De Margerie se demande ce qu'il fait en correctionnelle

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CHRISTOPHE DE MARGERIE NE COMPREND PAS SA PRÉSENCE AU PROCÈS "PÉTROLE CONTRE NOURRITURE"
CHRISTOPHE DE MARGERIE NE COMPREND PAS SA PRÉSENCE AU PROCÈS "PÉTROLE CONTRE NOURRITURE"

par Chine Labbé

PARIS (Reuters) - Le PDG de Total, Christophe de Margerie, s'est demandé mardi ce qu'il faisait au procès du volet français du dossier "Pétrole contre nourriture", le mécanisme mis en place pour assouplir l'embargo contre l'Irak de Saddam Hussein.

Renvoyé en correctionnelle contre l'avis du parquet pour des faits de complicité d'abus de biens sociaux au préjudice de la société Total, faits qu'il aurait commis en 1999, il encourt 5 ans d'emprisonnement et 375.000 euros d'amende.

"Je me demande bien" ce que je fais ici, a dit Christophe de Margerie pendant son interrogatoire.

Mis en place par l'Onu de 1996 à 2003 en Irak pour assouplir l'embargo visant alors l'Irak, le programme "Pétrole contre nourriture" devait permettre à Bagdad de vendre une partie de son pétrole contre l'achat de fournitures humanitaires.

Mais il a été détourné par le régime de Saddam Hussein par le biais de mécanismes mis à jour dans un rapport de l'ancien chef de la Réserve fédérale américaine, Paul Volcker, en 2005.

Bagdad allouait d'une part des bons de pétrole à des personnalités et compagnies de pays jugés "amis", qui touchaient une commission en contrepartie d'un lobbying pour la levée de l'embargo, et exigeait d'autre part des paiements supplémentaires - ou "surcharges" - aux acheteurs.

MARGERIE DIT NE PAS AVOIR CONNU LE MOT ALLOCATION

Mis en examen en octobre 2006, Christophe de Margerie est soupçonné d'avoir contribué à la mise en place d'un système de commercialisation, par Total, de barils de pétrole alloués par le régime irakien en violation des résolutions de l'Onu.

L'actuel PDG du groupe était directeur général de Total Moyen-Orient puis directeur général de l'Exploration et de la production de la société au moment des faits.

Selon l'accusation, il aurait facilité la vente par Total de dotations de l'avocat libanais Elias Firzli, proche des dirigeants irakiens, et le versement de commissions et de rétrocessions à des tiers par ce biais.

Mais l'actuel PDG de Total, âgé de 61 ans, qui reconnaît avoir mis en contact Elias Firzli avec la direction du trading de Total quand celui-ci lui a dit pouvoir avoir accès à des barils, affirme ne pas avoir eu connaissance, à l'époque, du système des allocations.

Elias Firzli, aujourd'hui décédé, "ne m'a jamais dit qu'il avait droit à des allocations", a-t-il dit mardi, ajoutant n'avoir pas su à l'époque ce que ce terme signifiait.

Le magistrat instructeur a justifié son renvoi devant un tribunal correctionnel au motif que, selon lui, il "ne pouvait pas ignorer que les interventions d'Elias Firzli (...) étaient nécessairement contraires aux résolutions de l'Onu".

"Je le conteste complètement, je suis prêt à le dire encore", a déclaré Christophe De Margerie.

LE GROUPE TOTAL EST AUSSI POURSUIVI

Si tout le monde savait à l'époque qu'Elias Firzli était un "allocataire" du régime irakien, alors pourquoi la société n'a-t-elle rien fait? s'est-il interrogé.

Plusieurs anciens cadres de Total sont poursuivis dans ce procès qui s'intéresse aux ramifications françaises du détournement du programme onusien.

Le groupe Total, poursuivi comme personne morale, devra quant à lui répondre, contre l'avis du parquet, des chefs de corruption d'agents publics étrangers et complicité et recel de trafic d'influence.

Le pétrolier français est soupçonné d'avoir procédé, par le biais d'intermédiaires, à des paiements de surcharges sur des comptes ouverts à l'étranger par des fonctionnaires irakiens.

Ces surcharges, appliquées par Bagdad entre 2000 et 2002, allaient de 0,10 à 0,50 dollar par baril selon les périodes, permettant au régime de Saddam Hussein de détourner 228 millions de dollars (environ 169 million d'euros).

L'enquête a montré que Total a acquis 37 contrats de vente de pétrole irakien sur le marché secondaire durant cette période, parmi lesquels 30 ont donné lieu au versement de surcharges. Mais le groupe, qui encourt jusqu'à 1,88 million d'euros d'amende, affirme n'avoir rien su de ces paiements.

Le représentant de la société Total doit être interrogé lundi prochain. Le procès est prévu jusqu'au 20 février.

Edité par Yves Clarisse

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