Damas promet de respecter le cessez-le-feu à partir de jeudi

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LA SYRIE PROMET DE RESPECTER LA TRÈVE À PARTIR DE JEUDI
LA SYRIE PROMET DE RESPECTER LA TRÈVE À PARTIR DE JEUDI

par Stephanie Nebehay et Oliver Holmes

GENEVE/BEYROUTH (Reuters) - Le gouvernement syrien a assuré à Kofi Annan qu'il respecterait le cessez-le-feu qui doit entrer en vigueur jeudi matin en Syrie tout en se réservant le droit de répondre à toute attaque, a annoncé mercredi à Genève Ahmad Fawzi, porte-parole de l'émissaire spécial des Nations unies et de la Ligue arabe.

Dans une lettre adressée à Annan, le ministère syrien des Affaires étrangères précise que Damas "accepte de mettre fin aux combats sur tout le territoire syrien à partir de 06h00 (03h00 GMT) demain, jeudi 12 avril 2012, tout en se réservant le droit de répondre de manière proportionnée à toute attaque menée par les groupes terroristes armés contre les civils, les forces gouvernementales, les biens publics ou privés", a dit Ahmad Fawzi.

A Damas, une source au ministère syrien de la Défense a confirmé cet engagement.

"Nos forces armées ayant rempli avec succès leurs missions dans la lutte contre les activités criminelles des groupes terroristes et ayant rétabli l'autorité de l'Etat sur tout le territoire, il a été décidé de mettre fin aux opérations (militaires) à partir de demain matin", a dit cette source citée par la télévision syrienne.

L'opposition syrienne doute de la volonté du régime du président Bachar al Assad de mettre fin à la répression et affirme n'avoir constaté aucun signe sur le terrain laissant présager une trêve.

A Moscou, le vice-ministre russe des Affaires étrangères, Guennadi Gatilov, a déclaré sur Twitter qu'après l'engagement du gouvernement de Damas, l'opposition syrienne devait elle aussi mettre fin à ses opérations armées.

POURSUITE DES TIRS

Mercredi, les forces gouvernementales syriennes ont pilonné les secteurs insurgés de Homs, au nord de Damas.

Des vidéos diffusées par l'opposition sur YouTube montrent des obus de mortier s'abattre sur le quartier de Khalidya à Homs, bastion de l'insurrection à 150 km au nord de la capitale. Selon l'Observatoire syrien des droits de l'homme (OSDH), basé en Grande-Bretagne, ces tirs ont fait un mort dans la matinée.

"Les tirs de mortier ont commencé à 07h00 ce matin, au rythme d'un toutes les cinq minutes", a rapporté un militant d'opposition, Walid al Fares. Mardi, alors que le président Assad était censé retirer ses troupes, ses blindés et ses armes lourdes des agglomérations, les bombardements sur la ville ont fait au moins 26 morts, toujours d'après l'OSDH.

En visite mercredi en Iran, l'un des rares alliés de la Syrie, Kofi Annan a déclaré que le régime de Damas lui avait assuré qu'il respecterait le cessez-le-feu. "J'ai reçu du gouvernement (syrien) l'assurance qu'il respectera le cessez-le-feu. Si tout le monde le respecte, je pense que d'ici 06h00 jeudi matin nous devrions assister à une amélioration des conditions sur le terrain", a dit l'émissaire international.

La République islamique d'Iran a apporté son soutien au plan en six points élaboré par Kofi Annan à condition qu'il ne prône pas une mise à l'écart du président Assad, ce que demandent pourtant les pays occidentaux.

La secrétaire d'Etat américaine Hillary Clinton a annoncé qu'elle rencontrerait ce mercredi le ministre russe des Affaires étrangères, Sergueï Lavrov, pour lui demander de revoir sa position à l'égard du régime de Damas. "Nous voulons démontrer aux Russes que la situation se détériore et que le risque d'une conflagration régionale augmente", a-t-elle dit.

L'OPPOSITION NE CROIT PAS AU PROMESSES D'ASSAD

La Russie et la Chine ont opposé par deux fois leur veto à une résolution du Conseil de sécurité de l'Onu condamnant la répression en Syrie.

A Pékin, les autorités chinoises jugent que les efforts pour parvenir à une solution politique à la crise sont arrivés à un "moment critique".

Pour le Conseil national syrien (CNS), le principal groupe de l'opposition, la communauté internationale devra prendre des mesures contre la Syrie, en décrétant notamment un embargo sur les armes, si les autorités de Damas ignorent le cessez-le-feu.

Selon Basma Kodmani, la porte-parole du CNS, le président Assad ne respectera pas la trêve et les Nations unies devront prendre des mesures pour l'isoler, ce qui nécessitera l'appui de la Russie et de la Chine.

Sur le terrain, l'OSDH a fait état de nouvelles opérations militaires à Daïr az Zour, dans la vallée de l'Euphrate, où deux personnes auraient été tuées. Des tirs d'artillerie ont également été signalés dans la région de Djebel Akrad, dans la province côtière de Lattaquié.

A Hama, une vingtaine de blindés ont pris position dans le centre-ville et des obus se sont abattus sur Rastan, dans la province de Homs.

Dans le sud du pays, près de la frontière jordanienne, les forces gouvernementales, après avoir reçu des renforts, ont mené des perquisitions à Deraa, d'où est parti le soulèvement il y a treize mois.

"L'armée profite du cessez-le-feu pour arrêter le maximum de gens et incendier des maisons", a dit un opposant, Omar al Hariri.

Selon l'OSDH, les forces pro-Assad ont tué 38 personnes mardi à travers le pays et les insurgés ont abattu 19 membres des forces de sécurité. Le même jour, l'agence de presse officielle syrienne Sana a fait état des funérailles de 33 soldats et policiers victimes des "bandes terroristes armées".

D'après un bilan établi mardi par l'OSDH, plus de 800 civils ont été tués depuis l'annonce qu'Assad avait accepté le plan de Kofi Annan le 27 mars.

Les violences en Syrie depuis la mi-mars 2011 ont fait plus de 9.000 morts dans la population civile, selon les Nations unies. Le gouvernement de Damas accuse les rebelles d'avoir tué plus de 2.600 membres des forces de sécurité.

Bertrand Boucey et Guy Kerivel pour le service français

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