Damas formule de nouvelles exigences, l'offensive se poursuit

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par Oliver Holmes

BEYROUTH (Reuters) - Les forces syriennes ont ignoré le plan de paix de l'émissaire international Kofi Annan, pourtant accepté par Damas, qui prévoyait leur retrait des centres urbains mardi en préalable à un cessez-le-feu.

Loin de s'apaiser, la répression du soulèvement contre le régime de Bachar al Assad a encore fait 31 morts dans la journée, rapporte l'opposition, tandis que la presse turque fait état de tirs nourris près de la frontière.

Kofi Annan, représentant spécial de l'Onu et de la Ligue arabe, a invité le Conseil de sécurité à sauver son plan de paix et exhorté le président syrien à un "revirement radical".

"Tous les efforts doivent être mis en oeuvre pour parvenir à un arrêt de la violence sous toutes ses formes le 12 avril à 06h00", a-t-il déclaré.

Les forces gouvernementales étaient censées entamer leur retrait des zones urbaines avant minuit heure locale (21h00 GMT), mais le plan accorde ensuite aux rebelles jusqu'à jeudi 06h00 locales (03h00 GMT) pour cesser le feu.

"Il n'y a plus de temps à perdre. Nous devons tous nous mobiliser pour faire cesser l'effusion de sang avant que la Syrie ne sombre dans les abysses", a poursuivi le diplomate ghanéen, invitant également les insurgés à mettre un terme aux combats "afin de ne pas fournir d'excuse au gouvernement pour renier ses engagements".

Lors d'une escale en Turquie, où il a visité des camps de réfugiés syriens, Kofi Annan a fait état d'informations contradictoires selon lesquelles l'armée syrienne se retirait comme prévu de certains secteurs mais se déployait parallèlement dans d'autres zones jusqu'ici épargnées par les opérations militaires.

En visite à Moscou, Walid al Moualem, chef de la diplomatie syrienne, a assuré que Damas avait commencé à appliquer le plan mais a demandé à Kofi Annan la garantie écrite que les rebelles respecteront le cessez-le-feu.

"Nous n'allons pas demander de garanties aux groupes terroristes qui tuent, enlèvent et détruisent les infrastructures. Nous voulons qu'Annan nous donne ces garanties", a-t-il souligné.

"MENSONGE FLAGRANT"

Le gouvernement syrien avait déjà réclamé des garanties écrites, ce week-end, sans toutefois demander qu'elles soient relimes par l'émissaire international lui-même. Cette exigence de dernière minute semble avoir pour but de saper ses efforts pour amener toutes les parties à se conformer à son plan.

Pour la France, les déclarations syriennes concernant le retrait sont un "mensonge flagrant et inacceptable".

"Elles témoignent d'un sentiment d'impunité contre lequel la communauté internationale doit absolument réagir", a déclaré le porte-parole du ministère des Affaires étrangères, Bernard Valero.

Sur le terrain, de violents bombardements ont fait 26 morts à Homs, à 150 km au nord de Damas, rapportent des dissidents. Selon l'opposition, plus de 800 Syriens ont été tués depuis le 27 mars, date à laquelle Bachar al Assad a donné son accord de principe au plan Annan.

"Le régime d'Assad a fait beaucoup de promesses. Ces promesses se sont très largement révélées vides", a conclu Jay Carney, porte-parole du département d'Etat américain.

Les insurgés n'ont pas non plus baissé les armes. Six militaires ont été tués mardi dans l'Est, selon l'Observatoire syrien des droits de l'homme. La presse officielle indique quant à elle que 33 membres des forces gouvernementales ont été enterrés, ce qui porte à 58 morts les pertes des deux derniers jours dans les rangs gouvernementaux.

L'Armée syrienne libre (ASL), fer de lance de la lutte armée, refuse d'observer une trêve avant d'être sûre que l'armée s'est retirée des centres urbains.

A Genève, la porte-parole du Conseil national syrien (CNS), principale organe de l'opposition, a dit ne constater aucun signe d'un retrait de l'armée. Basma Kodmani a ajouté que Kofi Annan devrait demander au Conseil de sécurité de l'Onu de revoir son plan si les combats ne cessent pas d'ici jeudi.

La Chine, qui, comme la Russie, a opposé par deux fois son veto à une résolution du Conseil de sécurité de l'Onu condamnant la répression, a invité toutes les parties à se plier aux directives du plan Annan.

La secrétaire d'Etat américaine Hillary Clinton a parlé de "discussions intensives" à New York et dans les capitales impliquées. "J'évoquerai particulièrement le sujet avec le ministre (russe) des Affaires étrangères (Sergueï) Lavrov et le Conseil entendra directement Kofi Anna jeudi", a-t-elle déclaré. Cette rencontre doit avoir lieu mercredi à New York.

Khaled Yacoub Oweis et Jonathon Burch à Antakya, Ben Blanchard à Pékin, Jonathon Burch en Turquie, Stephanie Nebehay à Genève, Adrian Croft à Londres, Steve Gutterman à Moscou, Dominic Evans, Douglas Hamilton, Mariam Karouny et Erika Solomon à Beyrouth et Louis Charbonneau à l'Onu; Jean-Philippe Lefief pour le service français)

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