D.Energie / J.-R. Bernaudeau : " On ne recrute pas, on fabrique "

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A la tête de l'équipe Europcar depuis plus de 15 ans, Jean-René Bernaudeau a rebondi une nouvelle fois en obtenant un accord avec le groupe Direct Energie. Après Bonjour, Brioche la Boulangère, Bouygues Télécom et Europcar, place aux maillots noirs et jaunes en 2016. Bryan Coquard sera le principal atout de l'équipe française.

Jean-René Bernaudeau, vous avez dit ne pas vouloir perdre votre « ADN » en acceptant un sponsor comme Direct Energie. Qu’est-ce que cela signifie exactement ?
Globalement, j’ai lancé une aventure en 1991. Mon objectif était de donner une chance aux jeunes. Ce sont les fondamentaux du sport. Ce que je fais est très compliqué, mais je prends une vraie dose de plaisir. Je ne pense pas que j’aurai eu autant de plaisir si je n’étais pas aller au bout de mes idées. On court pour gagner, mais avec une philosophie particulière, en sachant qui l’on va recruter.

D’autres sponsors n’étaient pas prêts à vous laisser aller au bout de vos idées ?J’avais des propositions étrangères avec un budget beaucoup plus conséquent. Seulement, il y avait des obligations de rendement, de World Tour (1ere division), ... Ça ne nous ressemble pas. Pour nous, le World Tour doit être une conséquence, pas une obligation. On ne court pas après cela. Ce qui compte, c’est de bien travailler, avoir un groupe qui fonctionne, être à la pointe du progrès et de ne faire que du sport. On le prouve depuis des années avec un budget qui nous permet d’être très compétitifs. 

Une nouvelle fois, vous vous êtes appuyez sur la formation concernant le recrutement, avec quatre coureurs en provenance de Vendée U, votre « centre de formation ». C’est une fierté pour vous ?
Ça c’est sûr ! Les quatre gamins, je les connais par cœur ! Je connais leur famille. C’est vraiment une chance pour moi d’étoffer l’effectif professionnel avec des gars « labellisés » qui ont l’esprit Vendée U, avec la notion de sacrifice et surtout de l’éducation, qui est le maître mot.

Pouvez-vous nous décrire rapidement ces quatre petits nouveaux ?
Pour commencer, Fabien Grellier. C’est un Vendéen pure souche. Il a terminé son BTS de carreleur l’année dernière. Il a un peu mon tempérament quand j’avais son âge. Il est un exemple de la raison d’être de Vendée U, de maximiser le potentiel de chaque coureur de la région. Il y a ensuite Romain Cardy. C’est quelqu’un qui est arrivé à maturité. Il a fait de beaux numéros en tant que stagiaire. Cette saison, il a terminé numéro 1 français chez les amateurs. La rétrogradation du World Tour l’an dernier nous a empêchés de le faire signer. Cela lui a fait perdre un an. Ce petit incident n’aura sans doute pas trop de conséquence. On arrive à Lilian Calmejane. C’est un vrai coursier, qui a mis un peu plus de temps que la moyenne pour s’adapter à notre esprit. J’ai eu la garantie par les directeurs sportifs que Lilian avait bien compris ce qu’était la valeur de l’équipe. Le coureur en lui-même, on savait que ça allait le faire. Il nous a prouvé qu’on pouvait compter sur lui en 2015. On termine par Jérémy Cornu. C’est la marque de fabrique de l’équipe. C’est quelqu’un de très courtois, avec une belle éducation. Il a eu régulièrement des pépins de santé ces quatre dernières années. L’an dernier, il a fait une année pleine. Il était beaucoup plus à l’aise. De par son parcours, son abnégation et son travail pour les autres, car il adore faire cela, il est arrivé l’âge où c’était le moment pour lui de passer professionnel.

« On va tout mettre en place pour gagner un maximum de fois »

En 2016, quelles sont les courses que vous allez viser en particulier ?
On n’annonce pas la couleur. Toutes les courses sont des courses importantes à gagner. On va tout mettre en place pour gagner un maximum de fois, mais il n’y a pas une course en particulière qui nous intéresse plus qu’une autre. Derrière chaque course, il y a des organisateurs, des bénévoles, un public. Aujourd’hui, il n’y a pas de petites courses à gagner chez les pros. Donc de préférence, n’importe laquelle.

Concernant Thomas Voeckler, il va être utilisé plus comme un électron libre. S’est-il fixé des objectifs précis ?
Thomas, c’est plutôt l’histoire et la culture du vélo. Il sait que certaines courses lui conviennent mieux que d’autres. Il a un handicap, celle de l’appréhension de tomber. Les trois chutes d’il y a deux ans l’ont marqué. Il ne peut pas se mêler forcément aux placements comme il le voudrait dans certaines fins de courses. Il a quand même ciblé certains objectifs, c’est à lui de répondre sur le vélo.

« Il y a eu un après-Didier Rous. Il y aura l'après-Voeckler »

Ne craigniez-vous pas « l’après-Voeckler ? »
Pas du tout. L’équipe est très structurée. Sylvain (Chavanel) est de retour. Adrien Petit vient d’arriver dans l’équipe, ce sont les deux grosses recrues. Adrien avait vraiment envie de venir dans l’équipe depuis longtemps dans cette équipe familiale. Le début de saison prouve qu’il a bien fait. Il y a eu l’après-Didier Rous, il y aura l’après-Voeckler.

Thomas Voeckler est quand même une vraie vitrine médiatique pour votre équipe...
Il l’est comme Thomas Boudat, Bryan Coquard et Sylvain Chavanel. Romain Sicard peut très bien faire de grands numéros également. Il y a très peu d’équipes qui ont une aussi belle « vitrine » que nous. Thomas et Sylvain sont les numéros 1 et 2 en matière de popularité concernant les coureurs français. C’est une belle récompense, puisqu’ils viennent tous les deux de la formation Vendée U.

Maintenant, c’est (presque) tout pour le sprint avec Bryan Coquard. Qu’est-ce qui a changé dans vos méthodes d’entraînement ?
Historiquement, on n’a jamais eu de sprinteur dans nos rangs. On a toujours eu des baroudeurs. Quand on a une pointe comme Bryan, il faut du temps pour mettre en place un dispositif. Jimmy Engoulvent, qui vient de prendre sa retraite, va prendre ce poste et s’occuper de la cellule « performance sprint ». C’est lui qui va piloter le groupe Coquard, avec des rassemblements chez lui et des plans de travail à sa façon, qui sont secrets.

Penser un futur recrutement adapté à Bryan Coquard, c’est possible ?
On ne recrute pas, on fabrique. Quand on a le 3eme des championnats du monde de poursuite Julien Morice, quand on a les jeunes du Vendée U qui sont exceptionnellement bons, on poursuit dans cette voie. On produit des coureurs qui roulent très vite.

Bryan Coquard a avoué vouloir devenir le meilleur sprinteur, au sein de votre équipe. Pensez-vous pouvoir avoir le meilleur train pour l’emmener dans quelques années ?
Le train, il l’aura. C’est à lui de prouver. Depuis des décennies, on promet et on ne fait pas. Il va falloir qu’il fasse des choses pour que l’on établisse et investisse sur les manquements qu’on peut avoir autour de lui. Si on prend l’exemple de Sagan, il n’a presque personne pour l’épauler, ce qui ne l’empêche pas de gagner. Il faut que Bryan nous montre que l’on a besoin de renforcer le train. Il doit nous donner les moyens pour qu’on le fasse. Ça ne peut pas toujours être de la faute au train. De toute façon, Bryan le sait. C’est un coureur de piste, il sait se faire sa place. On n’a pas la prétention de se mettre côte à côte avec les usines qui possèdent trois à quatre fois notre budget.

Votre équipe et principalement Adrien Petit viennent de démarrer la saison en fanfare à l’occasion de la Tropicale Amissa Bongo. Aura-t-il de nouvelles occasions de jouer sa carte personnelle ?
Sur les Flandriennes, Adrien Petit aura sa chance avec Sylvain Chavanel. Les courses d’un jour, c’est le graal. C’est vrai aussi qu’il est venu ici pour intégrer le train de Bryan.

L'effectif de l'équipe Direct Energie pour 2016
Ryan Anderson (CAN, Optum-Kelly Benefit Strategies)
Thomas Boudat (FRA)
Lilian Calmejane (FRA, Vendée U)
Romain Cardis (FRA, Vendée U)
Sylvain Chavanel (FRA, IAM Cycling)
Bryan Coquard (FRA)
Jérémy Cornu (FRA, Vendée U)
Antoine Duchesne (CAN)
Yohann Gène (FRA)
Fabien Grellier (FRA, Vendée U)
Romain Guillemois (FRA)
Tony Hurel (FRA)
Fabrice Jeandesboz (FRA)
Julien Morice (FRA)
Bryan Nauleau (FRA)
Adrien Petit (FRA, Cofidis)
Alexandre Pichot (FRA)
Perrig Quémeneur (FRA)
Romain Sicard (FRA)
Guillaume Thévenot (FRA)
Angelo Tulik (FRA)
Thomas Voeckler (FRA)

Victor Degioanni

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