Début de polémique autour de la fusillade d'Istres

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DÉBUT DE POLÉMIQUE AUTOUR DE LA FUSILLADE D'ISTRES
DÉBUT DE POLÉMIQUE AUTOUR DE LA FUSILLADE D'ISTRES

par Jean-François Rosnoblet

AIX-EN-PROVENCE, Bouches-du-Rhône (Reuters) - La personnalité et les antécédents judiciaires de l'homme de 19 ans qui a abattu jeudi trois personnes à Istres (Bouches-du-Rhône) suscitent un début de polémique sur la réactivité de la justice dans ce dossier.

Le tireur faisait l'objet d'une procédure de placement sous bracelet électronique après avoir été condamné, en août 2012, pour la découverte d'une arme prohibée dans sa voiture.

Les premiers éléments de l'enquête ont montré que ce passionné d'armes, adepte de jeux de guerre sur internet, avait depuis plusieurs mois confié ses intentions meurtrières à un proche. Il est aussi établi que c'est sur internet qu'il s'est procuré son arme.

"Les cinq mois d'emprisonnement qu'il se devait d'effectuer étaient en cours de mise à exécution sous forme de bracelet électronique après qu'il ait été vérifié qu'il présentait bien les conditions pour bénéficier de cette alternative à l'incarcération", a déclaré samedi à la presse le procureur-adjoint d'Aix-en-Provence, Denis Vanbremeersch.

Le magistrat a toutefois réfuté que le jeune homme soit passé entre les mailles du filet judiciaire.

"Après coup, on a toujours l'envie d'analyser pourquoi on n'a pas anticipé telle ou telle dérive mais on ne peut pas demander à la justice de tout prévenir", a-t-il dit.

Selon le magistrat, la justice n'est pas davantage responsable de la facilité apparente avec laquelle le tireur a pu se procurer une arme de type kalachnikov.

"C'est bien par le biais d'internet qu'il a acquis l'arme et les éléments qui lui ont permis de la remilitariser", a-t-il confirmé. Il a précisé que le tireur n'en était pas à son coup d'essai et qu'il s'était même fait une "spécialité d'acquérir des armes neutralisées" sur la toile puis de les remettre en état de fonctionner.

En apparence, le jeune homme respectait les dispositions légales auxquelles il était assujetti. Il a ainsi respecté le contrôle judiciaire qui lui imposait de pointer deux fois par mois au commissariat d'Istres, ce qu'il a encore fait la veille de la tuerie.

"Parallèlement, il a pourtant poursuivi ses achats d'armes, qu'il a pris soin de dissimuler, soit au domicile de ses parents, soit en les enterrant", a expliqué Denis Vanbremeersch.

COMME DANS UN JEU

Des premiers éléments du dossier, il apparaît qu'il n'aurait pas fait l'objet de soins psychiatriques et qu'il était titulaire d'une licence de tir sportif pour laquelle un certificat médical lui a été délivré.

Il a toutefois été exclu du club de tir d'Istres après sa condamnation pour port d'arme prohibé, en août 2012.

Au cours de sa garde à vue, l'auteur de la fusillade a donné sa version des faits. Selon ses dires, il a déterré la kalachnikov avant de parcourir une distance non précisée l'arme à la main. Il a ensuite fait feu et tué deux voisins de 35 et 45 ans occupés dans leurs jardins.

Il a ensuite stoppé une voiture et demandé à la conductrice de le conduire à Paris. Devant son refus, il a fait feu sur le pare-brise du véhicule, blessant légèrement la femme à la main et à l'oreille.

Il a arrêté une deuxième voiture conduite par un sexagénaire, qu'il a abattu d'une rafale d'arme automatique.

"Il est dans un registre où il joue depuis des années sur des jeux de guerre. Il est parti sur ce schéma", a indiqué le directeur interrégional de la police judiciaire, Christian Sainte.

Le tireur soutient "n'être militant de rien", n'avoir aucune conviction politique ou religieuse et ne se revendique d'aucune idéologie ni d'aucun courant de pensée.

Il affirme avoir agi seul. "C'est quelqu'un qui a conscience de la gravité des faits commis. il coopère avec son intelligence et son système de défense", a précisé le procureur adjoint.

Le jeune homme devait être déféré samedi après-midi devant un juge pour une probable mise en examen pour "assassinats et tentative d'assassinat".

L'autre personne placée en garde à vue jeudi à Paris, après que l'auteur de la fusillade eut donné son nom aux enquêteurs, devait être libérée sans qu'aucune charge ne soit retenue à son encontre.

Les deux hommes avaient l'habitude de correspondre par téléphone et de jouer en réseau sur internet depuis cinq ans. Le tireur avait révélé à son compagnon de jeu son intention de tuer mais ce dernier ne l'avait pas pris au sérieux, jugeant qu'il s'agissait de "délires de post-adolescent".

A Istres, à une vingtaine de kilomètres à l'ouest de Marseille, l'heure était samedi au recueillement: une marche blanche en hommage aux trois victimes a rassemblé près de 3.000 personnes.

Edité par Patrick Vignal

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