De Melilotus à Aboubacar-Jacky, la floraison des prénoms hors normes

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Le site internet de la Ligue des officiers d'état civil recense les prénoms les plus farfelus donnés en France (2015 Facebook)
Le site internet de la Ligue des officiers d'état civil recense les prénoms les plus farfelus donnés en France (2015 Facebook)

(AFP) - Aboubacar-Jacky, Taö-Gilles, Maybelline, Melilotus, Kissmy, Dior-Gnagna, Kyliana ou Athena-Cherokee... Le site internet de la Ligue des officiers d'état civil recense les prénoms les plus farfelus donnés en France, une tendance qui s'est accentuée depuis les années 1990.

"Au début, on rigolait avec mes collègues en lisant les prénoms bizarres dans les journaux, et on a finalement décidé d'en faire un tumblr", explique Antoine S., 30 ans, père d'une petite fille et originaire de la région d'Arras. 

Après le lancement de ce site de microblogging en 2012, la "ligue" a grossi au fil du temps pour revendiquer dorénavant entre 60.000 et 100.000 visites par semaine sur son site internet, qui épingle aussi bien les prénoms que les orthographes les plus étonnants, comme Entouane (Antoine), Kleyment (Clément), Looka (Luca) ou Alysse (Alice).

"En fait c'est très participatif, des gens nous envoient des +screen+, un avis de naissance...", ajoute Antoine, qui préfère que son nom de famille ne soit pas divulgué parce qu'il s'attire souvent les foudres des "mamounes", ces mères furieuses de voir le prénom de leur nouveau-né raillé.

Selon Antoine, son site vise à "dénoncer" cette mode de vouloir donner à tout prix des prénoms extravagants. "Pour certains parents, chaque enfant doit être unique et doit avoir un prénom que personne n'a, comme si c'était une marque", regrette-t-il. 

En France, jusqu'en 1993, le choix des prénoms était contrôlé, mais désormais "le grand principe est la liberté de choix", note François Pérain, procureur de Valenciennes.

 - Quand Nutella devient Ella -

Ainsi, selon l'article 57 du code civil, "lorsque ces prénoms ou l'un d'eux, seul ou associé aux autres prénoms ou au nom, lui paraissent contraires à l'intérêt de l'enfant (...) l'officier de l'état civil en avise sans délai le procureur de la République. Celui-ci peut saisir le juge aux affaires familiales".

Mais dans les faits, les procureurs - et nombre d'entre eux l'ont confirmé à l'AFP - sont rarement saisis par les officiers d'état civil, "alors qu'il y a manifestement beaucoup de prénoms qui semblent poser problème", relève M. Pérain. 

"Si le juge estime la requête justifiée, il va demander aux parents s'ils ont un nouveau prénom à proposer. Si jamais ce n'est pas le cas, il peut remplacer par un prénom qui paraît proche du prénom non conforme", explique M. Pérain.

Aussi, en septembre 2014, il a été saisi des prénoms "Nutella" et de "Fraise", qui portaient atteinte selon lui à l'intérêt de l'enfant et qui ont été finalement transformés par deux prénoms proches, "Ella" et "Fraisine", ce dernier étant un prénom donné au XIXe siècle.

Baptiste Coulmont, auteur de "Sociologie des prénoms", confirme cette "explosion" de la variété des prénoms en France. 

"Un prénom donné sur dix est considéré comme étant +très rare+, c'est-à-dire qu'il n'est donné qu'une ou deux fois lors d'une année en France", confie-t-il. 

De même, les orthographes d'un même prénom ont tendance à se multiplier, comme Priscilla écrit aussi Priscilia, Priscila ou Priscillia. "Avant 1993, si vous vouliez appeler votre fille Elisabeth, l'officier d'état civil vous indiquait la bonne orthographe", explique M. Coulmont. 

Cette tendance ne touche pas que la France. "Au début des années 1990, il y a eu une mode des prénoms anglo-saxons, Dylan ou Kevin, ce n'était pas une spécificité française car ça touchait aussi les classes populaires en Belgique, aux Pays-Bas ou en Allemagne", précise-t-il. 

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