Damas poursuit la répression et attend la venue de Kofi Annan

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par Suleiman Al-Khalidi

AMMAN (Reuters) - Les forces de sécurité syriennes ont pris position lundi dans la ville de Deraa, dans le sud du pays, et poursuivi leurs opérations de ratissage à Homs, où le Comité international de la Croix-Rouge attend de pouvoir accéder au quartier de Bab Amro.

Pendant que les violences, que le CICR s'attend à voir durer "des mois", ne montrent aucun signe de répit, la communauté internationale continue de chercher une issue à la crise.

Au Caire, le secrétaire général de la Ligue arabe a annoncé que l'émissaire de l'Onu et de la Ligue, Kofi Annan, avait reçu l'accord des autorités syriennes pour effectuer samedi prochain sa première visite à Damas, où un émissaire chinois, l'ancien ambassadeur en Syrie Li Huaxin, est attendu mardi.

"Kofi Annan m'a dit que la Syrie le recevrait le 10 mars et qu'il arriverait au Caire le 7 mars", a déclaré Nabil Elarabi à la presse au siège de son organisation.

La responsable des opérations humanitaires de l'Onu, Valerie Amos, a également annoncé lundi avoir reçu le feu vert de Damas pour se rendre en Syrie du 7 au 9 mars. Les quinze membres du Conseil de sécurité, Russie et Chine compris, avaient adopté jeudi une déclaration non contraignante en ce sens.

Le ministre russe des Affaires étrangères, Sergueï Lavrov, se concertera avec ses homologues arabes samedi au Caire. Le chef de la diplomatie russe a déclaré à l'issue d'un entretien avec son homologue jordanien à Moscou, lundi, qu'il espérait se rapprocher à cette occasion d'un accord pour mettre fin au conflit, mais il n'a donné aucun signe de durcissement envers le président Bachar al Assad.

Fort du soutien de la Russie et de la Chine, malgré l'appel de Pékin à "la fin de la violence contre des civils innocents" ce week-end, le régime syrien poursuit ses opérations de "nettoyage" sur le terrain.

DERAA EN ÉTAT DE SIÈGE

A Deraa, d'où était parti le soulèvement contre Bachar al Assad il y a bientôt un an, des centaines de soldats ont pris position dans le centre-ville, un déploiement de force jamais vu depuis des mois, selon des habitants.

Cette répression fait suite à l'attaque de plusieurs postes de contrôle des forces de sécurité autour de la ville située non loin de la frontière jordanienne. Au moins une personne a été tuée, rapporte un habitant.

Plus à l'Est, dans la province de Deïr az Zor, une bombe a endommagé un oléoduc près de la ville de Kouraïa, où une opération de l'armée est en cours, dit l'opposition syrienne.

Les rebelles ont multiplié les escarmouches depuis la chute du quartier de Bab Amro, symbole du soulèvement, tombé aux mains des forces gouvernementales la semaine dernière.

Le CICR et le Croissant-Rouge arabe syrien (Cras) ont commencé lundi à distribuer des vivres et des couvertures aux réfugiés et à la population de deux autres quartiers de Homs, Al Inchaat et Al Taouzii, a annoncé un porte-parole du CICR à Genève.

"Al Inchaat est le plus proche de Bab Amro. De toute évidence, la population a besoin d'aide car ce quartier a aussi été touché par la violence et il a accueilli des civils qui fuyaient Bab Amro", a dit le porte-parole du CICR, Hicham Hassan.

Un deuxième convoi du CICR transportant des vivres "pour des milliers de personnes" est arrivé à Homs en provenance de Damas,

mais les équipes humanitaires n'ont toujours pas pu accéder à Bab Amro.

"MASSACRE" À HUIS CLOS ?

"Nous sommes toujours bloqués par l'armée et le gouvernement syriens", a déclaré le directeur général du CICR, Yves Daccord, interrogé par la Radio Télévision Suisse (RTS), faisant état de négociations à la fois à Damas et à Homs.

"Nous espérons entrer dans Bab Amro aujourd'hui (...) La situation est très difficile. Les conditions climatiques sont dramatiques. Il fait très froid, il y a des combats et les gens n'ont pas accès à la nourriture ou à l'eau et, pour couronner le tout, il est très difficile d'évacuer les blessés", a-t-il dit.

Les opposants accusent l'armée de mener un "massacre" à huis clos à Bab Amro, une information impossible à vérifier en l'absence de témoins indépendants. Selon l'organisation Human Rights Watch, qui cite des "sources locales", près de 700 civils ont été tués et des centaines d'autres blessés depuis le début de l'assaut militaire le 3 février.

L'agence officielle de presse syrienne Sana rapporte de son côté que les autorités ont commencé à nettoyer "les destructions et les débris laissés par les groupes terroristes armés dans les quartiers d'Al Inchaat et de Bab Amro".

Seize membres des forces de sécurité ont été tués par les insurgés et enterrés à Homs, ajoute-t-elle.

Les combats se sont déplacés dimanche de Homs vers le Liban, distant de 35 km. Quelque 2000 Syriens, en majorité des femmes et des enfants, ont fui les bombardements contre le village d'Al Kousair, à 12 km de la frontière. Le nombre de ceux qui sont effectivement passés au Liban n'a pas été clairement établi.

Avec Khaled Yacoub Oweis à Amman, Ayman Samir au Caire, Afif Diab à la frontière syro-libanaise, Stephanie Nebehay à Genève, Alexei Anishchuk à Moscou, Chris Buckley à Pékin, Tangi Salaün pour le service français, édité par Gilles Trequesser

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