Dans leur vaste capitale fantôme, les députés birmans sont logés à la dure

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EN IMAGES - Six fois plus grande que New York, la mystérieuse et récente capitale de la Birmanie héberge ses députés d’opposition dans de minuscules chambres sans confort.

A Naypyidaw, la capitale administrative birmane, les députés partagent leur vie entre parlement et logements collectifs rudimentaires rappelant aux plus anciens leurs cellules de prison du temps de la junte, dans une capitale aux gigantesques avenues vides, sortie de terre il y a dix ans. Avec le raz de marée prédit de l’opposition aux législatives du 8 novembre, les députés du parti d’Aung San Suu Kyi, prix Nobel de la paix, risquent de se retrouver à l’étroit.

Pour l’heure, ils sont 45 à être hébergés dans des logements ressemblant à une cité universitaire rudimentaire, Aung San Suu Kyi bénéficiant quant à elle d’une maison privée de deux étages, dans le quartier VIP de la capitale. Mais, faute d’alternatives immobilières à part les grands complexes hôteliers accueillant hommes d’affaires et hôtes étrangers, les autres députés d’opposition sont logés dans des bâtiments municipaux à 2.000 kyats (1,4 euro, payé par l’Etat) la nuit. Cela leur donne droit à une petite chambre individuelle dans la zone sécurisée du Parlement, où ils sont acheminés par minibus, comme d’autres centaines de députés.

Comme en prison

A l’époque où la junte mettait de nombreux dissidents politiques en prison, «j’ai passé 17 années en prison. C’est la même chose maintenant, à la différence près que ma famille est avec moi», témoigne Ohn Kyaing, député du parti d’Aung San Suu Kyi âgé de 72 ans. En dépit de l’arrivée au pouvoir d’un gouvernement réformateur quasi-civil depuis 2011, après l’auto-dissolution de la junte, certaines choses n’ont pas changé, comme les conditions de logement des députés, où officiellement les discussions politiques sont interdites.

La plupart vivent en effet à Rangoun, la capitale historique, à cinq heures de route de là, qui reste de facto la grande ville du pays. Naypyidaw, construite dans le plus grand secret par le régime militaire alors au pouvoir, n’est en effet sortie de terre qu’en 2005. Depuis, nombre de fonctionnaires des ministères logent dans des dortoirs attenant à leurs administrations, retournant à Rangoun au moindre congé. Alors que la dernière session parlementaire s’est achevée vendredi, pour laisser place à une campagne électorale devant débuter le 8 septembre, les députés sont sur le départ.

«Nous voulons rentrer à la maison», explique Than Than, l’épouse du député Ohn Kyaing, qui a décidé de vivre avec son mari, malade, dans la petite chambre individuelle, avec salle de bain mais sans cuisine, mise à la disposition de son mari le temps de la dernière session parlementaire. Leur fille, leur petit-fils et une nièce s’entassent avec eux, faisant la cuisine sur un réchaud d’appoint.

Outre l’exiguïté des logements de fonction, la vie à Naypyidaw n’est guère réjouissante pour les députés. En dix ans d’existence, la capitale administrative n’a jamais vraiment pris vie et ressemble à un parc d’attractions en hiver, avec ses rues monumentales désertes et son immense complexe parlementaire. Moins de 400.000 personnes résident dans la ville même de Naypyidaw, contre plus de cinq millions à Rangoun. Et la gare routière fourmille de fonctionnaires retournant en bus à Rangoun le temps d’un congé.

Win Htein, porte-parole de la LND (Ligue Nationale pour la démocratie) à Naypyidaw, âgé de 74 ans, compare sa vie ici à celle de «cadets dans des baraques militaires». Son logement exigu est constamment encombré de visiteurs venus de Rangoun. Il reconnaît cependant que ces logements collectifs renforcent les liens entre élus, certains n’hésitant pas à faire des parties de chinlone, un jeu de balle traditionnel.

Les députés militaires, qui ont un quota réservé d’un quart des sièges, ne sont pas à meilleure enseigne. «Nous n’avons même pas de magasin dans notre zone et nous devons faire plus de 30 minutes de voiture pour pouvoir aller prendre un thé avec des amis», témoigne un député militaire sous couvert de l’anonymat.

Les 331 députés du parti au pouvoir, l’USDP, ont plus de chance. Ils bénéficient du confort des logements au sein du gigantesque complexe abritant le siège de leur parti. «Les logements de l’USDP sont bien mieux que les autres. Il y a l’air conditionné, internet fourni par fibre optique et de grandes chambres. En plus, c’est gratuit», confirme Shwe Maung, un député du parti au pouvoir.

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