Décision attendue le 28 mai dans le procès Bettencourt

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BORDEAUX (Reuters) - Le tribunal correctionnel de Bordeaux a mis mercredi sa décision en délibéré au 28 mai après cinq semaines de procès des dix personnes soupçonnées d'abus de faiblesse au détriment de l'héritière de L'Oréal Liliane Bettencourt.

Depuis le 26 janvier, les montants évoqués sont à la mesure de la fortune de la femme la plus riche de France.

François-Marie Banier, le photographe et confident de Liliane Bettencourt, a ainsi bénéficié de "cadeaux" pour un total chiffré à un milliard d'euros par la partie civile, même s'il n'est poursuivi que pour 400 millions d'euros.

La peine maximale de trois ans de prison ferme et 375.000 euros d'amende a été requise contre lui, ainsi que la confiscation des biens saisis.

Martin d'Orgeval, son compagnon depuis 23 ans, et Patrice de Maistre, le gestionnaire de fortune de Liliane Bettencourt, ont également été dans le collimateur du parquet, qui a demandé une peine de trois ans de prison dont 18 mois avec sursis et une amende de 375.000 euros pour chacun des deux hommes.

Le parquet a aussi requis deux ans de prison et 375.000 euros d'amende contre Carlos Vejarano, ancien gestionnaire de l'île d'Arros aux Seychelles, longtemps propriété des Bettencourt, et un an de prison avec sursis et 50.000 euros d'amende contre le notaire Jean-Michel Normand.

L'ancien ministre UMP Eric Woerth est soupçonné d'avoir touché de l'argent de la milliardaire en état de faiblesse par l'intermédiaire de l'ancien gestionnaire de fortune Patrice de Maistre pour financer la campagne 2007 de Nicolas Sarkozy, qui a bénéficié d'un non-lieu après avoir été mis en examen.

L'avocat de l'ancien ministre, Me Jean-Yves Le Borgne, a qualifié son client d'"intrus" dans le dossier et demandé qu'il soit mis fin à "un fantasme judiciaire".

L'AFFAIRE N'EST PAS FINIE

Le vice-procureur Gérard Aldigé l'a suivi en restant sur ses positions qui lui avaient fait requérir un non-lieu à la fin de l'instruction, comme pour l'avocat Pascal Wilhelm, l'homme d'affaires Stéphane Courbit, le notaire Patrice Bonduelle et Alain Thurin, l'ex-infirmier de Liliane Betencourt.

Ce dernier est plongé dans un coma profond depuis sa tentative de suicide à la veille du premier jour d'audience et il sera jugé ultérieurement si son état de santé s'améliore.

Les cinq experts qui ont déterminé l'état de faiblesse de la milliardaire ont été mis sur la sellette, les conditions dans lesquelles ils l'ont examinée le 7 juin 2011 étant vivement contestées par la défense ainsi que la méthode pour fixer à 2006, soit cinq ans auparavant, le début de sa vulnérabilité.

L'"affaire Bettencourt" n'en est pas pour autant terminée. Eric Woerth et Patrice de Maistre reviendront fin mars devant le tribunal de Bordeaux, où ils comparaîtront pour trafic d'influence passive pour le premier et active pour le second.

L'ancien ministre est soupçonné d'avoir fait obtenir la Légion d'honneur à Patrice de Maistre en échange de l'embauche de son épouse Florence Woerth par l'ancien gestionnaire de fortune, directeur général de la société Clymène chargée de gérer les dividendes de Liliane Bettencourt dans L'Oréal.

Les 8 et 9 juin, un nouvel épisode est prévu devant le tribunal correctionnel de Bordeaux, juridiction devant laquelle a été dépaysé l'ensemble des dossiers Bettencourt par décision de la Cour de cassation du 17 novembre 2010 à la place de Nanterre (Hauts-de-Seine), où deux magistrats s'affrontaient publiquement sur cette affaire politiquement sensible.

L'un de ces deux magistrats, la juge Isabelle Prévost-Desprez, aura à répondre de "violation du secret professionnel" pour des fuites présumées sur l'affaire en direction de deux journalistes du Monde en septembre 2010.

(Claude Canellas, édité par Yves Clarisse)

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