 en novembre dernier à 1,37 à la fin du mois de janvier a engendré une baisse des cours du blé de l’ordre de 25 EUR/t soit près de 10% du chiffre d’affaires d’un agriculteur français. De la même manière, la chute de 20 % du yen contre le dollar US heurte de manière importante la rentabilité de la filière agro-alimentaire japonaise qui importe 90 % de ses besoins en blé.

Ainsi, la guerre des changes qui s’annonce entre les grandes puissances aura un impact certain sur la compétitivité des entreprises. Cependant, dans le cadre des négociations qui se déroulent actuellement, le G7 et le plus largement le G20 ne devront pas négliger les conséquences que peut avoir la guerre des monnaies sur un enjeu majeur et sensible : l’alimentation.

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  • all_in le lundi 25 mar 2013 à 12:46

    Ce gars est en train de devenir une star sur Bourso

  • PITCH30 le mardi 12 mar 2013 à 13:30

    ça vous fait quoi de le voir en vrai Tintin ?

  • frank101 le lundi 25 fév 2013 à 16:08

    oui je vais le donner à ma fille qui est en terminaleun bon article pour l'economie pour les nuls. A le mérite d'utiliser des mots simples et quelques rtéférences historiques à notre portée.

  • Manubis le dimanche 24 fév 2013 à 20:10

    devrait*

  • Manubis le dimanche 24 fév 2013 à 20:09

    Analyse pertinente et intelligible. La majorité des bas de plafond devraient en comprendre les grandes lignes..

  • M8725649 le dimanche 24 fév 2013 à 12:53

    Faudra vérifier si ce qu'il dit s'avère vrai

  • igvisor le dimanche 24 fév 2013 à 09:45

    Du fait que la monnaie d’échange sur le marché mondial des matières premières agricoles soit le dollar américain ! tout est dit le proleme est LA. ce faire payer en DOLLARS = Ce Faire payer en Billet de monopoly inutile de monter le prix , car DEUX billets de Monopoly ou une brouette ne change pas la valeur

  • T20 le samedi 23 fév 2013 à 21:18

    de tout temps, des négociants Francais ont "maquillé" des produits d'importation peu chers en produits "made in France" pour les revendre avec un gros benef au passage !

  • jpf41 le vendredi 22 fév 2013 à 17:31

    La république de weimar est un mauvais exemple. En effet, si l'allemagne a demandé l'armistice, en novembre 1918, c'est parcequ'elle préparait déjà celle de 1939. Les panzer et les stukas n'ont pas été conçus et fabriqués en 5 ans. Il a fallu au moins 20 ans pour fabriquer la super machine de guerre de 1938-1939. Et, pour ce faire, l'état accaparait l'essentiel des matières premieres, créant une super inflation dans un monde plongé dans une super déflation.