Danse des marchés au-dessus d'un volcan budgétaire

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Mc-Namee / AFP
Mc-Namee / AFP

(lerevenu.com) - Le Sénat américain a rejeté, hier soir, le projet de loi de finances pourtant adopté dans la nuit de samedi à dimanche par la Chambre des représentants. L'impasse budgétaire va encore peser de tout son poids sur les marchés.

Comme au début 1996, l'Etat fédéral américain se retrouve en partie bloqué (shutdown), dès ce mardi matin, faute d'un accord au Sénat entre démocrates et des républicains, en vue d'adopter le projet de loi de finances. Des centaines de milliers de fonctionnaires fédéraux vont donc être mis en congé sans solde, en particulier ceux qui travaillent à l'appareil statistique américain (Bureau of Labor Statistics, Commerce Department).

Dans des affrontements dignes des envolées cyniques du parlementaire américain joué par Kevin Spacey dans la série « House of Cards », les républicains veulent faire reporter la mise en ?uvre de la loi Affordable Care Act (Obamacare) : « A la proposition de budget qu'ils ont votée, la semaine dernière, à la Chambre des représentants, les républicains ont attaché le report de la réforme Obama sur la santé de plusieurs années, ce qui ne passera pas, et ils le savent très bien », explique au Revenu Jean-Louis Mourier, économiste chez Aurel BGC.

Même si l'Obamacare constitue une réforme de portée limitée de l'assurance santé privée aux Etats-Unis, et dont une grande partie des dispositions a déjà d'ailleurs été adoptée, les Républicains, sous l'aiguillon des membres du Tea Party comme le sénateur de Caroline du Sud, Jim DeMint, veulent en faire un « Waterloo » pour le président américain. Peu leur importe que cette amélioration de la couverture santé de millions d'Américains puisse contribuer même, selon certaines sources, à réduire le déficit fiscal de 108 milliards de dollars d'ici à dix ans. Quant aux démocrates, ils veulent, eux, de nouveaux impôts pour les contribuables les plus fortunés. 

Le psychodrame budgétaire américain ne sera pas en tout cas réglé de si tôt par ces nouvelles économies de salaires de fonctionnaires, car le 17 octobre prochain, le plafond de la dette américaine sera atteint quoi qu'il advienne. De nouvelles négociations vont opposer républicains et démocrates pour obtenir un relèvement dudit plafond. Les économistes d'ING évaluent à 50/50 la probabilité que le Trésor américain se trouve en situation de défaut technique sur la dette fédérale. Néanmoins, les mêmes experts estiment qu'une fois passée l'apogée des joutes parlementaires, un compromis pourrait être trouvé pour réduire l'impasse budgétaire et même relever le plafond de la dette publique.

En tout état de cause, les marchés de taux d'intérêt et d'actions devraient pâtir, en octobre, de ces affrontements politiques. Néanmoins, les investisseurs pourraient en tirer aussi une lecture plus positive, comme l'explique Jean-Louis Mourier : « Comme il l'a indiqué dans sa dernière conférence de presse, Ben Bernanke, le président de la Réserve fédérale a, sans aucune ambiguïté, évoqué l'inconnue budgétaire comme une source de forte incertitude pour l'activité économique à court terme ». Même si ce n'est pas le seul élément pris en compte, cette question des finances publiques « peut permettre d'assurer la continuité d'une attitude plutôt accommodante de la banque centrale confrontée à une activité économique fragile », en conclut l'économiste. 

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