Damas accepte le plan de Kofi Annan et intervient au Liban

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LE RÉGIME SYRIEN A ACCEPTÉ LE PLAN DE PAIX DE KOFI ANNAN
LE RÉGIME SYRIEN A ACCEPTÉ LE PLAN DE PAIX DE KOFI ANNAN

par Chris Buckley et Oliver Holmes

PEKIN/BEYROUTH (Reuters) - Le régime syrien a accepté le plan de paix en six points proposé par Kofi Annan avec l'aval du Conseil de sécurité, a déclaré mardi l'ancien secrétaire général de l'Onu, au moment où des soldats syriens pénétraient en territoire libanais pour y affronter des insurgés.

Kofi Annan rendra compte des résultats de sa mission lundi prochain à 10h00 locales (14h00 GMT) au Conseil de sécurité de l'Onu, probablement par visioconférence, a précisé à New York l'ambassadeur britannique aux Nations unies, Mark Lyall Grant.

L'émissaire spécial de l'Onu et de la Ligue arabe sur la Syrie, dans un communiqué diffusé mardi à Pékin par son porte-parole, juge que son plan pourrait "aboutir à l'arrêt des violences et du bain de sang, permettre l'acheminement de l'aide à ceux qui souffrent, et créer un climat permettant un dialogue politique qui réponde aux aspirations légitimes du peuple syrien".

Si l'acceptation du plan par Damas est "un premier pas important", c'est son application par toutes les parties et à tous les niveaux qui sera déterminante, a ajouté Kofi Annan, qui effectue une visite de quarante-huit heures en Chine.

Ce plan prévoit notamment la cessation des combats, qui ont fait plus de 9.000 morts en un an, la possibilité pour les organisations humanitaires d'acheminer librement leur aide à travers le pays, et pour les journalistes de se déplacer sans entrave.

Il n'appelle pas au départ du pouvoir de Bachar al Assad, contrairement aux précédents textes soumis aux Nations unies, auxquels la Russie et la Chine se sont opposés.

"Nous avons eu des discussions fructueuses sur la situation en Syrie et ils (les Chinois) nous ont apporté leur soutien", a dit Kofi Annan à l'issue de son entretien avec le Premier ministre Wen Jiabao. "Ils vont travailler avec moi et avec les autres membres du Conseil de sécurité pour s'assurer que le plan sera appliqué."

COMBATS AU LIBAN

L'acceptation formelle du plan de paix par Damas n'a pas empêché des dizaines de soldats syriens de pénétrer mardi en territoire libanais, où ils ont affronté des insurgés syriens qui s'y étaient réfugiés, selon des habitants et des sources sécuritaires de la région.

"Plus de 35 soldats syriens ont franchi la frontière et entrepris de détruire des habitations", a dit Abou Ahmed, un habitant de la région montagneuse d'Al Kaa, dans le nord du Liban. Selon un autre habitant, les soldats, dont certains circulaient à bord de véhicules blindés de transport de troupes, ont tiré des roquettes RPG et échangé des tirs de mitrailleuses lourdes avec les insurgés.

A Beyrouth, une source proche des services de sécurité a reconnu que des combats s'étaient déroulés à proximité de la frontière -très mal délimitée dans cette région montagneuse- mais sans confirmer l'incursion de l'armée syrienne.

Les violences ont également fait de nouvelles victimes dans la nuit de lundi à mardi à Idlib et à Homs, selon des militants de l'opposition. Une vidéo mise en ligne sur internet montre des panaches de fumée noire et des bâtiments en feu dans un quartier de Homs, où des hommes et des femmes blessés gisent dans la rue.

La télévision nationale diffuse de son côté des images de Bachar al Assad déambulant en costume, sous une pluie fine, dans les rues dévastées du quartier de Bab Amro, durement bombardé par les forces syriennes en février.

"La vie reviendra à la normale à Bab Amro et elle sera mieux qu'avant", entend-on le président syrien déclarer, tout sourire, à un groupe de personnes qui chantent des slogans pro-régime.

Bachar al Assad "croit qu'il a remporté une grande victoire", a réagi Saïf Hourria, un activiste de Homs joint par téléphone. "Il veut montrer au monde qu'il a mis à terre la révolution. Mais en réalité, il ne peut pas contrôler Homs".

DISCUSSIONS EN TURQUIE

Face à la poursuite des combats et la perspective de pressions internationales en vue d'une solution politique, l'opposition syrienne continue d'essayer de s'organiser.

Mardi, les organisations d'opposition ont entamé des discussions à Istanbul pour tenter de former un front commun, à l'initiative de la Turquie et du Qatar, émirat qui assume la présidence tournante de la Ligue arabe.

"Etant donné la responsabilité nationale qui incombe à toutes les forces politiques de la révolution syrienne et les efforts de l'opposition pour présenter une plate-forme unie, nous proclamons les principes fondamentaux sur lesquels le nouvel Etat s'appuiera", dit le projet de déclaration commune.

Selon ce projet, la Syrie nouvelle sera "civique, démocratique et totalement libre", avec à sa tête un gouvernement de transition qui devra organiser l'élection d'une assemblée constituante.

L'opposition a jusqu'à présent rejeté les appels au dialogue, estimant que Bachar al Assad est allé trop loin dans une répression qui irrite également nombre de pays arabes, comme le Qatar et l'Arabie saoudite.

Les ministres arabes des Affaires étrangères, qui doivent se retrouver dimanche en Turquie pour une deuxième réunion des "Amis de la Syrie" après celle de Tunis, devraient toutefois y promouvoir l'idée d'un transfert du pouvoir assuré par les Syriens eux-mêmes, a dit le chef de la diplomatie irakienne.

Avec Khaled Yacoub Oweis à Istanbul et Michelle Nichols à New York; Tangi Salaün et Guy Kerivel pour le service français

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  • baljo le mardi 27 mar 2012 à 14:33

    "c'est son application qui sera déterminante, a estimé Kofi Annan ". A lui de jouer!