Cyclisme: La sélection n'est pas une récompense, estime Jalabert

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par Gilles Le Roc'h

VALKENBURG, PAYS-BAS (Reuters) - Laurent Jalabert est impatient d'en découdre, de vivre le championnat du monde de cyclisme en ligne, dimanche, avec une équipe de France qu'il a façonnée autour de Thomas Voeckler intronisé leader unique.

L'ancien champion du monde du contre-la-montre (1997) a débuté sa carrière de sélectionneur en 2009 et ses quatre premières expériences n'ont pas été réussies, du point de vue du résultat et parfois même de l'attitude.

Au soir de la déroute olympique à Londres, Jalabert n'avait pas caché sa déception. Il avait même laissé entendre qu'il pourrait rapidement quitter le poste.

A Liège, où l'équipe de France a pris ses quartiers pour les Mondiaux de Valkenburg, le patron des Bleus est beaucoup plus enthousiaste.

Il est convaincu que sa décision de désigner un leader unique, Thomas Voeckler, est la bonne. Il le tient autant de son expérience personnelle que de son bilan à la tête de la sélection.

Il y a 20 ans, Laurent Jalabert alors âgé de 24 ans, avait fini deuxième du championnat du monde gagné par Gianni Bugno à Benidorm après avoir vu les stars Laurent Fignon, Charly Mottet, Jean-François Bernard, Ronan Pensec et Marc Madiot rouler pour lui.

"Je me souviens de ma tronche sur le podium. Je me disais 'je suis jeune, ça reviendra' et finalement ce n'est jamais revenu", se souvient-il, les larmes aux yeux, avec le sentiment d'être passé à côté de quelque chose d'énorme.

"Ce n'est pas moi qui avait obtenu que les coureurs de l'équipe de France roulent pour moi, c'était Bernard Hinault qui était le sélectionneur. Il leur avait dit, et pas à demi-mot: 'En haut de la bosse, si Jalabert est là, c'est tout pour lui!' et personne n'avait moufté. Sauf Luc Leblanc qui avait pris trois mètres 50 mètres dans le dernier tour en suivant un Italien et qui s'était fait secouer par les coureurs après l'arrivée. Cela fut mon meilleur résultat dans la course en ligne du championnat du monde et je sais que la bonne formule consiste à désigner un leader."

"DU RÊVE ET DE LA RÉUSSITE"

Parce que l'équipe de France était réduite à six coureurs en 2009, à sept en 2010, Laurent Jalabert n'avait pas adopté cette méthode mais cette fois, il n'a pas hésité un instant.

"Il m'est apparu évident que Thomas Voeckler était dans la peau d'un leader. Cette année, il a montré qu'il était un coureur qui compte dans les classiques et je n'ai pas oublié que dans Liège-Bastogne-Liège, il a fini quatrième en dépit d'un incident", explique-t-il.

"Le parcours du Mondial lui convient. Je l'avais vu en début de Tour quand il n'était pas bien et il m'avait dit que les JO et le Mondial étaient ses deux grands objectifs après le Tour. Pour les JO, parce que j'ai dû sélectionner un pistard, il était remplaçant et j'ai regretté qu'il ne soit pas dans cette course olympique. Je pense qu'il nous aurait fait vibrer. Quand je suis rentré de Londres, je l'ai appelé et je lui ai dit qu'il serait le leader pour le Championnat du Monde. Définir une hiérarchie, oui, ça marche mieux."

Autour de Voeckler, Jalabert a désigné huit coureurs, dont six vivront leur première sélection. Le leader de l'équipe de France ne pâtira-t-il pas d'un manque d'expérience?

"Une première sélection, cela doit signifier une motivation énorme et montrer qu'on est digne de la sélection. La sélection n'est pas une remise de récompenses ou bien l'équipe aurait été très différente", dit-il.

"Je sais que les coureurs qui sont ici sont motivés à 200%. Les rôles sont définis et dans les deux derniers tours, pour épauler Thomas, je compte sur Arthur Vichot, Tony Gallopin, Jérôme Coppel et Sylvain Chavanel mais je crois qu'il sera déjà devant. Pour avoir une chance de gagner, il faut une course dure. Que dans le final les jambes des autres flanchent et qu'ils se rassoient. Le Cauberg est dur mais ce n'est pas le Tourmalet. La répétition et la distance vont peser mais il faut une course dure et si ce n'est pas assez dur, on s'arrangera pour la durcir. Thomas est légitime pour faire relancer, pour faire rouler, pour donner des ordres dans une course qui se déroule sans les oreillettes. Je pense que la formule est bonne mais il faut du rêve pour l'accompagner. Et de la réussite."

Edité par Jean-Paul Couret

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