Dans un atelier tricolore près de Lyon, le pari culotté d'ex-Lejaby se concrétise

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"C'est un grand jour, un grand chemin a été fait en un an": devant une large cocarde tricolore, la fondatrice des Atelières, nouveau fabricant de lingerie près de Lyon, a lancé lundi matin la production de la dernière société née sur les décombres de Lejaby.

"Il y a un an cet atelier était vraiment une idée, presque en l'air", retrace Muriel Pernin, chef d'une agence de communication qui a été touchée par le sort des ouvrières de Lejaby, alors en liquidation. Elle a fédéré les énergies, a tout appris de la lingerie en quelques mois, gravissant "l'Himalaya en tongs" pour mettre l'entreprise sur les rails.

Le 18 juin dernier, elle lançait un appel aux dons sur internet auprès de la population, rencontrant un premier succès avec 80.000 euros récoltés.

"On entame aujourd'hui le deuxième chapitre. On relocalise, on doit tout réinventer", alors que la production de textile s'est progressivement déportée dans les pays à bas coûts, dit-elle devant ses 26 recrues de 20 à 60 ans, en CDI et payées au minimum 1.300 euros mensuels.

"On s'est fait regarder comme des follettes mais on l'a fait à la force de nos bras et de nos cervelles", malgré l'hostilité de la branche, rappelle Nicole Mendez, ex-élue CFDT et figure de Lejaby, qui a intégré le conseil d'administration des Atelières comme cinq autres anciens: "On a été culottés!".

Après trois mois de formation, l'ambiance est celle d'une rentrée des classes, dans 450 m2 recouverts de peinture fraîche, à Villeurbanne.

Derrière les machines, six couturières ont aussi travaillé pour Lejaby dans le passé. Ainsi Jacqueline Lo, âgée de 49 ans, licenciée après 20 ans à la coupe, apprécie dans le nouvel atelier de "se trouver face à face" avec ses collègues et non dos à dos et sur des tables séparées comme auparavant.

Le mot d'ordre n'est plus "sois belle et tais-toi", d'après Nicole Mendez. Les Atelières ont pris le statut de société coopérative d'intérêt collectif (SCIC), dans l'idée d'un management participatif.

"Je ressens de la fierté", confie Janine Caillot, ex-secrétaire CGT du comité central d'entreprise de Lejaby, qui figure également parmi les associés fondateurs. Pour elle cependant, "ce qui s'est passé reste un traumatisme et je n'oublie pas les ouvrières laissées au bord de la route".

Pour sa part, après cinq ans à alterner petits boulots et chômage, Johan Dampierre, 25 ans, est heureux de retrouver le secteur pour lequel il a été formé comme brodeur haute couture à Paris. "Le niveau d'exigence est élevé ici aussi", relève-t-il.

Marina Barneoud-Rousset, 42 ans, qui tenait avec son mari une boucherie, s'est reconvertie il y a trois ans dans son "hobby", la couture. "On ne sait pas si les Atelières vont marcher, mais j'aime les défis", affirme-t-elle en enlevant la housse de sa machine. Comme la soixantaine d'autres appareils, celle-ci a été achetée à Lejaby.

Les liens n'ont pas été rompus avec la marque, reprise par Alain Prost, ex-PDG de l'italien La Perla, qui a gardé 195 des 450 salariés en France, dans les services administratifs et la conception-modélisation, à Rillieux (Rhône).

La "Maison Lejaby", son nouveau nom, fait fabriquer la plupart de ses dessous en Tunisie tandis que sa collection de luxe, vendue 250 à 350 euros la parure, s'affiche "made in France". La réalisation de 5.000 de ces pièces a été confiée aux Atelières.

"Nous avons deux autres commandes fermes et plus de 30 propositions commerciales", se félicite Mme Pernin, dont l'objectif est d'être à l'équilibre fin 2013.

Elle a rassemblé 185.000 euros auprès de chefs d'entreprises et de particuliers, 80.000 euros de la Caisse des dépôts, 60.000 euros des fonds de revitalisation et 60.000 euros du Conseil régional.

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