David Ganozzi (Fidelity) : « Les marchés intègrent déjà une récession sévère »

le
0
Les marchés anticipent une récession dure en 2009. S’il faut continuer à privilégier les valeurs défensives en début d’année, le rebond des indices pourrait toutefois intervenir dès le premier semestre, selon David Ganozzi, directeur général de la société de gestion de Fidelity, FIL Gestion.

Quel est votre scénario macroéconomique à la base de votre stratégie de gestion pour 2009 ?

David Ganozzi : Nous faisons le constat d’une récession extrêmement dure. Au-delà de la crise bancaire, des éléments plus « classiques » expliquent cette récession, notamment dans le comportement des ménages qui a considérablement évolué à partir de l’été 2008. La crise de l’immobilier et l’envolée de l’inflation sur les matières premières au premier semestre ont constitué autant de chocs pour les consommateurs, avant même le déclenchement de la crise bancaire qui a rajouté des inquiétudes. Pour 2009, nous pouvons envisager une reprise dans le courant de l’année, peut-être dès le printemps.

Vous semblez donc optimiste. Quels sont les motifs d’espoir à l’horizon ?

D.G : Le premier point à surveiller reste l’évolution du marché de l’immobilier aux Etats-Unis. Nous sommes toujours dans une phase d’ajustement brutal mais qui dure maintenant depuis trois ans ! Elle va bien finir par se stabiliser, d’autant que les premiers indicateurs sur les stocks en particulier commencent à se retourner. Sans parler de reprise, on pourrait assister à un arrêt de la dégradation de la situation. Or, il ne faut pas perdre de vue que c’est le krach immobilier aux Etats-Unis qui explique en grande partie les difficultés du secteur bancaire et de nombreux ménages. En Europe, l’ajustement du marché immobilier est moins brutal mais il risque toutefois de durer plus longtemps.

Quel autre facteur faudra t-il également surveiller de près cette année ?

D.G : Nous observons une décrue extrêmement rapide de l’inflation qui fait suite aux baisses de pouvoir d’achat entre l’été 2007 et l’été 2008 et à l’effondrement du prix des matières premières au deuxième semestre 2008. Ce dernier phénomène est positif car cela va redonner du pouvoir d’achat aux ménages et il va se poursuivre.

L’arrêt de la dégradation de l’immobilier aux Etats-Unis et la décrue de l’inflation pourraient donc constituer des éléments d’espoir pour les marchés en 2009. Entrés en crise plus tôt, les Etats-Unis en sortiront probablement les premiers. Comment interprétez-vous le geste de la FED de rendre l’argent quasiment gratuit par des taux proches de zéro. Ben Bernanke a t-il eu raison d'utiliser ses dernières cartouches?

D.G : La FED a pris conscience de la gravité de la situation et met tout en oeuvre pour éviter une aggravation trop forte de la situation qui déboucherait sur une déflation.

Vous estimez que les valorisations des entreprises sur les marchés sont devenues très attractives mais la récession va entraîner une sévère révision à la baisse des bénéfices cette année. Peut-on considérer que le moment est opportun pour revenir à l’achat ?

D.G : Au vu des niveaux actuels des indices, les marchés intègrent déjà des scénarios assez sévères en matière de révision en baisse des profits. Il est très difficile de savoir si l’on va à nouveau toucher des points bas mais les valorisations ont atteint de toute façon des niveaux très faibles. Seule l’hypothèse d’un scénario très noir, d’une véritable dépression et non d’une simple récession, même dure comme anticipé actuellement, pourrait justifier une nouvelle baisse des marchés actions cette année.

Dans ce contexte, vers quelles classes d’actifs et quels secteurs faut-il s’orienter en 2009 ?

D.G : Il est préférable de continuer à privilégier les thématiques qui ont tiré leur épingle du jeu depuis six mois, plutôt les valeurs défensives de manière générale qu’une zone géographique en particulier. Il faut toutefois se tenir prêt et guetter les signes pour se porter à nouveau acquéreur de valeurs plus agressives : cycliques et financières principalement. A court terme, il ne faut pas se précipiter sur ces titres même si le moment de stabilisation pourrait intervenir plus vite que prévu, au cours du premier semestre, et donner alors un signal fort au marché.

Propos recueillis par Julien Gautier


Valeur associée
  Libellé Bourse Dernier Var. Vol.
Vous devez être membre pour ajouter des commentaires.
Devenez membre, ou connectez-vous.
Aucun commentaire n'est disponible pour l'instant