Déblocage de l'épargne salariale : le financement des entreprises fragilisé

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François Hollande a annoncé le déblocage exceptionnel de la participation, sans impôt, alors même que le gouvernement cherche à développer l'épargne longue qui finance les entreprises.

François Hollande l'a annoncé: les salariés vont, pendant six mois, pouvoir piocher dans leur participation, sans pénalité fiscale, jusqu'à 20 000 euros qu'ils pourront dépenser à leur guise.

Une mesure déjà utilisée en 2005 et en 2008, pour, comme aujourd'hui, soutenir une consommation en berne. Or, plus encore qu'à l'époque, elle suscite le scepticisme des gestionnaires chargés de faire fructifier l'épargne salariale des Français. «C'est inciter les ménages à puiser dans leur épargne longue pour financer le court terme», remarque Didier Trupin, directeur général de Natixis Interépargne, le plus important gestionnaire d'épar­gne salariale en France, pour lequel la participation sert «à faire face aux événements de la vie: l'achat d'une résidence principale, la retraite, etc.».

Cette mesure serait même dangereuse pour le financement de l'économie, selon l'Association française de la gestion financière (AFG), puisque la participation est investie «à 60 % en actions et finance les entreprises sur le long terme». La mesure apparaît paradoxale, au moment même où le gouvernement planche sur l'épargne longue: le rapport Berger-Lefebvre sur le sujet sera d'ailleurs remis ce mardi à Pierre Moscovici.

La moitié environ des quelque 7 milliards d'euros versés chaque année à ce titre est en effet placée par les salariés dans les actions de leur entreprise, ce qui permet de consolider les fonds propres de la société. Le reste est investi sur des sicav monétaires et sur des fonds en actions et/ou en obligations.

Une solution peu efficace

«Nous espérons que, comme en 2008, la participation en titres de l'entreprise ne pourra pas être désinvestie sans un accord préalable entre l'employeur et les partenaires sociaux. À défaut, les retraits pourraient fragiliser certaines entreprises», prévient Didier Trupin.

La décision de François Hollande suscite même des regrets dans le petit monde de l'épargne solidaire, qui, depuis qu'elle a droit de cité dans l'épargne salariale, collecte beaucoup plus d'argent qu'avant.

«Ce déblocage va provoquer un ralentissement sensible des investissements dans les entreprises solidaires, à un moment où la crise rend plus nécessaire que jamais le renforcement des moyens de lutte contre le mal logement et le chômage», déplore l'association Finansol.

Les professionnels décrient surtout une mesure peu efficace. En 2005, avec une mesure similaire, les ménages avaient puisé 7,5 milliards d'euros dans leur participation, mais ils avaient aussitôt réinvesti une grande partie de ces capitaux sur d'autres produits d'épargne, souvent plus liquides, selon l'Insee. «Seul 1,5 milliard d'euros auraient financé la consommation», rappelle Didier Trupin.

Mais rien n'assure que les salariés seront aussi gourmands cette fois-ci. «En 2008, le gouvernement espérait les voir débloquer 12 milliards d'euros. Ils n'en ont retiré que 3,9 milliards», souligne encore Didier Trupin.

Or, à l'époque, la participation était obligatoirement bloquée cinq ans. Aujourd'hui, ce n'est plus le cas: le salarié a chaque année le choix entre la percevoir tout de suite, fiscalisée, ou l'investir en profitant alors d'une exonération d'impôt.

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  • e.leliev le mardi 2 avr 2013 à 13:46

    nous allons faire comme aux US : même chose que taper dans les fonds de retraite

  • neutro le mardi 2 avr 2013 à 13:20

    Mais qu´est-ce-qu´ils croient? Augmenter le pouvoir d´achat en puisant dans ses réserves...?Cela ressemble à s´endetter pour s´acheter au dessus de ses moyens. Ces fonctionnaires qui nous gouvernent n´ont décidément aucune idée du monde réel!

  • cbphil le mardi 2 avr 2013 à 13:05

    En bref, une "mesure" qui va surtout favoriser les achats informatiques, d'écrans plats et de voitures "allemandes"...

  • cbphil le mardi 2 avr 2013 à 13:04

    Encore une preuve flagrante du manque d'imagination de nos "élites" avec des mesures politiques, sans impact réel sur la consommation et en total contradiction avec besoins de l'économie : épargne longue en vue de financer la retraite, investissements dans les entreprises,...

  • lorant21 le mardi 2 avr 2013 à 12:06

    Le gouvernement ne sait pas où il va.. il va donc dans tous les sens. il taxe la participation, les actions d'actions françaises (pas les étrangères!) sauf si on spécule, se plaint des trop faibles investissement de l'épargne dans l'industrie, libèrel'épargne salariale qui va dans le sens qu'il veut éviter.. bref, du Hollandisme à donf!!

  • Breizhll le mardi 2 avr 2013 à 12:06

    défiscalisé à 100% j'y crois pas. Je suis sure qu'il va y avoir au minimum l'impot sur le revenu dessus...(sans compter les PS bien sure).

  • M3182284 le mardi 2 avr 2013 à 08:46

    le bal des corporatismes. après les clubs de foot "ouf on paye pas la taxe", l'épargne salariale: "c'est mauvais pour l'économie (les notres) "Mais le gouvernement est bien obligé sinon comment pourrait il se faire réelire? pas avec les réultats économiques en tout cas.