" Dans l'idéal, il faudrait, sur les émergents, équipondérer actions, dette locale et obligations corporate"

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(NEWSManagers.com) - Martial Godet, responsable des investissements actions sur les marchés émergents, BNP Paribas Investment Partners


Les fonds pays émergents connaissent une grande vogue, pour d'évidentes raisons macroéconomiques. Les grandes maisons anglo-américaines ne sont pas seules à s'y intéresser. BNP Paribas IP, par exemple, gère plusieurs dizaines de milliards de dollars dans ces pays, comme l'a précisé à NewsManagers Martial Godet, le CIO actions émergentes du gestionnaire français.

Newsmanagers : Quels encours votre maison gère-t-elle sur les marchés émergents ?

Martial Godet : Au global, les encours des marchés émergents représente quelque 60 milliards de dollars à fin décembre 2010. Du côté des actions émergentes, cela représente environ 15 milliards de dollars dans les fonds internationaux grand public. A cela il convient d'ajouter les fonds locaux qui représentent une dizaine de milliards d' euros.

NM : Comment les souscriptions ont-elles évolué l'an dernier ?

M. G. : En 2010, nous avons collecté assez fortement sur les produits Russie, Turquie, Corée, Chine et Hongrie. Nous avons enregistré des sorties de capitaux sur l'Amérique latine qui sont allés se réinvestir sur la Russie. Au total, nous avons enregistré des rentrées nettes en 2010. Pour leur part, les sorties sont en ligne avec les tendances générales de marché, qui indiquent des rachats de l' ordre de 12 milliards de dollars depuis le début de l' année, au profit des marchés développés. Le bilan reste mitigé sur l'Amérique latine et depuis peu sur les BRIC tandis que les produits investi sur la Russie et la Corée continuent de collecter.



NM : Ces actifs sont-ils gérés de manière centralisée ?


M. G. : Non, nous alignons des équipes dédiées : deux pour l'Amérique latine, six pour la région Europe/Moyen-Orient/Afrique (EMEA) et sept pour l'Asie émergente. Cela représente au total environ 250 collaborateurs dédiés à la gestion des portefeuilles actions et " fixed-income" marchés émergents. Chaque équipe est indépendante dans sa stratégie. Cela posé, pour plus de la moitié, il s'agit de partenariats avec participation dans des gestionnaires locaux, le reste étant géré par BNP Paribas Asset Management.

NM : Comment êtes vous positionné actuellement ?

M. G. : Depuis huit mois, nous avons un biais Europe émergente-Russie-Turquie. En revanche, sous sommes sous-pondérés sur l'Amérique latine tandis que nous avons remonté récemment notre exposition à l'Asie.

NM : On a souvent tendance à oublier les pays d'Europe centrale et orientale quand on parle de pays émergents. Y a-t-il des opportunités sur ces marchés en dehors de la Russie ?


M. G. : Outre des pays d' Europe émergente (PECO), nous sommes positifs sur la Turquie qui constitue, après la correction récente, un pari anti-corrélation par rapport à l'ensemble des marchés émergents et qui se comporte assez bien durant les périodes de baisse du pétrole. Mais il ne faut pas aller sur la Turquie en cas de forte hausse des matières premières. L'intérêt réside en partie dans la devise : la livre turque est sous-valorisée et s'est moins appréciée que les autres devises émergentes.

NM : Quels secteurs privilégiez-vous dans ce pays ?


M. G. : Les valeurs financières dominent l' indice du marché turc et sont le " proxy" , le reflet, de la consommation des ménages qui augmente parce que le taux de créances douteuses est faible et que la croissance est là. Le secteur manufacturier est peu cher. Il faut être prêt à rester quelque temps sur la Turquie pour tirer parti du potentiel économique du pays.

NM : Que faut-il penser, selon vous, des marchés " frontières" qui suscitent un certain engouement parmi vos concurrents ?

M. G. : Nous n'avons pas d'offre pour l'instant sur ce créneau. Le problème tient aux capacités du marché et je ne suis pas convaincu de l'homogénéité de cette extension du concept de marchés émergents. De plus, les titres ne sont pas particulièrement bon marché, et le risque n'est pas spécialement rémunéré. En revanche, nous avons un projet de fonds diversifié émergents. Nous n'avons pas l'intention de lancer une gamme complète pour le grand public sur cette thématique : notre seul projet est un produit diversifié, avec de la dette émergente en monnaies fortes et en devises locales, des obligations d'entreprises et une allocation active entre dette, actions et cash. Ce fonds devrait être lancé avant la fin de l'année, avec une approche patrimoniale et un minimum de dette locale. L' allocation entre les actions, la dette émergente et le cash sera très dynamique.

NM : Comment structureriez-vous le portefeuille émergent idéal en ce moment ?

M. G. : Je mettrais un tiers d'actions, un tiers de dette locale et un tiers de dette " corporate" . Il ne faut pas faire que des actions. Et, sur un plan géographique, j'opterais assez pour une répartition moitié Asie, moitié Europe émergents.


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