Décès de Boutros-Ghali, ex-secrétaire général de l'Onu

le , mis à jour à 19:30
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 (Actualisé tout du long) 
    par Michelle Nichols 
    NATIONS UNIES, 16 février (Reuters) - L'ancien secrétaire 
général des Nations unies Boutros Boutros-Ghali, dont le mandat 
de quatre ans avait été assombri par le génocide au Rwanda et le 
massacre de Srebrenica à la fin de la guerre en ex-Yougoslavie, 
s'est éteint mardi à l'âge de 93 ans. 
    Le Conseil de sécurité a observé une minute de silence à la 
mémoire du diplomate égyptien après l'annonce de sa mort par 
l'ambassadeur vénézuélien Rafael Dario Ramirez Carreno, qui 
préside ce mois-ci le conseil des 15. 
    Boutros Boutros-Ghali, qui dirigea l'administration 
onusienne entre 1992 et 1996, s'est éteint mardi à l'hôpital Al 
Salam du Caire, a-t-on appris auprès d'un responsable de 
l'établissement. 
    Né au Caire dans une grande famille de chrétiens coptes, 
petit-fils d'un ancien Premier ministre, il fut aussi ministre 
égyptien des Affaires étrangères de 1977 à 1991 et premier 
secrétaire général de la Francophonie de 1997 à 2002. 
    Amoureux du travail du peintre français Henri Matisse, qu'il 
avait connu pendant ses études à Paris, il aimait fumer le 
cigare et boire un whisky coupé d'eau, une mauvaise habitude 
qu'il disait avoir acquise pendant les "70 ans d'occupation 
britannique" en Egypte. 
    En 1977, il accompagna le président Anouar el Sadate lors de 
sa visite historique à Jérusalem, prélude aux accords de paix de 
Camp David entre l'Egypte et Israël. 
    Maintenu à son poste par Hosni Moubarak après l'assassinat 
de Sadate en 1981, il fut l'architecte de la réintégration de 
son pays au sein de l'Organisation de l'Unité africaine, du 
Mouvement des non-alignés et de l'Organisation de la conférence 
islamique. 
     
    VETO AMÉRICAIN 
    Devenu en 1992 le premier secrétaire général de l'Onu 
originaire d'un pays d'Afrique, Boutros-Ghali organisa les 
secours internationaux à la Somalie frappée par une terrible 
famine. 
    Mais cette opération humanitaire, la première de cette 
ampleur jamais mise en place par les Nations unies, fut par la 
suite éclipsée par les critiques visant son impuissance à 
empêcher le génocide rwandais en 1994 ou encore sa timidité à 
intervenir en vue de mettre fin à la guerre civile en Angola. 
    Lors d'une visite à Sarajevo en 1993, il provoqua même 
l'indignation en déclarant que, sans vouloir minimiser les 
souffrances des Bosniaques, il y avait tout de même des pays "où 
le nombre de morts était plus élevé qu'ici". 
    Deux ans plus tard, peu avant la fin de la guerre, les 
Serbes de Bosnie massacrèrent 15.000 hommes et garçons de 
l'enclave de Srebrenica, pourtant placés sous la protection des 
casques bleus onusiens. 
    Surnommé "pharaon" par ses détracteurs qui le jugeaient trop 
orgueilleux et irritable, Boutros-Ghali s'attaqua parallèlement 
au gigantesque chantier de la réorganisation de l'administration 
onusienne dans un monde en pleine mutation après l'effondrement 
de l'Union soviétique. 
    Cette réforme ne contenta cependant pas les Etats-Unis, dont 
le Congrès annonça qu'il ne débloquerait pas un retard de 
contribution de plus d'un milliard de dollars tant que le 
diplomate égyptien dirigerait l'Onu. 
    En 1996, malgré le soutien de dix membres du Conseil de 
sécurité, la résolution rédigée par les pays africains soutenant 
sa candidature pour un second mandat de cinq ans se heurta au 
veto de l'administration de Bill Clinton et il dut laisser sa 
place au Ghanéen Kofi Annan. 
 
 (Avec Lin Noueihed au Caire et David Cutler à Londres; 
Henri-Pierre André, Guy Kerivel et Tangi Salaün pour le service 
français) 
 
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