Damas laisse passer la date du 5 février sur les armes chimiques

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LA SYRIE N'A PAS ÉVACUÉ LA TOTALITÉ DE SES ARMES CHIMIQUES
LA SYRIE N'A PAS ÉVACUÉ LA TOTALITÉ DE SES ARMES CHIMIQUES

par Anthony Deutsch

AMSTERDAM (Reuters) - La Syrie n'a pas, comme elle s'y était engagée, évacué de son territoire la totalité de ses armes chimiques à la date du 5 février et le processus est en retard de plusieurs semaines, ce qui remet en question la date butoir du 30 juin fixée pour leur élimination totale.

A ce jour, la Syrie n'a transféré qu'à peine plus de 4% des 1.300 tonnes de produits toxiques qu'elle a déclarés à l'Organisation pour l'interdiction des armes chimiques (OIAC). Les deux petits lots évacués se trouvent à bord d'un navire danois en Méditerranée.

En vertu d'un accord intervenu entre la Russie et les Etats-Unis et consacré par l'adoption fin septembre de la résolution 2118 du Conseil de sécurité de l'Onu, les autorités syriennes avaient accepté d'évacuer au plus tard le 5 février l'ensemble de leurs armes chimiques hors du territoire syrien.

Les substances les plus toxiques devaient être détruites d'ici le 31 mars sur un navire américain spécialement équipé, le Cape Ray. Le responsable de ce programme, Sigrid Kaag, doit rendre compte de l'état des opérations jeudi aux Nations unies.

Toujours en vertu de l'accord, précipité par l'attaque au gaz sarin qui avait fait des centaines de morts chez les civils le 21 août dernier dans la plaine de la Ghouta, près de Damas, la Syrie a jusqu'au 30 juin, soit encore près de cinq mois, pour éliminer totalement ses stocks d'armes chimiques.

Les Etats-Unis avaient imputé l'attaque de la Ghouta au régime de Damas, qu'ils avaient alors menacé de raids aériens.

La Russie a déclaré mardi que son allié syrien allait évacuer prochainement d'autres lots d'armes chimiques mais les diplomates occidentaux ont dit n'avoir constaté aucun signe d'évacuation imminente.

La Syrie a fait savoir qu'elle allait transmettre à l'OIAC un calendrier d'évacuation, sans dire exactement quand elle allait le faire.

UN ACCORD QUI RENFORCE LE RÉGIME, DIT CLAPPER

Aucun transfert d'armes chimiques n'a eu lieu depuis le 27 janvier et la date butoir du 5 février est passée sans que la Syrie ait rempli la totalité de ses obligations, a noté un porte-parole de l'OIAC, Michael Luhan. "C'est le statu quo, jusqu'à ce que nous recevions le calendrier", a-t-il dit.

Le vice-ministre syrien des Affaires étrangères, Fayçal al Mekdad, a affirmé mercredi que son pays tentait de remplir ses obligations. "La Syrie agit avec une totale détermination, avec force et efficacité pour remplir tous les engagements pris avec l'Onu et l'OIAC", a-t-il dit à l'agence de presse syrienne Sana.

Damas a imputé les retards dans l'évacuation de son stock chimique aux menaces d'attaques d'insurgés sur les routes menant au port de Lattaquié, au bord de la Méditerranée. Aussi le régime demande-t-il davantage de matériel blindé et des équipements de communication pour mener à bien cette mission.

Evoquant la sécurité du transfert par la route des agents chimiques jusqu'à Lattaquié, Fayçal al Mekdad a souligné qu'il ne pouvait y avoir à ce sujet "aucun laisser-aller".

Les Etats-Unis et les Nations unies, qui supervisent le programme de destruction des armes chimiques avec l'OIAC, ont estimé la semaine dernière que l'armée syrienne avait tout le matériel nécessaire et devait honorer ses engagements le plus rapidement possible.

Pour James Clapper, chef du renseignement américain, l'accord conclu l'an dernier sur l'élimination des armes chimiques syriennes a renforcé le président Bachar al Assad face aux insurgés, dont les chances de le contraindre rapidement à quitter le pouvoir sont très réduites désormais.

"Les perspectives en ce moment précis sont qu'il est vraiment dans une position renforcée par rapport à l'an dernier en raison de l'accord de suppression des armes chimiques, aussi lent soit ce processus", a dit le directeur du renseignement national (DNI), qui était auditionné par la commission du Renseignement de la Chambre des représentants.

En avril 2013, s'exprimant devant la même commission, le même James Clapper affirmait qu'"après pratiquement deux ans de conflit en Syrie, l'érosion des capacités du régime s'accélère. Nous l'observons dans ses pertes territoriales, dans ses effectifs militaires et ses manques logistiques".

Eric Faye et Guy Kerivel pour le service français

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