De l'eau dans le gaz entre EDF et le tourisme landais

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par Claude Canellas

POUILLON, Landes (Reuters) - Le secteur du tourisme, l'industrie de la glisse, les associations de protection de la nature et des politiques font front commun contre un projet géant de stockage de gaz naturel dans des cavités situées dans le sous-sol landais.

Le collectif citoyen "stockage-gaz-landes" a décidé de mener une action durant la saison estivale à destination des nombreux touristes venus goûter aux plages de sable de la côte Aquitaine, aux grands espaces et à la forêt de pins pour mobiliser contre cette installation d'une capacité de 600 millions de m3.

Avec le soutien de 23 municipalités, dont les stations balnéaires de Capbreton et d'Hossegor, des tracts multilingues ont été affichés devant les offices de tourisme.

"Votre plage... polluée! Par des rejets industriels", peut-on lire à l'entrée de chaque plage.

A la fin du mois de juin, plusieurs mois après la fin du débat public, EDF, maître d'ouvrage de l'opération qui pourrait s'associer avec le géant russe Gazprom, a en effet décidé de poursuivre son projet malgré les fortes oppositions.

EDF précise dans un communiqué que "les résultats du forage en cours attendus pour la fin de l'année, seront déterminants pour la décision de lancer ou non la phase suivante".

Ce projet, qui fait presque l'unanimité contre lui, vise à créer un stockage de gaz naturel en aménageant des cavités étanches à très grande profondeur dans l'un des dômes de sel identifié dans le sous-sol landais.

Celui de Pouillon et Mimbaste, près de Dax, intéresse plus particulièrement EDF parce qu'il est situé à plus de 1.000 mètres de profondeur, compatible avec la création d'une douzaine de cavités grâce à la dissolution du sel par de l'eau de mer.

Un prélèvement de ressources en eau douce est exclu. C'est pourquoi une double canalisation enterrée acheminerait l'eau de mer depuis l'océan jusqu'au site de stockage et en sens inverse évacuerait à plus d'1,5 km de la côte les eaux salées liées à la création et au lessivage des cavités.

LES SURFEURS MONTENT SUR LA VAGUE

Le volume de gaz naturel stocké dans le sous-sol serait de l'ordre de 600 millions de m3, correspondant à la consommation annuelle moyenne d'une agglomération de 750.000 habitants.

"Avec le développement des énergies renouvelables, nous aurons de plus en plus besoin de gaz pour faire face aux pics de consommation, notamment l'hiver", précise Michel Bellec, le directeur des infrastructures gazières d'EDF.

L'investissement serait de 650 millions d'euros pour une mise en service des premières cavités en 2020 et un début des travaux en 2015 créant 250 emplois durant les six ans du chantier et 30 permanents par la suite.

"Nous sommes totalement opposés à ce projet qui n'a aucune raison d'être d'un point de vue de l'opportunité si ce n'est la spéculation sur le marché du gaz et parce qu'il va entraîner des dégâts dans le patrimoine naturel des Landes", indique Didier Tousis, le président du collectif citoyens stockage-gaz-landes.net, qui y voit un danger pour l'économie touristique.

Eurosima, qui regroupe les industriels et tous les intervenants du monde de la glisse dans une région parfaite pour le surf, a apporté sa voix forte à l'opposition.

"Nous pensons, en tant que porte-parole de la filière glisse représentant plus de 3.500 emplois et 1,7 milliard d'euros de chiffre d'affaires en Aquitaine, que le projet EDF ne doit pas être réalisé dans les Landes", indique son président Frédéric Basse qui évoque "une catastrophe environnementale programmée".

"Cela représente une réelle menace pour les 300 entreprises de la glisse en Aquitaine (écoles de surf, magasins spécialisés et sièges sociaux des leaders européens du marché du surf), qui ont tous choisi cette région pour la qualité des vagues, de la vie, de ses espaces naturels protégés", ajoute-t-il.

Pour Eurosima comme pour la Surfrider Foundation, association de défense et de sauvegarde de l'océan et du littoral qui s'est engagée pleinement au côté des opposants, se pose la question de la compatibilité du projet avec les engagements pris depuis plus de 30 ans sur la côte aquitaine en faveur de la conservation des milieux naturels littoraux.

Le 18 juillet, une délégation a remis au sous-préfet de Dax une pétition qui a été signée par plus de 11.500 personnes sur un bassin de population de 100.000.

Edité par Yves Clarisse

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