De nouveaux éléments découverts sur les moines de Tibéhirine

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PARIS (Reuters) - Les sept moines français de Tibéhirine, assassinés en 1996 en Algérie, ont été vraisemblablement tués plusieurs semaines avant la date avancée par le GIA algérien dans sa revendication, selon une expertise judiciaire communiquée jeudi aux familles.

Les quatre experts français mandatés par le juge antiterroriste Marc Trévidic, qui quitte ses fonctions en septembre, fondent leurs conclusions sur des prélèvements effectués en octobre dernier en Algérie sur les crânes exhumés des religieux.

Le magistrat et les experts ont rencontré jeudi matin durant deux heures les familles et leur avocat, Me Patrick Baudouin.

Les autorités algériennes se sont opposées à ce que les prélèvements soient rapportés en France, ce qui a obéré le travail des experts, confrontés à trois thèses contradictoires pour expliquer la mort des moines trappistes.

L'Algérie impute le crime au Groupe islamique armé (GIA), qui avait revendiqué l'enlèvement et l'assassinat des religieux le 21 mai 1996.

A cette version officielle, qui n'a jamais convaincu les proches des victimes, se sont ajoutées les hypothèses d'une bavure de l'armée algérienne ou d'une manipulation des services de renseignement algériens pour discréditer le GIA ou se débarrasser des moines, qui avaient été enlevés dans la nuit du 26 au 27 mars 1996 dans leur monastère.

Leurs corps demeurent introuvables. Les crânes ont été retrouvés au bord d'une route le 30 mai 1996, près de Médéa.

"Les experts ont la quasi certitude que la mort remonte (...) à trois ou quatre semaines avant (la revendication), entre le 25 et le 27 avril", a déclaré Me Baudouin lors d'une conférence de presse.

Si l'on s'en tient aux communiqués d'alors de la rébellion du GIA, les moines furent en vie entre le 18 et 27 avril. Le 30 avril, un messager des maquisards islamistes s'était rendu au consulat de France à Alger avec un enregistrement des moines datant du 20 avril.

Autre élément nouveau : les moines auraient été décapités après leur mort, et les têtes auraient été enterrées deux fois.

En l'absence des corps, les causes des décès restent toutefois indéterminées.

Les crânes ne présentent pas de traces de balles, ce qui pourrait écarter une bavure de l'armée, ni de lésions consécutives à des coups contondants. Des traces d'égorgement ont été retrouvées sur trois d'entre eux.

"On peut légitimement penser que le mode opératoire pour les trois a été le même pour les autres", a dit Me Baudouin.

"Aujourd'hui, nous ne savons pas comment ont été tués les moines", a-t-il poursuivi. La thèse d'une implication de l'armée algérienne "est un peu battue en brèche sans être totalement éliminée (...) Est-ce que c'est le GIA, le GIA infiltré, les services algériens ? Les questions restent posées."

(Sophie Louet, édité par Yves Clarisse)

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