Damas et Moscou critiquent Ankara pour l'avion intercepté

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LE TON MONTE ENTRE LA SYRIE, LA RUSSIE ET LA TURQUIE AU SUJET DE L'AVION INTERCEPTÉ
LE TON MONTE ENTRE LA SYRIE, LA RUSSIE ET LA TURQUIE AU SUJET DE L'AVION INTERCEPTÉ

par Nick Tattersall

ISTANBUL (Reuters) - La Syrie a accusé la Turquie de piraterie aérienne et Moscou a demandé des explications à Ankara après l'interception d'un avion de ligne syrien par des chasseurs turcs, nouvel accroc entre les deux voisins après une semaine d'incidents frontaliers.

Sur la foi de ses services de renseignement soupçonnant l'appareil de transporter une cargaison "non civile", la Turquie a contraint l'Airbus A320 de Syrian Air à rester plusieurs heures au sol à l'aéroport d'Ankara dans la nuit de mercredi à jeudi avant de le laisser redécoller.

Une partie du chargement a été saisie par les autorités turques, qui n'en ont pas précisé la nature. Selon la presse, il s'agirait d'équipement non létal tel que du matériel radio.

Un responsable de l'agence d'exportation d'armes russe, cité par l'agence Interfax, a assuré qu'aucune arme ne se trouvait à bord de l'appareil, qui transportait une trentaine de passagers de Moscou à Damas en traversant l'espace aérien turc.

Ajoutant que Moscou n'avait pas interrompu ses ventes d'armes à Damas, il a ajouté: "Si nous avions besoin d'envoyer des équipements militaro-techniques ou des armes, ce serait fait proprement et non par des moyens illégaux, certainement pas dans un avion civil."

En juin dernier, le président Vladimir Poutine avait déclaré que Moscou n'envoyait pas à la Syrie des armes pouvant être utilisées dans un conflit civil.

Le ministre syrien des Transports, Mahmoud Saïd, a estimé qu'Ankara s'était livré à un acte "de piraterie aérienne violant les traités de l'aviation civile", selon la chaîne de télévision libanaise Al Manar, la station du Hezbollah, allié de Damas.

MOSCOU PROTESTE

La Russie, fidèle alliée du régime de Bachar al Assad, a demandé des explications à la Turquie, pays membre de l'Otan.

Le ministère russe des Affaires étrangères s'est plaint que le personnel diplomatique russe se soit vu refuser d'assister les 17 passagers russes pendant les huit heures de l'escale forcée.

"La Russie insiste pour obtenir une explication sur les motifs d'une telle attitude de la part des autorités turques", dit un communiqué du ministère, qui juge que "les vies et la sécurité des passagers ont été mises en danger au cours de cet incident".

Ankara a justifié l'interception et l'immobilisation de l'appareil par des informations selon lesquelles il transportait une cargaison "non civile".

"Nous sommes déterminés à contrôler les transferts d'armement vers un régime qui commet de tels massacres parmi les civils. Il est inacceptable qu'un tel trafic passe par notre espace aérien", a déclaré dans la soirée à la télévision le ministre des Affaires étrangères, Ahmet Davutoglu.

"Nous avons reçu aujourd'hui l'information que cet avion transportait une cargaison d'une nature qui pouvait ne pas être conforme aux règles de l'aviation", a-t-il poursuivi.

Ankara juge en outre que l'espace aérien syrien ne présente plus les garanties de sécurité nécessaires et invite les compagnies aériennes à ne plus l'emprunter, a dit le ministre. Un correspondant de Reuters à la frontière a vu un avion faire demi-tour vers la Turquie à l'approche de la frontière syrienne.

La tension ne cesse de monter entre Ankara et Damas. L'armée turque a accru sa présence le long des 900 km de la frontière et l'artillerie a bombardé au cours de la semaine écoulée plusieurs positions de l'armée syrienne après des tirs de mortier venant de Syrie, dont l'un a coûté la vie à cinq civils le 3 octobre.

Elle ripostera avec davantage de force à tout nouveau bombardement en provenance du territoire syrien, a averti le chef d'état-major de l'armée turque, le général Necdet Ozel.

Avec Gulsen Solaker à Ankara, Jonathon Burch à Hatay et Thomas Grove à Moscou; Pascal Liétout, Jean-Philippe Lefief et Jean-Stéphane Brosse pour le service français, édité par Gilles Trequesser

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