Découverte de 139 tombes dans des camps en Malaisie-police

le , mis à jour à 15:32
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(Actualisé avec précisions, citations, changement de dateline) par Praven Menon WANG KELIAN, Malaisie, 25 mai (Reuters) - Cent-trente neuf tombes contenant sans doute les restes de migrants ont été découvertes en Malaisie près de la frontière thaïlandaise, a annoncé lundi le chef de la police malaisienne. Ces tombes, dont certaines renfermaient plusieurs corps, se trouvaient dans 28 camps abandonnés étalés sur 50 kilomètres le long de la frontière thaïlandaise. Ces camps ont vraisemblablement été utilisés par des trafiquants d'êtres humains. "Au cours de cette opération que nous avons menée entre les 11 et 23 mai, nous avons découvert 139 de ce que nous pensons être des tombes", a déclaré Khalid Abu Bakar à la presse en précisant que les policiers travaillaient en étroite collaboration avec leurs collègues en Thaïlande. "Nous trouverons ceux qui ont fait cela", a-t-il dit. Les jungles denses du sud de la Thaïlande et du nord de la Malaisie sont très utilisées par les passeurs qui organisent le transfert par bateau vers l'Asie du Sud-Est de populations venues de Birmanie, essentiellement des Rohingyas, et du Bangladesh. Cette découverte macabre fait suite à la découverte de tombes similaires du côté thaïlandais de la frontière début mai. Après une opération lancée contre ces camps par les autorités thaïlandaises, les trafiquants ont abandonné des milliers de migrants sur des embarcations de fortune dans le golfe du Bengale et en mer d'Andaman. Des milliers de Rohingyas, minorité musulmane apatride, sont acheminés par des passeurs via le sud de la Thaïlande chaque année. Ces dernières années, ils ont souvent été regroupés dans des camps reculés le long de la frontière avec la Malaisie, leur libération se faisant contre rançon. Ces rançons peuvent aller de 1.200 à 1.800 dollars, selon des investigations menées par Reuters par le passé, ce qui représente une fortune pour ceux qui vivent avec un dollar ou deux par jour. Sur les images des camps montrées à la presse par la police malaisienne, on aperçoit des cabanes en bois érigées dans des clairières. Des douilles ont été retrouvées dans le voisinage, a indiqué le chef de la police malaisienne. Il a des signes que la torture a été pratiquée, a-t-il ajouté sans autre précision. Des chaînes de métal ont été retrouvées près de certaines tombes. CADAVRE DÉCOMPOSÉ Le premier cadavre décomposé a été transféré à un camp de la police installé au pied des montagnes où ont été découverts es camps lundi soir. L'opération a pris cinq heures compte tendu d'un terrain particulièrement accidenté. "Le corps n'était que des os avec quelques vêtements dessus", a déclaré Rizani Che Ismail, responsable de la police de Padang Besar. La cause vraisemblable de la mort n'est pas apparue de façon évidente, a-t-il précisé. Selon Khalid Abu Bakr, le chef de la police malaisienne, un des sites contenant les tombes n'était qu'à une centaine de mètres du site où 36 corps ont été exhumés d'une tombe en Thaïlande début mai. ID:nL5N0XT0GS Après la découverte de ce charnier, la Thaïlande, sous la pression des Etats-Unis qui lui demandent d'accentuer la lutte contre la traite des êtres humains, a lancé une opération de répression. Depuis, plus de 3.000 migrants qui étaient à bord bateaux ont accosté en Malaisie et en Indonésie. Après un mois de répression, la police thaïlandaise a déclaré lundi qu'il n'y avait plus de camps de passeurs dans le sud de la Thaïlande. Mais la crise en mer n'est pas pour autant terminée. Le Haut Commissariat des Nations unies pour les réfugiés (HCR) a estimé vendredi que 3.500 migrants attendaient encore sur des bateaux et que leurs provisions étaient en train de s'épuiser. Le HCR a réitéré son appel aux gouvernements de la région pour qu'ils viennent à la rescousse de ces migrants. La Thaïlande a fait savoir qu'elle n'autoriserait pas les bateaux de migrants à accoster. Le Premier ministre Prayuth Chan-ocha a toutefois dit lundi que la marine thaïlandaise aiderait ceux qui avaient besoin d'un assistance médicale. Le nombre de tombes et de camps mis au jour le long de la frontière entre la Thaïlande et la Malaisie pose la question de complicité qu'auraient eu les passeurs parmi les détenteurs de l'autorité. La police malaisienne a précisé dans un communiqué que deux policiers figuraient parmi les dix personnes arrêtées depuis le début de l'année dans le cadre d'une enquête sur la traite des humains. Le communiqué ne donne pas de précisions. La plupart des 1,1 million de Rohingyas vivent dans des conditions dignes de l'apartheid dans l'Etat d'Arakan, situé dans le nord-ouest de la Birmanie. Près de 140.000 d'entre eux ont été déplacés après des affrontements meurtriers avec la majorité bouddhiste en Arakan en 2012. (Avec Anuradha Raghu à Kuala Lumpur, Amy Sawitta Lefevre et Pracha Hariraksapitak à Bangkok et Randy Fabi à Djakarta; Danielle Rouquié et Henri-Pierre André pour le service français)

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