Débat en Allemagne autour de la publication de Mein Kampf

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    * Le manifeste d'Hitler était proscrit depuis la fin de la 
Deuxième Guerre mondiale 
    * L'Institut d'histoire contemporaine de Munich s'apprête à 
en publier une édition critique 
    * En France aussi, le livre tombe dans le domaine public 
 
    par Madeline Chambers 
    BERLIN, 27 décembre (Reuters) - Pamphlet raciste ou support 
pédagogique ? La sortie prévue en janvier d'une nouvelle édition 
de Mein Kampf, le manifeste dans lequel Adolf Hitler a exposé 
ses théories avant de prendre le pouvoir, soulève en Allemagne 
un vif débat. 
    L'ouvrage rédigé entre 1924 et 1926 tombera le 1er janvier 
dans le domaine public, un peu plus de 70 ans après la mort de 
son auteur qui avait fait de ce livre, où se mêlent souvenirs 
personnels et idéologie, sa profession de foi.  
    A la fin de la Deuxième Guerre mondiale, les Alliés en 
avaient interdit la publication et confié les droits au land de 
Bavière qui, depuis cette date, a tout fait pour empêcher une 
réédition de l'ouvrage. 
    Mais les autorités bavaroises ne pourront plus s'y opposer à 
partir de 2016 et, dès janvier, doit paraître une édition 
critique de 2.000 pages, agrémentée de 3.500 annotations 
rédigées par des universitaires de l'Institut d'histoire 
contemporaine de Munich. 
    Les Allemands sont divisés sur l'opportunité d'une telle 
publication. Selon une enquête Yougov réalisée en novembre, une 
petite majorité seulement de la population (51%) s'oppose au 
maintien de l'interdiction. 
    Car le sujet est hautement sensible dans un pays toujours 
marqué par le régime nazi. Mais les Allemands, estime Peter 
Longerich, biographe d'Hitler, ont atteint un stade où des 
tabous sont en train de tomber. "Nous entrons probablement dans 
une nouvelle phase où nous aurons plus de latitude qu'il y a dix 
ou vingt ans pour travailler sur Hitler et sur les textes le 
concernant", dit-il à Reuters.  
    "A l'époque des médias de masse, des tabous sont constamment 
brisés et les textes ne peuvent plus être mis sous clef", 
ajoute-t-il. 
     
    TRAVAIL DE DÉCONSTRUCTION 
    Hitler a écrit l'essentiel du premier tome, très 
autobiographique, alors qu'il était incarcéré à la prison de 
Landsberg à la suite du putsch manqué de Munich, en 1923. A sa 
libération, il s'est attaqué au second tome, plus théorique, 
écrit au Berghof, son refuge de montagne près de Berchtesgaden, 
dans les Alpes bavaroises.    
    Entre son arrivée à la chancellerie, en 1933, et sa mort, en 
1945, le livre s'est vendu à douze millions d'exemplaires et a 
été traduit dans 18 langues. 
    Soucieux de désamorcer la polémique entourant la publication 
prochaine de Mein Kampf, l'Institut d'histoire contemporaine de 
Munich a insisté sur son ambition: déconstruire la propagande et 
la puissance symbolique que le livre exerce sur les milieux 
néo-nazis. 
    "L'objectif est de présenter Mein Kampf comme un important 
document de référence pour l'histoire contemporaine, de décrire 
le contexte de la genèse de la vision du monde d'Hitler", 
précise-t-il. 
    L'Institut, qui souhaite éviter toute exploitation 
commerciale de ce texte, a opté pour une autopublication. Le 
premier tirage devrait être de l'ordre de 4.000 exemplaires. 
    Le Deutsche Lehrerverband, l'association des professeurs 
allemands, estime pareillement que cette publication peut servir 
à des fins pédagogiques. "Un traitement professionnel d'extraits 
(de Mein Kampf) en classe peut contribuer à immuniser contre 
l'extrémisme politique", plaidait récemment son président, Josef 
Kraus, dans les colonnes du quotidien Handelsblatt. 
    Le président du Conseil central des Juifs d'Allemagne, Josef 
Schuster, a exprimé ses réserves, estimant que "la propagande 
méprisable du Mein Kampf d'Hitler doit rester interdite" et 
appelant la justice à "engager des poursuites rigoureuses contre 
la diffusion et la vente de ce livre" qui, ajoute-t-il, peut 
"déjà être malheureusement acheté via internet ou à l'étranger". 
    Mais il reconnaît l'importance du texte "pour expliquer le 
national-socialisme et la Shoah". "Par conséquent, nous ne nous 
opposons pas à ce qu'une édition critique, opposant des données 
scientifiques aux théories raciales d'Hitler, soit à la 
disposition de la recherche et de l'enseignement", ajoute-t-il 
dans un communiqué. 
    Les autorités allemandes ont rappelé que la publication du 
texte brut était passible des lois contre l'incitation à la 
haine raciale. 
     
    "ÉDITER, C'EST DIFFUSER" 
    Un débat similaire s'est engagé cet automne en France, où 
Mein Kampf est édité par les Nouvelles éditions latines, précédé 
d'un avertissement au lecteur de huit pages en application d'un 
arrêt rendu en juillet 1979 par la cour d'appel de Paris. 
    Mais le livre tombera aussi dans le domaine public dans 
quelques jours. Les éditions Fayard ont confirmé dans un message 
adressé à Livres Hebdo qu'elles préparaient une édition 
scientifique du livre, accompagné d'un travail critique.  
    Dans une lettre ouverte publiée sur son blog, Jean-Luc 
Mélenchon, dont l'un des essais a paru chez Fayard, a 
"solennellement" demandé à la maison d'édition de renoncer à 
cette publication. "Editer, c'est diffuser", ajoutait le député 
européen du Parti de gauche. 
    Des historiens ont plaidé en revanche pour cette nouvelle 
édition d'un livre auquel "deux clics de souris" sur un moteur 
de recherche permettent d'accéder, rappelait Christian Ingrao 
dans une tribune publiée par le quotidien Libération. 
    "Editer Mein Kampf (...) c'est lui opposer le savoir et 
l'éclairage historiens en muselant véritablement un texte dont 
on sent bien que son halo excède de très loin l'effet de sa 
lecture", ajoutait l'historien spécialiste du nazisme, dont un 
des ouvrages a également été publié chez Fayard. 
     
    LIENS 
    Le communiqué de l'Institut d'histoire contemporaine de 
Munich (en anglais): http://www.ifz-muenchen.de/?id=550 
    La lettre ouverte de Jean-Luc Mélenchon: http://melenchon.fr/2015/10/22/non-pas-mein-kampf-quand-il-y-a-deja-le-pen/ 
    La réponse de Christian Ingrao: http://www.liberation.fr/debats/2015/10/25/mein-kampf-un-historien-repond-a-melenchon_1408664 
 
 (Simon Carraud et Henri-Pierre André pour le service français) 
 
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