De Maistre dit ignorer tout financement de Sarkozy en 2007

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PATRICE DE MAISTRE DIT IGNORER TOUT FINANCEMENT DE SARKOZY EN 2007
PATRICE DE MAISTRE DIT IGNORER TOUT FINANCEMENT DE SARKOZY EN 2007

par Thierry Lévêque

PARIS (Reuters) - L'ex-gestionnaire de fortune de Liliane Bettencourt déclare tout ignorer d'un éventuel financement frauduleux de la campagne présidentielle de Nicolas Sarkozy en 2007, a dit lundi son avocate à Reuters.

Patrice de Maistre a été écroué le 23 mars après la découverte de retraits en espèces sur la fortune de l'héritière de L'Oréal en Suisse, de quatre millions d'euros entre 2007 et 2009, dont deux de 400.000 euros chacun au premier semestre de 2007, à des dates qui laissent soupçonner un financement de la campagne Sarkozy.

La gauche somme Nicolas Sarkozy de s'expliquer sur ces soupçons.

L'ancien homme de confiance de Liliane Bettencourt ne sait rien de la destination de cet argent, a dit à Reuters son avocate, Me Jacqueline Laffont. "Ce qu'il dit, c'est que la destination des sommes ne le concerne pas et qu'il ne la connaît pas", a-t-elle dit.

"Une chose est sûre, c'est que ce n'était pas pour lui", a-t-elle ajouté. "On fait, à un moment très précis qui n'a échappé à personne, porter un chapeau très large à M. De Maistre".

Patrice de Maistre admet avoir participé à ces retraits d'espèces avec deux autres protagonistes, un avocat suisse et le président d'un organisme de compensation, mais il assure qu'il a remis l'argent à Liliane Bettencourt et à son mari André, décédé fin 2007, sans jamais savoir ce qu'ils en ont fait.

UNE VISITE DE SARKOZY CHEZ LES BETTENCOURT ?

"Les Bettencourt lui ont demandé d'assurer l'intermédiation (...) Son rôle se résume à cela. Rien ne permet de dire qu'il ait été autre chose que cela", a dit Me Laffont.

Poursuivi pour "abus de faiblesse, abus de biens sociaux et escroquerie aggravée", Patrice de Maistre a été mis en cause par le juge Jean-Michel Gentil pour ces retraits d'espèces de 2007 en raison notamment de coïncidence de dates.

Le premier retrait de 400.000 euros, le 5 février 2007, précède de deux jours une rencontre entre Patrice de Maistre et Eric Woerth, alors trésorier de l'UMP et de la campagne Sarkozy. Patrice de Maistre était membre du "Premier cercle", club des donateurs fortunés de l'UMP.

Par ailleurs, dans un carnet saisi par la police, le photographe François-Marie Banier, qui a bénéficié des largesses de Liliane Bettencourt en tant que confident, rapporte à la date du 26 avril, qui correspond à l'autre retrait de 400.000 euros, une phrase de la milliardaire: "De Maistre m'a dit que Sarkozy avait encore demandé de l'argent. J'ai dit oui".

Selon son avocate, Patrice de Maistre n'a fait que prendre le relais de ces pratiques de retraits d'espèces en Suisse quand il est devenu gestionnaire de fortune en 2003. Les Bettencourt détenaient en Suisse une douzaine de comptes bancaires.

"Il y a des années que les Bettencourt financent leurs dépenses sur des comptes suisses", a dit Me Laffont.

L'avocate juge donc curieuse l'incarcération de son client, d'autant qu'il était déjà mis en examen depuis fin 2011 et avait alors été laissé libre sous contrôle judiciaire moyennant le versement d'une caution de deux millions d'euros.

Les avocats entendent demander au juge une confrontation avec plusieurs témoins, avec lesquels le juge d'instruction dit craindre des concertations, dont l'ex-majordome Pascal Bonnefoy et l'avocat suisse Réne Merkt. C'est au motif d'un risque de pression sur ces témoins que la détention de Patrice de Maistre a notamment été justifiée.

"Puisque c'est le motif allégué pour la détention de M. De Maistre, nous allons demander à être confronté à ces témoins. Pour toute personne qui raisonne normalement, les motifs invoqués pour écrouer M.de Maistre ne résistent pas à l'examen", a dit l'avocate.

Patrice de Maistre pourrait être réinterrogé prochainement par le juge Gentil. Ce dernier a entendu comme témoin à la mi-mars l'ex-majordome Pascal Bonnefoy, qui dit avoir vu Nicolas Sarkozy venir rendre visite aux Bettencourt à leur domicile de Neuilly peu avant la présidentielle de 2007.

Selon le site internet de l'hebdomadaire L'Express (www.lexpress.fr), le juge détient l'agenda de Liliane Bettencourt qui porte à la date du samedi 24 février 2007, la mention suivante: "A 12 heures Pour Monsieur Nicolas S. Pour information."

Sollicité par L'Express, l'Elysée conteste toute pratique illicite et l'existence d'une quelconque entrevue entre Nicolas Sarkozy et André Bettencourt au début de 2007.

Edité par Patrick Vignal

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