Davutoglu peu enthousiaste à l'idée d'une coalition en Turquie

le , mis à jour à 11:34
0

(Avec déclarations de Davutoglu) ANKARA, 11 juin (Reuters) - L'Histoire montre que les gouvernements de coalition ne conviennent pas à la Turquie, a estimé jeudi le Premier ministre Ahmet Davutoglu, tout en répétant que son parti l'AKP, privé de majorité au parlement depuis les élections législatives de dimanche, est ouvert à toutes les options. "Nous avons pris l'exemple des périodes de coalition des années 1970 et 1990 pour montrer que les coalitions ne conviennent pas à la Turquie et nous maintenons cette position", a dit Ahmet Davutoglu lors d'une rencontre avec des responsables locaux de l'AKP (Parti de la justice et du développement). "Cependant, dans le paysage politique actuel, le seul parti capable de proposer des solutions réalistes est l'AKP", a-t-il ajouté. "Nous sommes ouverts à tous les scénarios en Turquie sur la base des derniers développements." Enfermée à huis clos depuis quatre jours, la direction de l'AKP, parti islamo-conservateur, étudie la possibilité d'une coalition ou celle de gouverner en minorité. En cas d'échec d'une ou l'autre de ces options, des élections anticipées pourraient être convoquées. L'AKP pourrait chercher à s'allier au Parti d'action nationaliste (MHP) mais ce dernier est hostile à tout dialogue avec les Kurdes, qu'Ankara a promis de poursuivre. Quant à une coalition avec le CHP laïque et kémaliste (Parti républicain du peuple), elle représenterait un grand écart idéologique. Dans un entretien accordé mercredi à la chaîne publique TRT, Davutoglu, qui est également le leader de l'AKP, a expliqué que des élections anticipées ne seraient envisagées qu'après avoir exploré toutes les autres possibilités. Le chef du gouvernement a ajouté que le président Recep Tayyip Erdogan ne prenait pas part aux négociations avec les partis de l'opposition et qu'il n'interviendrait qu'en cas de crise éventuelle. LE HDP POUR UNE COALITION SANS L'AKP Le parti d'opposition HDP (Parti démocratique des peuples, prokurde), dont la percée aux législatives, au-dessus du seuil de 10% des voix nécessaire pour entrer au parlement, a privé l'AKP de majorité parlementaire pour la première fois depuis plus de dix ans, s'est pour sa part dit ouvert à la formation d'un gouvernement de coalition sans l'AKP. Le chef de file du HDP, Selahattin Demirtas, a également estimé que le président Tayyip Erdogan devait respecter les limites de ses fonctions de chef de l'Etat. "Nous n'avons aucune animosité personnelle envers le président Erdogan. Nous critiquerons toujours un président qui enfreint la Constitution, qui viole la loi et la justice", a déclaré Selahattin Demirtas. Il a jugé inutile d'engager dès maintenant la Turquie dans un débat sur d'éventuelles élections anticipées. "Nous sommes convaincus que la Turquie doit poursuivre sur la voie d'une coalition", a-t-il dit à des journalistes à Ankara. Selon Selahattin Demirtas, le dirigeant emprisonné du Parti des travailleurs du Kurdistan (PKK, hors la loi) Abdullah Öcalan s'apprête à lancer un appel au désarmement et le processus visant à mettre fin à l'insurrection devrait s'accélérer. Tayyip Erdogan a lancé les pourparlers de paix avec Öcalan en 2012, pour tenter de mettre fin à un conflit vieux de trois décennies, qui a fait plus de 40.000 morts, mais il est accusé aujourd'hui par les Kurdes de freiner le processus. "Le HDP est conscient de sa responsabilité de reprendre le processus de paix là où il a été laissé. Nous sommes décidés à faire davantage", a déclaré Selahattin Demirtas. (Ece Toksabay, Tuvan Rumrucku; Jean-Stéphane Brosse pour le service français)

Vous devez être membre pour ajouter des commentaires.
Devenez membre, ou connectez-vous.
Aucun commentaire n'est disponible pour l'instant