Cyclisme: l'héritage d'Armstrong doit servir l'avenir

le
0
L'HÉRITAGE D'ARMSTRONG DOIT SERVIR L'AVENIR DU CYCLISME
L'HÉRITAGE D'ARMSTRONG DOIT SERVIR L'AVENIR DU CYCLISME

par Julien Pretot

GENEVE (Reuters) - Le nom de Lance Armstrong a été effacé lundi des livres des records cyclistes, mais une autre question appelle une réponse urgente: son héritage appartient-il déjà au passé ou sera-t-il un élément clé pour dessiner un avenir plus sain ?

En validant les sanctions prises à son encontre par l'Agence américaine antidopage (Usada), l'Union cycliste internationale a creusé un gouffre dans le palmarès du Tour de France, privé de vainqueur de 1999 à 2005.

"Il mérite d'être oublié", a dit lundi le président de l'UCI, Pat McQuaid, à la centaine de journalistes venus assister à sa conférence de presse.

Mais si le cyclisme veut avancer, faut-il vraiment faire table rase de l'affaire Armstrong dans laquelle a été mis au jour, selon l'Usada, le programme de dopage le plus sophistiqué de l'histoire de ce sport ?

McQuaid l'a reconnu: sa présidence de l'UCI, entamée en 2005, est marquée par la multiplication des scandales, de l'affaire Floyd Landis, déchu de sa victoire dans le Tour de France en 2006, à la suspension d'Alberto Contador, également privé d'un succès dans la Grande Boucle, en 2010.

Les dopés ont prospéré dans le sillage d'Armstrong, qu'ils aient su ou non toute la vérité sur la carrière de l'Américain. Certains frayent encore dans le peloton.

Nombre des coureurs américains qui ont témoigné contre lui et avoué s'être eux-mêmes dopés devant l'Usada ont écopé de suspensions réduites et pourront courir à nouveau. Ils ont juré qu'ils ne tricheraient plus.

Le rapport de l'Usada montre également que d'autres qu'Armstrong ont versé d'importantes sommes d'argent au docteur Michele Ferrari, cerveau scientifique du réseau de dopage mis en place par l'Américain.

"Nous ne nous sommes pas encore arrêtés sur les autres choses contenues dans ce rapport", a dit McQuaid lundi.

"Nous attendons aussi des nouvelles de Padoue en Italie (ou la justice enquête sur un réseau de dopage présumé, ndlr) qui pourrait impliquer des coureurs."

PARADOXE

Pour avancer, le cyclisme doit voir l'affaire Armstrong comme une occasion de promouvoir le changement plutôt que la regarder comme le souvenir désagréable d'une époque révolue.

"Il faut agir davantage pour combattre un système qui a pris le pas sur le sport", a estimé lundi Travis Tygart, patron de l'Usada, dans un communiqué.

"Il est important de garder à l'esprit que ce jour, quoique historique pour le sport propre, ne garantit en rien un sport propre pour demain."

"Il est essentiel qu'une Commission de vérité et de réconciliation indépendante et significative soit mise sur pied afin que ce sport puisse se libérer de son passé."

L'avocat de l'UCI, Philippe Verbiest, a estimé qu'une telle commission serait une bonne chose "pour tous les sports".

Le cyclisme souffre en effet d'un paradoxe.

Il a réalisé de grandes avancées dans la lutte antidopage ces dernières années mais a mauvaise presse parce que les tricheurs sont pris - même si cela prend parfois beaucoup de temps. Or beaucoup de sports sont loin de mettre en place des procédures aussi poussées.

McQuaid, qui a avoué n'être pas passé professionnel dans les années 1970 parce qu'il redoutait de devoir se doper, veut envisager un bel avenir pour son sport, coûte que coûte.

"Comme John Fitzgerald Kennedy l'a dit, citant un Chinois: 'En Chinois, le mot crise est composé de deux caractères. L'un représente le danger, l'autre l'opportunité'", a-t-il dit.

"La lutte contre le dopage progresse et les outils à disposition des fédérations internationales pour lutter contre le dopage progressent, et les outils à notre disposition à l'UCI ont beaucoup évolué depuis le début des années 2000."

LE PRÉCÉDENT FESTINA

A l'en croire, la culture même du dopage est en péril au sein du peloton. Il cite pour preuve les prises de position de beaucoup d'équipes ou les réponses fermes du vainqueur du Tour 2012 Bradley Wiggins à quiconque lui parle de dopage.

"Beaucoup de coureurs disent qu'ils ne veulent pas adhérer à cette culture du dopage, même ceux qui ont témoigné dans cette affaire disent qu'ils ne l'ont pas voulu. Les coureurs d'aujourd'hui ont une attitude différente", a plaidé McQuaid.

"Nous devons croire en les coureurs aujourd'hui, les sponsors sont très impliqués dans ce sport (...) C'est vrai, nous avons perdu un important sponsor, la Rabobank, la semaine dernière, mais je reste assez confiant dans le fait qu'il sera remplacé et ceux qui restent comprennent ce qu'il se passe."

Ces mots forment une vision d'espoir mais le passé leur donne aussi l'écho d'un voeu pieu. Le cyclisme s'est déjà trouvé à un tournant et n'a pas fait assez, loin de là.

En 1998, il a été plombé par l'affaire Festina et n'a pas su pour autant prévenir le scandale Armstrong. Et sa culture n'a pas non plus complètement changé. Des coureurs ou responsables voient encore en Armstrong un immense champion.

"Il était difficile pour l'UCI de réagir autrement (...) Il a pu prendre quoi que ce soit, des coureurs de son niveau, il n'y en avait pas tant que ça. C'est quelqu'un qui avait un talent énorme", a ainsi dit Laurent Jalabert, sélectionneur de l'équipe de France, lundi sur RTL.

Gregory Blachier pour le service français, édité par Hélène Duvigneau

Vous devez être membre pour ajouter des commentaires.
Devenez membre, ou connectez-vous.
Aucun commentaire n'est disponible pour l'instant