De violents combats signalés à Damas, Kofi Annan à Moscou

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par Erika Solomon et Mariam Karouny

BEYROUTH (Reuters) - Des affrontements d'une rare violence se sont poursuivis lundi à Damas, pour la deuxième journée consécutive, entre l'armée syrienne et les forces d'opposition au président Bachar al Assad.

Selon des militants de l'opposition, les forces syriennes appuyées par des véhicules blindés sont entrées dans le quartier sunnite de Midan pour déloger les rebelles qui avaient pris le contrôle de certaines zones, non loin des principaux bâtiments gouvernementaux.

Des véhicules de combat d'infanterie ont pris position le long des principaux axes de circulation de Midan, tandis que les rebelles se sont repliés dans les ruelles adjacentes. Des combats sporadiques ont été signalés.

"Les rebelles tentent de déloger l'armée (du quartier) de Zahra al Jadida. Il y a des combats là-bas et le bruit du bombardement et des roquettes résonne jusqu'ici", a déclaré par téléphone de Midan, Radif, un militant de l'opposition.

"Les blindés sont maintenant déployés dans le reste (du quartier) de Midan et les tireurs embusqués de l'armée ont pris position sur les toits", a-t-il ajouté.

L'Observatoire syrien pour les droits de l'homme (OSDH) et d'autres sources de l'opposition ont annoncé par ailleurs que des habitants du quartier de Nahr Aicheh, un quartier sunnite du sud de Midan, avaient bloqué avec des pierres la route reliant Damas à Amman et brûlé des pneus afin de relâcher la pression sur Midan.

Des combats ont également éclaté dans le quartier de Tadamon, dans le sud de la capitale, selon un autre militant.

Selon de nombreux habitants contactés par Reuters, la capitale syrienne n'avait pas encore connu de tels affrontements depuis le début de la répression des manifestations antigouvernementales, mi-mars 2011.

ANNAN À MOSCOU

Cette nouvelle vague de violences intervient au premier jour d'une visite de 48 heures de l'émissaire international Kofi Annan à Moscou où il va tenter de convaincre la Russie d'accentuer la pression sur le président Bachar al Assad.

Le diplomate ghanéen, chargé en février par l'Onu et la Ligue arabe de trouver une issue positive à la crise syrienne, rencontrera mardi le président russe Vladimir Poutine.

La Russie, qui a opposé son veto à deux reprises à des projets de résolution du Conseil de sécurité de l'Onu condamnant la répression du soulèvement syrien, reste pour l'heure hostile aux sanctions prônées par les puissances occidentales.

S'exprimant lundi lors d'une conférence de presse, le chef de la diplomatie russe Sergueï Lavrov a une nouvelle fois rejeté un projet de résolution britannique incluant une menace de sanctions à l'encontre du régime de Bachar al Assad.

"A notre grand regret, on voit des éléments de chantage (...) C'est une approche absolument contreproductive et dangereuse", a estimé Lavrov, qui a exhorté ses alliés à soutenir le projet de résolution russe qui ne prévoit aucune sanction à l'encontre du régime de Damas.

"Nous n'autoriserons pas l'adoption d'une résolution du Conseil de sécurité qui ne se base pas sur les accords de Genève", a-t-il prévenu, faisant référence à la réunion du 30 juin à Genève des membres du groupe d'action sur la Syrie qui se sont mis d'accord sur les principes d'un processus de transition en Syrie.

"Si nos partenaires décident tout de même de bloquer notre résolution, la mission (des observateurs) de l'Onu n'obtiendra pas de mandat et devra quitter la Syrie. Ce serait dommage", a-t-il ajouté.

AMBASSADEUR EXPULSÉ

A Rabat, le ministère marocain des Affaires étrangères a annoncé avoir demandé à l'ambassadeur de Syrie, désormais persona non grata au Maroc, de quitter immédiatement le pays.

En réplique à la mesure des autorités marocaines, le gouvernement syrien a annoncé un peu plus tard, lundi, que l'ambassadeur du Maroc à Damas était désormais "persona non grata" en Syrie.

Le ministère marocain des Affaires étrangères n'a pas fourni d'explication à sa décision, se bornant à dire que la situation en Syrie ne pouvait "pas rester ce qu'elle est".

En mai, les Etats-Unis, la France, la Grande-Bretagne, le Canada, l'Allemagne, l'Italie, l'Espagne, l'Australie, la Bulgarie et la Suisse ont tous expulsé les diplomates syriens en poste dans leurs capitales, cela en réplique au massacre de 108 personnes le même mois dans la ville syrienne de Houla.

Selon l'opposition syrienne, entre 100 et 220 personnes ont été massacrées jeudi dernier par l'armée syrienne et les miliciens "chabiha" dans le village de Tremsa, près d'Hama.

Le régime syrien a démenti dimanche les affirmations de Kofi Annan selon lesquelles les forces régulières auraient fait usage d'armes lourdes ou d'hélicoptères à Tremsa. Damas présente les violences comme une opération spéciale contre "des groupes terroristes armés."

Selon l'Observatoire syrien pour les droits de l'homme, proche de l'opposition, les violences politiques ont fait depuis mars 2011 plus de 17.000 morts en Syrie. La Croix-Rouge qualifie désormais les combats de "conflit armé intérieur" autrement dit de guerre civile.

Jean-Philippe Lefief, Hélène Duvigneau et Marine Pennetier pour le service français

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