Dacca-Les tireurs étaient bangladais, cinq connus de la police

le , mis à jour à 13:24
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    * Cinq des islamistes étaient connus de la police 
    * L'attaque a fait 20 morts, surtout des étrangers 
    * L'Etat islamique a revendiqué l'attaque 
    * Mais le ministre de l'Intérieur exclut que ce soit l'EI 
 
 (Actualisé avec citations, précisions) 
    par Ruma Paul et Sanjeev Miglani 
    DACCA, 3 juillet (Reuters) - Les sept islamistes qui ont tué 
20 personnes dans la nuit de vendredi à samedi dans un 
restaurant de Dacca, la capitale du Bangladesh, étaient des 
Bangladais dont cinq étaient connus des services de police, ont 
annoncé les autorités qui étudient leurs liens éventuels avec 
des groupes islamistes internationaux. 
    La plupart des victimes ont été tuées à la machette par le 
commando islamiste qui a fait irruption vendredi soir dans ce 
restaurant huppé du quartier diplomatique de la capitale. Après 
une douzaine d'heures, une centaine de policiers sont  ont donné 
l'assaut. Six islamistes ont été tués, un septième a été arrêté. 
    "Tous les hommes étaient Bangladais. Cinq d'entre eux 
étaient fichés comme activistes et ceux qui sont chargés de 
faire respecter la loi ont essayé à plusieurs reprises de les 
arrêter", a déclaré à la presse samedi soir le chef de la police 
nationale, Shahidul Hoque. 
    L'Etat islamique, qui a revendiqué le massacre, a diffusé 
des photos de cinq combattants présentés comme ayant participé 
au massacre, souriant devant un drapeau noir, selon le site 
internet de veille spécialisé SITE.  
    La responsabilité de l'EI n'a pas été confirmée 
officiellement. Le ministre de l'Intérieur du Bangladesh, 
Asaduzzaman Khan, a déclaré à Reuters samedi soir qui ni l'EI, 
ni Al Qaïda n'étaient impliqués. Il a réaffirmé la position du 
gouvernement selon laquelle des activistes locaux étaient 
responsables de la série d'assassinats qui se sont produits dans 
le pays ces 18 derniers mois. 
    "Cela a été fait par JMB", a déclaré le ministre, en faisant 
référence à Jamaat-ul-Mujahideen Bangladesh (JMB), qui dit 
représenter l'Etat islamique au Bangladesh. 
    L'inspecteur général adjoint de police Sahidur Rahman a 
déclaré à Reuters dimanche que les autorités étudiaient 
d'éventuels liens entre les assaillants, qu'il a présentés comme 
des personnes plutôt éduquées et originaires de familles riches, 
pet les groupes internationaux comme l'Etat islamique et Al 
Qaïda.  
    Quoiqu'il en soit, cette attaque marque un tournant dans les 
violences islamistes au Bangladesh, pays de 160 millions 
d'habitants, majoritairement musulman. 
    Les attaques menées jusqu'à présent visaient des individus 
revendiquant un mode de vie laïque ou des membres de minorités 
religieuses. Or, celle de vendredi, survenue en fin de période 
du Ramadan, semble avoir été plus organisée que les autres. 
     
    RÉCITER DES VERSETS DU CORAN 
    Les islamistes ont repéré les étrangers dès qu'ils sont 
entrés dans le restaurant. Ils ont ordonné aux Bangladais de se 
lever avant de commencer à tuer, dit-on de source proche de 
l'enquête. Les Bangladais ont dû fermer les yeux et réciter des 
versets du Coran. Un Bangladais s'est vu reprocher de dîner avec 
des non musulmans durant le Ramadan, ajoute-t-on. 
    Selon SITE qui cite une dépêche de samedi de l'agence de 
presse Amak, proche de l'Etat islamique, le commando islamiste a 
identifié les patrons musulmans du restaurant et les a fait 
sortir. 
    Parmi les victimes figuraient neuf Italiens, sept Japonais 
et un Américain, ainsi que trois Bangladais ou d'origine 
bangladaise. Deux policiers ont été tués au début du siège. 
    Le gouvernement n'a pas fait de commentaire sur la 
revendication de l'EI. Jusqu'à l'attaque de vendredi, les 
autorités bangladaises maintenaient qu'il n'y avait pas de lien 
opérationnel entre les islamistes bangladais et les réseaux 
djihadistes internationaux.  
    Les autorités ont attribué les attaques qui ont visé ces 18 
derniers des défenseurs des libertés, des homosexuels ou des 
membres de minorités religieuses, à JMB et à un autre groupe 
local, Ansar al Islam. 
    Ansar, considéré comme le groupe le plus dangereux des deux 
et le mieux organisé, a fait allégeance à Al Qaïda tandis que 
Jamaat-ul-Mujahideen dit représenter l'Etat islamique. 
    "Nous ne pouvons pas dire d'emblée quel est le groupe 
derrière tout cela. Mais c'étaient des terroristes qui étaient 
bien entraînés", a déclaré le général Naeem Ashfaq Choudhuri, 
directeur des opérations militaires de l'armée du Bangladesh. 
     
    CRITÈRES DE CIBLAGE STRICTS  
    Les enquêteurs cherchent notamment à déterminer si les 
attaquants ont reçu des instructions de l'Etat islamique ou d'Al 
Qaïda pour préparer l'attaque, explique un responsable des 
services de police chargés de la lutte anti-terroriste. 
    Quatre pistolets, un fusil d'assaut semi-automatique AK-22, 
quatre engins explosifs et plusieurs armes blanches ont été 
retrouvés sur les lieux, a déclaré le général Choudhuri. 
    Le fait de viser des personnes dans un restaurant semble 
davantage correspondre à Jamaat-ul-Mujahideen, qui s'en prend en 
général aux non musulmans, quel que soit leur statut social. 
    A l'inverse, Ansar al Islam, s'est fixé de stricts "critères 
de ciblage" : les personnes attaquées doivent mener des 
activités contre l'islam, par exemple les blogueurs qui 
critiquent l'islam radical ou les militants pour la promotion 
des droits des homosexuels. Ansar a affirmé qu'il ne mènerait 
pas d'assassinats au hasard. 
    L'attaque de vendredi est la plus meurtrière depuis 2005 à 
Dacca. Cette année-là, Jamaat-ul-Mujahideen Bangladesh, avait 
mené en l'espace d'une heure une série d'attentats à la bombe 
dans le pays qui avaient fait 25 morts, pour la plupart des 
juges, des journalistes et des policiers.   
    Six dirigeants de JMB ont été exécutés en mars 2007. En 
février dernier, trois membres du JMB soupçonnés d'avoir tué un 
religieux hindou ont été arrêtés. 
    L'Etat islamique a revendiqué la responsabilité d'une série 
d'attentats au Bangladesh ces derniers mois. Un missionnaire 
italien a été blessé par balles au cou en novembre dernier. Un 
Italien et un Japonais ont été tués en septembre et octobre.  
    Selon la presse italienne, plusieurs des Italiens décédés 
travaillaient dans l'industrie textile. Le secteur représente 
80% des exportations du Bangladesh. 
    La Première ministre Sheikh Hasina a déclaré deux jours de 
deuil national à parti de dimanche et promis de lutter contre 
"la menace terroriste". 
 
 (Danielle Rouquié pour le service français) 
 
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