Découvrez comment et pourquoi le musée Rodin a été restauré

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COUP DE COEUR - Chaque semaine, le Figaro Immobilier vous entraîne dans un lieu hors normes. Première étape avec l’hôtel Biron, qui va réouvrir après trois ans et demi de travaux. Sa restauration a coûté 16 millions d’euros.

A deux pas des Invalides, le musée Rodin n’est pas un musée comme les autres. Avec son jardin de 3 hectares en plein Paris, il a de quoi faire des jaloux. Cet hôtel particulier du XVIIIe siècle ne fut que tardivement et partiellement la demeure de l’artiste, mais il fut surtout dès 1908 son atelier, son show-room aussi. C’est là qu’au début du XXe, siècle il recevait ses clients, les collectionneurs, ses nombreux admirateurs, les politiques. Et quand il décida de donner ses oeuvres à l’Etat, il posa une condition: que celles-ci soient exposées à l’hôtel Biron. Ce qui sauva ce bâtiment de la destruction à laquelle il était promis . Depuis plus d’un siècle, c’est l’endroit privilégié où admirer les oeuvres de Rodin. Le musée a ouvert en 1919 et aujourd’hui 700.000 visiteurs passent là tous les ans, dont beaucoup de touristes étrangers.

Mais le poids des années, celui des visiteurs et celui des oeuvres elles-mêmes (savez-vous que la statue Le Baiser pèse à elle seule 2,5 tonnes? ) n’ont pas épargné les lieux. De lourds travaux de rénovation ont donc été engagés. Ils ont duré trois ans et demi. Et ils s’achèvent.

Le 12 novembre, l’hôtel Biron ouvrira de nouveau ses portes au public. Portes qui étaient fermées depuis le début de l’année. A partir de la semaine prochaine, les visiteurs pourront de nouveau admirer les sculptures d’Auguste Rodin et découvrir comment elles sont mises en scène dans un bâtiment complètement rénové. Mise aux normes (électricité, normes handicapés), restauration des moulures, des fenêtres, des parquets, des structures, rien n’a été oublié. Et aujourd’hui, en glissant dans les salles qui présentent un parcours circulaire et où la visite ne se termine plus par un demi tour sur soi-même (comme autrefois), le visiteur redécouvre les oeuvres dans un nouvel écrin. Un mobilier de bois clair a été inventé pour mettre en valeur les oeuvres, se marier au bâtiment du XVIIIe et faciliter la mise en place.

Les boiseries, les moulures ont été patiemment restaurées, les fenêtres réparées ou changées quand il le fallait (et cela a été nécessaire dans un cas sur deux). Mais pas question d’en faire trop.

Les boiseries, les parquets de différentes couleurs témoignent de leurs remplacements à des époques différentes. Certains décors, boiseries, ferronneries d’origine ont en effet été vendus par différents propriétaires. Restaurer ne signifie pas tout refaire comme à l’origine, mais bien laisser voir la vie du bâtiment au cours du temps. C’est d’ailleurs à la couleur du bois et à celle des parquets que le visiteur attentif reconnaîtra les époques différentes.

L’idée de la rénovation était qu’on se sente ici «comme dans une demeure». Pari tenu. Tout est délicatement mis en scène et pensé. L’histoire des parquets abîmés témoigne de la difficulté de faire cohabiter des sculptures et des structures de bâtiment anciennes. En déposant les parquets, les architectes se sont aperçus que les poutres qui les soutenaient s’affaissaient sous le poids des oeuvres. Il a fallu créer des plaques de répartition pour que le poids soit réparti, justement, sur de plus larges surfaces.

Comme souvent, quand on restaure un monument historique, des surprises existent. Bonnes ou mauvaises. Parfois on découvre une magnifique charpente derrière un faux plafond, parfois des fresques jusque là cachées. A l’hôtel Biron, les surprises ne furent pas forcément bonnes.

«Le chantier le plus lourd et le plus compliqué a été le renforcement des sols. Quand nous avons découvert l’état de la structure de cet hôtel XVIIIe, nous avons eu peur rétrospectivement» explique Catherine Chevillot, directrice du musée Rodin dans le hors série «La sculpture au coeur de Rodin», que le Figaro vient de publier. Elle y confie: «Nous avons voulu préserver une atmosphère unique, notre but a été de redoner sa noblesse au musée pour affronter un deuxième siècle».

La restauration a coûté 16 millions d’euros (49% a été financée par l’Etat, 12% par la fondation Cantor et le reste par le musée lui-même). La rénovation historique a été conduite par l’architecte en chef des monuments historiques Richard Duplat, le chantier de muséographie et de mise aux normes par l’architecte Dominique Brard . Car l’hôtel Biron est classé. Et ce bâtiment a une vie cachée, dans les sous sols, des bronzes dorment dans les caves voûtées (la réserve de 7000 oeuvres, elle, n’est pas là, mais à Meudon). Les anciens escaliers de services servent aujourd’hui au personnel. Ce ne sont plus les domestiques de la Duchesse du Maine, mais les conférenciers et la centaine de personnes qui travaillent ici, qui utilisent les bureaux aménagés entre deux étages nobles.

Mais de tout cela, le visiteur ne verra rien. Il aura bien assez à faire à s’emplir les yeux et l’âme, à laisser son oeil glisser, des bronzes aux marbres, des plâtres, qui montrent les premières esquisses des oeuvres, au cabinet de curiosité qui reproduit la pièce telle qu’elle était du temps de Rodin. Et touriste ou Parisien, il pourra se faire de petits plaisirs, comme celui de saisir une vision adoucie de la ville, de l’autre côté de la rue de Varenne ou du jardin à travers les vitres qui ont été refaites à l’ancienne avec leurs imperfections. Paris se reflète là avec douceur et vibre presque.

Paris, ses toits, son gris. A chacun sa couleur. L’hôtel Biron a maintenant la sienne. Des salles repeintes en vert d’eau, d’autres en «Biron gray», une couleur inventée pour lui par le coloriste Farrow & Ball. Comme certaines stars ont leurs roses, l’hôtel Biron a sa teinte. Un gris subtil sur lequel se détachent les oeuvres et notamment les marbres et les pièces en plâtre qui ont été restaurées et sorties des réserves. Allez y!

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