Cyclisme: seule issue au dopage: briser l'omerta, dit Hamilton

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par Julien Pretot

PARIS (Reuters) - Au moment où le cyclisme s'offre son grand déballage, Tyler Hamilton n'est pas dupe: le vélo sortira de l'ornière le jour où ceux qui se voilent encore la face briseront l'omerta.

Hamilton, 41 ans et retraité du dopage, est l'un des 11 anciens équipiers de Lance Armstrong à avoir témoigné contre le "boss", suspendu à vie par l'Agence américaine antidopage et sur le point de perdre ses sept Tours de France.

Que le vélo ait changé, Hamilton l'admet volontiers. Il supporte bien moins, en revanche, certains de ses anciens congénères, aveugles ou, plus sûrement, hypocrites.

"Je vois beaucoup de pros avec lesquels je courais à l'époque qui sont en plein déni - ils prétendent ne pas s'être dopés, ne pas avoir vu ou ne pas avoir entendu," explique Hamilton dans un entretien à Reuters.

"Qu'ils disent qu'ils ne se sont pas dopés, je veux bien mais qu'ils n'aient rien vu ou rien entendu, franchement..."

"C'est une partie du problème: l'omerta existe encore."

Tous les démentis du monde n'y font rien, le dopage était endémique au début des années 2000. Hamilton n'en démord pas.

"Tout ce déni, ça me rend malade, dit-il. Franchement, il faut se mettre la tête dans le sable, littéralement..."

Après être passé à table, Hamilton a rendu sa médaille d'or des Jeux olympiques d'Athènes 2004, qui est revenue à Viatcheslav Ekimov, ancien coureur de l'US Postal lui aussi et manager de Katusha.

Et ça fait bien rire Hamilton, qui voit aussi Alexandre Vinokourov devenir manager d'Astana sans jamais avoir réellement fait amende honorable à la suite d'un contrôle positif en 2007.

"Ekimov, sérieusement...", lâche-t-il.

"Je ne dis pas qu'ils n'ont pas leur place dans le vélo mais il faudrait qu'ils s'ouvrent. Ces mecs-là, qui ont plus de 35 ans, coureurs, mécanos, soigneurs, directeurs sportifs, managers, ils doivent répondre à certaines questions", estime Hamilton.

"Ils font partie du problème".

A écouter Hamilton, d'ailleurs, Armstrong n'est pas le diable en personne.

"Le vélo était tellement pourri à l'époque. Ce qu'on faisait à l'US Postal était la norme. Lance a pris la décision de se doper mais il n'est pas fautif à 100%. Il y avait d'autres gens impliqués", explique-t-il.

Celui qui a quitté l'US Postal en 2001 parce que "quelque chose avait changé, Lance et Johan (Bruyneel, le manager) ne (le) traitaient plus bien", est persuadé que le Texan finira par passer aux aveux.

"Je ne pas serais surpris qu'à un moment, d'une certaine manière, il avoue. C'est un poids tellement, tellement lourd", dit-il.

Hamilton lui-même a porté ce poids.

"J'étais détruit. Je m'étais dit qu'en passant à autre chose, ça irait mieux. Mais les progrès, année après année, étaient tellement infimes", raconte celui qui a mis un terme à sa carrière en 2009 après un troisième contrôle positif.

Pourtant, il n'a pas parlé spontanément.

"C'est triste à dire mais il a fallu que je sois convoqué devant un grand jury pour parler. J'étais pétrifié à l'idée d'y aller mais finalement j'ai vraiment bien fait", avoue-t-il.

"Avant cela, j'étais un homme brisé. Je ne souhaite à personne, pas même à mon pire ennemi, de vivre ce que j'ai vécu. Je ne le souhaite pas à Lance."

"S'il dit la vérité, il va en baver au début mais à terme il se sentira mieux. Les gens vont pardonner. Ils ne sont pas si rancuniers. Les gens vont pardonner au mec", conclut Hamilton.

Edité par Grégory Blachier

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