Dans l'Aube, des salariés pointent, sans travail, ni salaire

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par Gérard Bon

LES LILAS, Seine-Saint-Denis (Reuters) -

Après les ouvrières de Lejaby, les 54 salariés, dont une écrasante majorité de femmes, de la société Sodimédical, dans l'Aube, sont en quête de soutiens politiques pour sortir d'une situation qu'ils jugent kafkaïenne.

Depuis l'annonce de la fermeture de l'usine en avril 2010, les employées spécialisées dans la fabrication de pièces pour les blocs opératoires ont mené des dizaines de procédures judiciaires pour tenter de conserver leurs emplois, délocalisés principalement en Chine.

Elles disent vivre aujourd'hui une situation absurde: devoir pointer tous les jours à l'usine de Plancy-l'Abbaye (Aube), non loin de Troyes, fief du ministre de l'Economie François Baroin, mais sans travail, ni salaire.

"Ils essaient de nous asphyxier. Comment faire quand on a des décisions de justice et personne pour les faire appliquer ?", demande Angélique Debruyne, porte-parole du comité d'entreprise.

Elle participait, avec d'autres salariées de Sodimédical, à une rencontre lundi avec le candidat du Front de gauche à la présidentielle, Jean-Luc Mélenchon, au siège de campagne des Lilas, dans la banlieue parisienne.

"Nous espérons avoir des soutiens politiques. Nous sommes dans le fief de Monsieur Baroin (maire de Troyes), qui ne s'est pas beaucoup manifesté", ajoute Angélique Debruyne.

Nicolas Sarkozy et le ministre de l'Enseignement supérieur, Laurent Wauquiez, élu du département, ont récemment oeuvré en faveur d'une reprise du site de Lejaby à Yssingeaux (Haute-Loire) par le maroquinier Sofama, fournisseur de Louis Vuitton.

UNE PREMIÈRE DANS LE DROIT SOCIAL

Selon l'un des avocats des salariées de Sodimédical, Me Philippe Brun, leurs ennuis ont débuté en 2005, quand le groupe allemand Lohman et Rauscher a décidé de créer une usine en Chine.

"On leur a demandé d'aller former des travailleuses en Chine et au fur et à mesure que les Chinois maîtrisaient les choses, on a transféré les activités là-bas", explique-t-il.

En 2010, la direction de l'entreprise annonce la fermeture pure et simple mais les salariés entrent en résistance et engagent une procédure en justice.

En mars 2011, le tribunal d'instance annule les licenciements, estimant qu'en l'absence de cause économique il ne peut y avoir de plan social. Un jugement confirmé en janvier 2012 par la cour d'appel de Reims.

"C'était une première dans l'histoire du droit social. On insistait sur le fait que le plan social n'avait absolument aucune raison d'exister", souligne Me Brun.

En octobre 2011, la cour d'appel de Reims a refusé la liquidation de l'entreprise et le conseil des prud'hommes de Troyes a condamné Lohmann et Rauscher France à redonner travail et salaire aux employés sous astreinte de 50.000 euros par mois de retard.

L'entreprise demande alors aux employées de rester chez elles en promettant de les payer. Mais furieuses de ne rien toucher, ces dernières retiennent durant une nuit, en juin dernier, le co-gérant, avant d'être délogées par 50 gendarmes.

Elles obtiennent finalement de versement de leurs arriérés de salaires en faisant condamner L&R France par la cour d'appel de Reims.

Mais le 22 novembre, la société est placée en procédure de sauvegarde et l'entreprise interrompt à nouveau les paiements.

Lors d'une énième audience début février devant la cour d'appel de Reims, l'avocat de l'entreprise a fait valoir que le tribunal de commerce d'Epinal avait vidé de sa substance le jugement condamnant le groupe à payer les salaires, rapporte L'Est-Eclair. Le jugement a été mis en délibéré au 4 avril, précise le quotidien.

"Ces femmes sont à l'avant-garde du combat et parce qu'elles sont à l'avant-garde du combat, elle n'ont pas de salaire depuis quatre mois et demi", estime Philippe Brun.

Edité par Patrick Vignal

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