Dans le Sud des Etats-Unis, des incendies d'églises attisent la peur

le , mis à jour à 03:22
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par Jason Szep et Lindsay Dunsmuir WASHINGTON, 2 juillet (Reuters) - Dans le contexte du regain de tensions raciales aux Etats-Unis, une série d'incendies d'églises fréquentées par les Afro-Américains attisent la peur et jouent sur les nerfs, même si une partie seulement de ces sinistres est le fait de pyromanes. Les autres sont provoqués par des court-circuits électriques ou des orages. Chaque année, aux Etats-Unis, des centaines d'églises sont la proie des flammes pour des raisons accidentelles souvent sans rapport avec des crimes racistes. Mais après la tuerie de l'église de Charleston, en Caroline du Sud, où neuf Noirs ont été abattus le 17 juin dernier par un jeune suprémaciste blanc, Dylann Roof, provoquant la sidération d'une partie de l'opinion, les images d'églises de la communauté noire ravagées par les flammes frappent les esprits. A Greeleyville, en Caroline du Sud, à une centaine de kilomètres à peine de Charleston, des enquêteurs tentent de déterminer la cause de l'incendie qui a détruit mardi soir la Mount Zion African Methodist Episcopal Church. Cette église avait été détruite il y a vingt ans par le Ku Klux Klan. Il est trop tôt pour dire ce qui a provoqué ce nouvel incendie. Au total, depuis le massacre de Charleston, sept lieux de culte principalement fréquentés par des Noirs ont pris feu. Pour trois d'entre eux, les enquêteurs travaillent sur la thèse d'un incendie criminel. "Nous sommes en état de choc", témoigne Brandon Reeves, paroissien de la God's Power Church of Christ de Macon, en Georgie. L'église, fondée par son arrière-grand-mère, a été détruite par les flammes le 23 juin. "Avec toutes ces autres églises en flammes, je ne peux m'empêcher de penser que c'est peut-être un crime commis par la haine", ajoute-t-il. A Knoxville, dans le Tennessee, des poubelles ont été incendiées le 21 juin devant les portes de l'église adventiste du Septième Jour de College Hill. Une camionnette est partie en flammes. "Nous considérons qu'il s'agit d'un incendie criminel, mais il s'agit plus de vandalisme qu'autre chose", dit le capitaine D.J. Corcoran des pompiers de la ville. VIGILANCE Le Bureau of Alcohol, Tobacco, Firearms and Explosives (ATF), l'office fédéral basé à Washington chargé de l'application de la législation sur les armes, les explosifs, le tabac et l'alcool, indique que les conclusions préliminaires des différentes enquêtes en cours ne pointent pas vers des mobiles raciaux. Mais leur répétition alimentent les craintes des représentants de la communauté noire américaine. La NAACP, Association nationale pour la promotion des gens de couleur, l'une des principales organisations de défense des droits civiques, a appelé les responsables des églises noires à "rester vigilants" et à prendre toutes les "précautions nécessaires". Le phénomène n'a rien d'inédit. D'après l'Association nationale pour la protection contre les incendies (NFPA), sur l'année 2011, la dernière pour laquelle des statistiques nationales sont disponibles, 1.660 départs de feu dans des sites religieux ou funéraires ont entraîné une intervention des pompiers. "La plupart sont des petits incendies", note Marty Ahrens, de la NFPA. Les églises, explique-t-il, sont souvent des bâtiments anciens construits à une époque où les normes de sécurité n'étaient pas aussi rigoureuses qu'aujourd'hui. "Tenter de les rénover peut être un défi", ajoute-t-il. (avec Letitia Stein à Tampa, Floride; Henri-Pierre André pour le service français)

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