Damas dit appliquer le plan de Kofi Annan, l'opposition dément

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par Erika Solomon

BEYROUTH (Reuters) - La Syrie affirme avoir commencé jeudi à retirer ses troupes de plusieurs villes du pays en accord avec le plan de paix de Kofi Annan, ce que dément l'opposition.

Le secrétaire général de l'Onu, Ban Ki-moon, s'est inquiété au contraire d'une aggravation de la situation sur le terrain et le ministre français des Affaires étrangères, Alain Juppé, a exprimé son pessimisme "parce que Bachar al Assad nous trompe".

Le plan Annan, entériné jeudi par le Conseil de sécurité des nations unies, prévoit que la Syrie retirera ses troupes et ses armes lourdes des centres de population d'ici au 10 avril. Si cette condition est remplie, tous les combats devront cesser le 12 avril au matin (06h00), a précisé le diplomate ghanéen jeudi.

"J'exhorte le gouvernement et les commandants de l'opposition à donner des instructions claires afin que le message soit entendu dans tout le pays, jusqu'au combattant et au soldat au niveau local", a-t-il dit à l'Assemblée générale des Nations unies, par vidéoconférence de ses bureaux de Genève.

"Nous devons faire taire les chars, les hélicoptères, les mortiers, les canons et faire cesser toutes les autres formes de violence aussi - abus sexuels, torture, exécutions, enlèvements, destructions de maisons, déplacements forcés", a ajouté Kofi Annan devant les 193 pays membres de l'Assemblée.

L'émissaire a reçu le soutien unanime du Conseil de sécurité sous la forme d'une nouvelle "déclaration présidentielle" qui appelle le gouvernement syrien à tenir ses engagements en trois points: retrait des troupes des centres de population, retrait des armes lourdes et retour de l'armée dans les casernes.

"DES MENSONGES"

Selon son porte-parole, Ahmad Fawzi, Kofi Annan a été informé par les autorités syriennes du début d'un retrait dans les villes de Deraa (sud), Idlib (nord) et Zabadani, au nord-ouest de Damas, des informations que les Nations unies s'efforcent de vérifier. La Russie a également déclaré que Damas avait commencé à appliquer le plan de paix.

"Ce sont des mensonges, il n'y a aucun repli des militaires", a cependant déclaré un habitant de Zabadani, Abou Moustafa, joint par téléphone. "Ils sont toujours au milieu de la ville. Ils ont tiré sur la ville ce matin, comme ils le font tours les jours."

"L'armée a retiré hier une quinzaine de chars", a-t-il admis, "mais les autres sont autour des checkpoints, comme d'habitude."

Des vidéos filmées par des militants d'opposition dans le quartier de Hraytan, à la périphérie d'Alep, montrent une colonne de cinq blindés tirant à l'arme lourde alors qu'ils traversent un village.

A Homs, foyer de la contestation dans le centre du pays, des opposants ont filmé des explosions dans une rue jonchée de débris. Douma, une localité proche de Damas, a été secouée par des déflagrations et des fusillades peu avant l'arrivée dans la capitale syrienne d'un envoyé spécial de Kofi Annan.

OBSERVATEURS

Le général norvégien Robert Mood, spécialiste des missions de maintien de la paix de l'Onu, est à la tête d'une équipe d'une dizaine de personnes pour discuter du déploiement de 200 à 250 observateurs chargés de veiller à un cessez-le-feu, si celui-ci entre en vigueur. Un tel déploiement requerrait une résolution du Conseil de sécurité.

Certains commentateurs estiment que la venue d'observateurs déclenchera de nouvelles manifestations massives contre le régime, comme lors de la mission des observateurs de la Ligue arabe en décembre, qui s'est retirée finalement face à l'aggravation de la violence.

Le Comité international de la Croix-Rouge (CICR) a annoncé quant à lui avoir le feu vert des autorités de Damas pour étendre ses opérations en Syrie.

Les responsables du CICR auront de nouveau accès aux centres de détention, alors que leurs visites dans les prisons sont bloquées depuis septembre. Une visite est d'ores et déjà programmée dans la prison centrale d'Alep, selon le CICR.

La répression des manifestations anti-Assad depuis plus d'un an a fait 9.000 morts selon les Nations unies. Damas a fait état cette semaine devant l'Onu d'un bilan de 6.044 morts, dont 2.566 soldats et policiers.

Plus de 42.000 Syriens ont fui leur pays, dont 1.600 qui se ont trouvé refuge en Turquie au cours des deux derniers jours, deux fois la moyenne récente.

Avec Michelle Nichols et Louis Charbonneau aux Nations unies, Jean-Stéphane Brosse pour le service français, édité par Gilles Trequesser

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