De la friture sur la ligne de conduite du gouvernement

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AYRAULT ADMET QUELQUES ERREURS
AYRAULT ADMET QUELQUES ERREURS

par Elizabeth Pineau

PARIS (Reuters) - Déclarations ministérielles intempestives et impression de flou, voire de reculade, entourant certaines décisions brouillent le message du gouvernement, des turbulences que François Hollande et Jean-Marc Ayrault paient au prix fort dans les sondages.

Les propos dominicaux de Vincent Peillon en faveur d'un débat sur la dépénalisation du cannabis ont occupé médias et politiques toute la journée de lundi, rendant inaudible le discours sur l'innovation prononcé de Jean-Marc Ayrault à l'Institut de recherche technologique Jules Verne de Bouguenais, près de Nantes.

"Il est clair que reparler du cannabis, un débat qui n'est pas à l'ordre du jour et ne le sera pas, ça fait du temps perdu avec une question qui ne se pose pas", s'énerve quelque peu un conseiller de Matignon.

Dans le tumulte provoqué par les commentaires des déclarations du ministre de l'Education nationale, peu de Français ont entendu le chef du gouvernement conclure son intervention nantaise par ces mots : "La France va y arriver, la France va gagner".

Après une sèche remise au pas de son ministre, l'heure était mardi à l'autocritique pour le chef du gouvernement.

"La moindre bavure se voit parce que les Français veulent voir tous les ministres au travail, concentrés sur l'action de leur ministère et pas autre chose", a reconnu Jean-Marc Ayrault sur Europe 1, évoquant mêmes "des erreurs".

Ce "couac de trop", pour reprendre le titre du Figaro du jour, s'ajoute à d'autres crissements, qu'il s'agisse du débat autour du traité européen au sein du PS et de leurs alliés écologistes, de l'objectif de 3% de déficit pour 2013 jugé "absurde" par le président de l'Assemblée nationale, Claude Bartolone, ou des avis "personnels" de certains ministres sur l'accès des homosexuelles à la procréation médicalement assistée (PMA).

"Je souhaiterais que dans la majorité il y ait davantage d'harmonie dans les déclarations, qu'ils s'agisse de l'ISF (Impôt de solidarité sur la fortune-NDLR), de la PMA, de ceci ou de cela", déclarait mardi le président du groupe des Radicaux de gauche à l'Assemblée nationale, Roger-Gérard Schwartzenberg. "L'unisson n'est pas toujours atteignable mais la cacophonie n'est pas souhaitable".

CACOPHONIE

L'exécutif a aussi donné ces derniers temps l'impression d'hésiter sur certains points, qu'il s'agisse du récépissé lors des contrôles d'identité ou de la fronde des "pigeons" fondateurs de start-up, face auxquels le gouvernement a semblé reculer, même s'il s'en défend.

"A l'impatience créée par le slogan de campagne de François Hollande 'Le changement, c'est maintenant' s'ajoute aujourd'hui une impression de flou, un manque de ligne directrice", analyse Adélaïde Zulfikarpasic, de l'institut LH2.

"On a une cacophonie sur des sujets non prioritaires pour les Français, qui ont besoin d'un tableau de bord très ferme, très clair, sur des thèmes comme l'emploi", ajoute-t-elle.

Des flottements qui se traduisent dans les sondages. Deux enquêtes BVA et LH2 publiées lundi annoncent ainsi une cote en baisse du président oscillant entre 40% et 44%, celle du Premier ministre culminant entre 45% et 46%.

Après la mise au point radiophonique de Jean-Marc Ayrault, ce sera au tour de François Hollande de s'exprimer mercredi dans Le Monde, à la veille du conseil européen de Bruxelles. Il donnera à la mi-novembre sa première grande conférence de presse présidentielle.

Comme tous les mardis, président et Premier ministre se sont retrouvés à l'Elysée pour un déjeuner préparé la veille entre Christophe Chantepy, directeur de cabinet de Jean-Marc Ayrault, et son homologue élyséenne, Sylvie Hubac.

"Tout s'est bien passé", déclarait lundi soir Christophe Chantepy à Reuters, en réponse aux rumeurs de "friture sur la ligne" entre l'Elysée et Matignon. "S'il y avait des tiraillements, des ennuis, je serais le premier à le savoir !"

PAS HARRY POTTER

Une conseillère de l'Elysée met les "couacs" du gouvernement sur le compte de la "culture socialiste où tout le monde estime avoir le droit à la parole. Mais au final, c'est toujours le président et le Premier ministre qui ont le dernier mot".

Sur ce point, Jean-Marc Ayrault doit encore faire ses preuves pour asseoir son autorité sur une équipe où les piques fusent de temps à autre.

"Ce n'est pas un tribun, il a encore des progrès à faire à l'oral", lâche un ministre.

"On lui reproche son manque de charisme. C'est vrai qu'il est moins visible que certains membres du gouvernement comme Manuel Valls ou même Vincent Peillon, qui occupent médias et agenda", note pour sa part Adélaïde Zulfikarpasic.

La politologue pense cependant que "la question n'est pas de changer des hommes mais d'améliorer le fonctionnement, d'afficher une cohésion plus claire et plus marquée".

Le chef du gouvernement aura l'occasion de montrer une nouvelle facette de sa personnalité lors de sa tournée en Asie - Singapour et Philippines - en fin de semaine.

Le contexte économique difficile est aussi facteur de tensions. Face à l'impatience, l'exécutif entend garder à la tête froide en suivant le cap fixé par François Hollande pour les deux ans à venir.

"On ne peut pas annoncer des choses qui ne sont pas arbitrées, non pas parce qu'on cache des choses mais parce qu'elles ne sont pas mûres", dit un conseiller de Matignon.

Une ministre défend la méthode du gouvernement.

"On a élu François Hollande, pas Harry Potter, ça ne peut pas être miraculeux", dit-elle. "On ne peut pas tout faire en quatre mois. On a une ligne définie, claire, c'est dur mais on la tient".

Avec Emile Picy, édité par Patrick Vignal

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  • farouxfr le mardi 16 oct 2012 à 17:46

    Ils n'en feront pas plus en huit mois, ce n'est pas le temps c'est le manque de volonté et surtout de capacité...

  • M931269 le mardi 16 oct 2012 à 17:41

    Ce gouvernement est plus que brouillon !!On sait trés bien et personne n'est dupe que les 0.8 point de croissance espérée ne sont qu'un leurre......fruit de l'imagination bienveillante de cette équipe ! IL FAUDRA DONC TOUT REVOIR a bréve échéance et là ce sera de nouvelles taxes ou quoi encore ? lA SEULE CHOSE A FAIRE EST DE REDUIRE DRASTIQUEMENT LES DEPENSES MAIS BIEN SÜR ON NE VEUT PAS DEPLAIRE ......"AUX bons vieux COPAINS"

  • M4947935 le mardi 16 oct 2012 à 17:18

    "On ne peut pas tout faire en quatre mois. On a une ligne définie, claire, c'est dur mais on la tient". En tout cas "on " a défait en moins de deux les réponses du précédent gouvernement à la Crise (car il n'y en avait pas!) et on envoie le pays dans le mur... ça c'est très clair effectivement...