Dans la Drôme, une fabrique géante d'insectes utiles

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Dans l'usine de Biotop, pas de chaîne de production mais des bacs en plastiques sur des chariots en fer: la PME drômoise élève 100 milliards d'insectes par an, destinés à rendre de sacrés services.

L'ex-startup, qui a désormais pignon sur la Vallée du Rhône, s'est contentée de "prendre dans la nature ce qui existe et ce qui est utile", explique Marc Vignau, directeur général.

Et la nature fait bien les choses: la coccinelle raffole des pucerons, jusqu'à 100 par jours, la punaise macrolophus mange tout ce qui passe, dont les pucerons ou acariens, et le trichogramme parasite les ?ufs de la pyrale, qui ravage les cultures de maïs.

Biotop propose donc d'utiliser des insectes plutôt que des insecticides. Une "lutte biologique" qui séduit de plus en plus à une époque où les préoccupations environnementales s'accompagnent d'incitations à utiliser moins de produits chimiques. Des agriculteurs, des collectivités comme Caen ou Grenoble, pour leurs espaces verts, et même des particuliers s'approvisionnent chez Biotop.

Cyril Vignon est l'un d'entre eux. Il produit en bio des fruits et légumes anciens dans la Drôme, fournissant de grands noms de l'hôtellerie-restauration comme Anne-Sophie Pic, la célèbre chef étoilée du cru.

Depuis cinq ans, il s'est mis aux insectes. "En bio, on n'a pas le choix". Dans sa serre de tomates, il a lâché une punaise par pied. Elles portent une belle robe d'un vert fluorescent et sont plus petites que celles redoutées du grand public.

Le coût de cette protection naturelle ? Cent euros par an pour une serre de 600 pieds. "Un poil plus cher que les insecticides classiques", souligne l'agriculteur.

Mais avec ça, "c'est propre", s'enthousiasment les techniciens-commerciaux de Biotop qui font un petit tour du propriétaire, armés d'une mini-loupe pour repérer leurs petites fées travailleuses.

Secrets de fabrication

Chez Biotop, tous semblent très fiers de leur travail. Il faut dire que l'entreprise a réussi une prouesse technologique en produisant de façon industrielle des insectes. Un savoir-faire mis au point à Sophia-Antipolis (Alpes-Maritimes) dans les années 80 avec les chercheurs de l'Inra (Institut de la recherche agronomique).

A l'entrée de l'usine, le directeur industriel, Éric Thouvenin, en blouse blanche réglementaire, conduit la visite mais ne montre pas tout. Système anti-invasion, vidéosurveillance, enfilade de portes et de badges, Biotop veut protéger ses secrets de production, notamment de ses deux concurrents belge et néerlandais.

En France, elle se présente comme le "leader". Il existe bien un autre élevage, appartenant au spécialiste de la tomate Savéol, mais celui-ci utilise les insectes pour sa propre production uniquement.

L'élevage industriel est extrêmement délicat. Dans des salles semblables à des frigos industriels, les insectes grandissent dans des bacs en plastique blanc. Température, lumière, hydrométrie, il faut être très précis au risque d'en perdre des millions en quelques minutes.

Des entomologues, biologistes, spécialistes des biotechnologies veillent au grain.

Et s'il y a une porte que les employés de Biotop n'ouvriront pas, c'est celle de l'élevage des papillons ephestia, apparemment très difficile à mettre au point.

Des papillons bien gardés

Ces papillons sont pourtant indispensables à la production d'insectes. Leurs oeufs nourrissent les coccinelles ou les punaises, mais ils servent surtout de nid au trichogramme, un parasite qui a besoin de coloniser les ?ufs d'autrui pour pondre.

La seule chose qu'accepteront de dire Éric Thouvenin et Sébastien Rousselle, le directeur commercial, c'est que chaque salle renferme 60 millions de papillons et que dans un gramme, on peut compter jusqu'à 36.000 ?ufs. Des données qui expliquent le chiffre incroyable de 100 milliards d'insectes produits par an.

Aujourd'hui Biotop emploie 40 personnes et réalise un chiffre d'affaires de 5 millions d'euros, en croissance de 10% par an. Et pour se développer, le petit poucet s'appuie sur la force de recherche et développement de son actionnaire majoritaire, InVivo, premier groupe coopératif agricole de France.

Car la PME nourrit de grands projets. Cultiver des champignons, capables de tuer des ravageurs, d'autres champignons et même de détruire des mauvaises herbes. Et il n'exclut pas de se lancer dans les insectes à manger!

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