Damas prêt à un contrôle international de ses armes chimiques

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DAMAS PRÊT À PLACER SON ARSENAL CHIMIQUE SOUS CONTRÔLE INTERNATIONAL
DAMAS PRÊT À PLACER SON ARSENAL CHIMIQUE SOUS CONTRÔLE INTERNATIONAL

par Gabriela Baczynska et Alexei Anishchuk

MOSCOU/LONDRES (Reuters) - La Russie, soucieuse de prévenir des frappes occidentales contre son allié syrien et à l'approche d'un vote crucial au Sénat américain, a proposé lundi de placer l'arsenal chimique de Damas sous contrôle international, idée favorablement accueillie par le gouvernement de Bachar al Assad.

À New York, le secrétaire général des Nations unies, Ban Ki-moon, déplorant la "paralysie" de son organisation sur le dossier syrien, envisage pour sa part de demander au Conseil de sécurité d'exiger de Damas le transfert immédiat de ses armes chimiques dans des sites sécurisés où elles pourraient ensuite être détruites.

À Londres, le Premier ministre britannique, David Cameron, a également défendu l'idée d'une supervision internationale des armes chimiques syriennes à condition que cela ne relève pas d'une tactique de "diversion".

Le chef de la diplomatie russe, Sergueï Lavrov, qui recevait lundi à Moscou son homologue syrien, Walid al Moualem, a avancé l'idée d'un contrôle international de l'arsenal chimique de Damas, susceptible de bloquer la marche à la confrontation.

"Si cela permet d'éviter des frappes (contre la Syrie), alors nous nous mettrons immédiatement au travail avec Damas", a dit le ministre russe.

"La République arabe syrienne accueille favorablement l'initiative russe, motivée par l'inquiétude des dirigeants syriens à l'égard de la vie de nos citoyens et la sécurité de notre pays, et aussi motivée par notre confiance en la sagesse des dirigeants russes qui tentent d'empêcher une agression américaine contre notre peuple", a réagi Walid al Moualem.

Washington et Paris affirment avoir des preuves que le gouvernement du président Bachar al Assad est responsable d'une attaque chimique qui aurait fait des centaines de morts le 21 août dans la banlieue de Damas. Le gouvernement syrien dément et dénonce une "provocation" des insurgés.

OFFENSIVE MÉDIATIQUE D'OBAMA

Lavrov et Moualem ont appelé les Etats-Unis à consacrer leurs efforts à l'organisation d'une conférence de paix plutôt qu'à des préparatifs de guerre. L'idée d'une conférence "Genève II" n'a pas progressé depuis que Washington et Moscou l'ont évoquée en mai dernier.

La Chine a de son côté prié Washington d'agir avec la plus extrême prudence et de revenir aux Nations unies pour débattre du conflit, qui fait plus de 100.000 morts depuis mars 2011.

Dans une interview à la chaîne de télévision américaine CBS, Bachar al Assad a prévenu les Américains qu'ils devraient "s'attendre à tout" en cas de frappes contre Damas.

Les répercussions pourraient "prendre différentes formes" et avoir des effets "directs et indirects", a averti le président syrien qui a démenti une nouvelle fois avoir utilisé l'arme chimique contre son peuple.

Dans une interview au Figaro publiée lundi dernier, Bachar al Assad menaçait la France, seul allié de poids des Etats-Unis prêt à participer à une action militaire.

À Washington, le Congrès a repris ses travaux et le Sénat pourrait voter mercredi sur le principe d'une action armée des Etats-Unis contre la Syrie.

L'administration de Barack Obama multiplie les contacts au Capitole pour tenter de persuader les élus sceptiques, qui restent nombreux. Le président américain devait s'exprimer lundi soir sur six chaînes de télévision avant de prononcer une allocution à la Maison blanche mardi.

QUELLE IMPLICATION D'ASSAD LE 21 AOÛT ?

John Kerry, qui était à Londres pour défendre les projets d'intervention américains, a dit comprendre le scepticisme engendré par le précédent de l'invasion américaine de l'Irak en 2003, sur la base de renseignements attestant de la présence d'armes de destruction massive qui s'étaient révélés faux.

Il s'est dit cependant confiant dans les éléments rassemblés par les Etats-Unis et leurs alliés pour prouver l'implication du gouvernement syrien dans l'attaque du 21 août. Il a cependant esquivé une question d'un journaliste lui demandant si Washington avait des preuves de la responsabilité directe de Bachar al Assad.

"Les armes chimiques en Syrie (...) sont contrôlées de manière très étroite par le régime Assad. Bachar al Assad, son frère Maher al Assad et un général sont les trois personnes qui contrôlent le déplacement et l'usage des armes chimiques", a affirmé le chef de la diplomatie américaine.

Selon le Bild am Sonntag qui s'appuie sur des informations des services secrets allemands, l'attaque chimique du 21 août a peut-être été menée sans l'aval du président Assad.

Les inspecteurs en armes chimiques de l'Onu pourraient rendre leur rapport cette semaine, à peu près au moment où le Congrès américain votera pour autoriser ou non des frappes contre la Syrie.

Paris a promis à ses partenaires européens d'attendre ce rapport avant toute initiative. Les inspecteurs doivent dire si des armes chimiques ont été utilisées le 21 août, mais pas par qui.

Sur le terrain, l'armée régulière syrienne a lancé une nouvelle offensive pour tenter de reprendre le contrôle de la ville chrétienne de Maaloula, qui a changé trois fois de mains en l'espace de six jours.

Arshad Mohammed, Susan Heavey, Andrew Osborn à Londres, avec Fredrik Dahl à Vienne, Jean-Stéphane Brosse et Guy Kerivel pour le service français, édité par Gilles Trequesser

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