Cyclisme - AG2R-La Mondiale - Romain Bardet : « Le Tour de France, un événement unificateur » (2/2)

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Cyclisme - AG2R-La Mondiale - Romain Bardet : « Le Tour de France, un événement unificateur » (2/2)
Cyclisme - AG2R-La Mondiale - Romain Bardet : « Le Tour de France, un événement unificateur » (2/2)

Deuxième du Tour de France 2016, Romain Bardet (25 ans) revient sur cette belle saison pour lui et son équipe. Le leader français de l’équipe AG2R-La Mondiale avoue qu’il est déjà tourné vers 2017 en espérant faire aussi bien, voire mieux avec une équipe renforcée. Seconde et dernière partie de ce long entretien.

Comment jugez-vous votre deuxième place sur le Tour de France ? Pensez-vous avoir été loin de la première ? Oui, je suis très lucide sur l’édition passée, la manière dont ça s’est très bien déroulée, mais c’est vrai que dans les cinq premiers, on était quatre à avoir un niveau équivalent. Après, ça se joue sur la créativité en course, sur le niveau physique en lui-même. Et c’est ce pourquoi on travaille l’hiver, on peut encore s’améliorer. Je n’ai jamais été en prise pour challenger Christopher Froome pour gagner le Tour. A terme, c’est ce vers quoi on doit aller. Pensez-vous qu’au-delà même de votre équipe, la plupart des équipes françaises n’ont pas encore l’expérience de la pression de défendre un maillot jaune ? Oui, tout à fait, ce sont des choses qu’il faudra connaître, expérimenter. Les choses se font plus ou moins naturellement, mais dans un cheminement. On n’a pas l’expérience de se mettre en position de faire un podium du Tour jusqu’à il y a deux ans avec Jean-Christophe (Péraud) donc on voit que rien n’est impossible. C’est des choses qui se font petit à petit, et j’espère qu’on pourra mettre ça en pratique. Vous parlez des progrès à faire, mais il y a des satisfactions quand même ? Oui, il y a de la satisfaction. Après, mon œil de sportif de haut niveau fait que j’ai tendance à toujours vouloir m’améliorer. Les satisfactions, ce sera plutôt après ma carrière, quand je verrais que je suis allé au bout de ce que je pouvais faire. Pour l’instant, c’est surtout ce challenge et ces perspectives pour la suite qui me motivent à être encore meilleur. Aujourd’hui, vous vous dites que rien n’est impossible notamment avec ce que vous avez vécu au dernier Tour de France ? Rien n’est impossible, mais à la fois rien n’est écrit. J’ai eu la chance inouïe en cinq ou six ans comme professionnel d’avoir une progression graduelle et assez linéaire. On sait que dans une carrière de sport de haut niveau, ce n’est pas toujours ça, il y aura des moments difficiles. Il faudra être prêt à y faire face aussi et avoir du recul sur cette réussite qui nous arrive, et que rien n’est écrit pour la suite, il ne faut pas relâcher les efforts.

Bardet : « Beaucoup d’émotion dans le regard des gens »

Avez-vous ressenti un impact médiatique dans la rue après votre deuxième place ? Oui, un peu plus que je ne le pensais d’ailleurs. Ce ne sont pas les côtés les plus désagréables, même si c’est loin de ce pourquoi je suis le meilleur. Ça fait partie aussi de la dimension un peu historique de notre sport et tant mieux ! Je me réjouis que le vélo soit aussi populaire. Le Tour de France, au-delà d’être un événement global, c’est quand même inscrit dans le patrimoine national. C’est unificateur. Y-a-t-il une rencontre avec le public qui vous a particulièrement marqué ? Il y a beaucoup d’émotion dans le regard des gens. En vivant les choses de l’intérieur, on ne se rend pas compte des émotions qui peuvent être transmises à travers un poste radio, un poste de télé... Dans la sincérité des échanges que je peux avoir, les messages de félicitations que je reçois, tu sens vraiment la retranscription d’une émotion particulière que je ne connais pas, ou que je connais juste à travers mon regard de téléspectateur et pas de sportif, donc c’est assez troublant. Quelle est l’émotion la plus forte que vous ayez vécue ? La délivrance de la dernière étape sur le Tour. A 50 mètres de la ligne, de savoir que j’allais m’imposer, de profiter de ce moment-là. Avec l’arrivée de Mathias Frank, avez-vous le sentiment que votre équipe fait tout pour élever votre niveau ? Oui, c’est une réelle volonté, notamment lors de cette intersaison, beaucoup de choses se mettent en place pour nous rendre vraiment meilleurs. Ce nouveau podium en trois ans, puisqu’il ne faut pas oublier celui de Jean-Christophe (Peraud) il y a deux ans, pas comme un résultat mais comme le début d’un nouveau cycle. Et le recrutement salué par les recruteurs avisés en est le parfait témoin. L’équipe a envie d’être meilleure, de se renforcer de par son effectif mais aussi par des sujets annexes. Je pense qu’on va avoir un matériel très compétitif, on va se renforcer au niveau des stages, de l’encadrement. Je pense que 2016 est le point de départ d’un nouveau projet.

Bardet : « Ce n’est pas facile dès fois de répondre présent le jour J »

Avez-vous regardé les championnats du monde ? Non. Pour tout vous dire, j’ai regardé les cinq derniers kilomètres, mais j’en ai plus profité pour passer du temps avec ma famille. Etes-vous surpris que l’équipe de France se soit fait piéger ? Bien sûr, surpris oui car tout le monde attendait beaucoup de cette équipe de France. Avec deux sprinteurs du calibre d’Arnaud Démare et Nacer Bouhanni, on était légitimement en droit d’attendre des choses de leur part. Après, ça reste une course de vélo, un peu aléatoire. Ils se sont fait piéger à un moment donné et la situation était irréversible. Pour avoir fait l’expérience souvent, ce n’est pas facile dès fois de répondre présent le jour J et, malheureusement, ce ne sera pas une édition qu’on retiendra pour les Français. C’est là qu’il y a peut-être un cap à passer pour les Français... Encore oui, bien sûr. On a la chance de tous être en début de carrière mais le temps passe vite, et les opportunités passent aussi. La difficulté, c’est de pouvoir reproduite les grosses performances dans le temps, et on a vu que tous les Français avaient des choses à prouver pour faire partie des meilleurs mondiaux. Qu’est-ce que les Français peuvent gagner à l’avenir ? On commence à être au niveau des meilleurs, comme l’a fait Demare à San Remo (Milan), à se battre pour gagner les courses face à Froome ou Quintana. Les grands tours, j’espère aussi, et les classiques comme Liège. Donc on est dans ce niveau physique de pouvoir être parmi les prétendants. Ce n’est plus illogique de voir un Français triompher sur une course comme ça.

Bardet : « On avait bénéficié de conditions favorables ce jour-là »

A moyen ou long terme les Grands Tours sont-ils un objectif ? En sachant que vous appréciez également les classiques comme celle de Liège... Oui, je pense pouvoir allier les deux. Après, au niveau des classiques, c’est un peu limité avec la Liège et la Lombardie. J’ai deux courses dans l’année donc il ne faut pas que je me loupe non plus. Après, ce sont des temps distincts dans la saison, il n’y a pas d’incompatibilité entre les deux. Sera-t-il possible de reproduire le même coup de cette année et de finir deuxième du Tour de France ? Oui, forcément j’y crois. Comme dans n’importe quelle performance, on a bénéficié de conditions favorables ce jour-là. Simplement, il faut surtout qu’on garde cette approche, cette spontanéité en course pour nous faire tenter des choses. C’est surtout cet esprit-là qu’on doit cultiver puisqu’on ne trouvera pas toujours un terrain propice, mais il y aura toujours des opportunités qui vont s’ouvrir. Après, ça sera notre capacité à analyser les situations pour décider de vraiment y aller, quitte à tous perdre, pour tenter des choses. Après, une saison comme celle-ci, l’année prochaine sera-t-elle plus dure pour vous ? Non, je ne pense pas au contraire. Je pense que ça va être bien sûr très difficile. Mais psychologiquement, quand on a été compétitifs du début à la fin de la saison, ça doit me donner de la confiance pour travailler plus sereinement l’hiver. Bien sûr que les résultats ne viendront pas plus facilement, mais dans le cheminement mental, je pense plus pouvoir m’en servir comme une force. Je suis encore en phase de progression.

Bardet : « On a beaucoup de chance de faire ce qu’on fait »

On a l’impression que vous pouvez être le prochain vainqueur français du Tour de France... Je ne sais pas (rires gênés). C’est le rêve de beaucoup de monde et de beaucoup de coureurs français. J’ai envie de progresser encore, on verra jusqu’où ça me mène. Après, actuellement, je vois beaucoup trop mes carences pour envisager cette éventualité-là. Si jamais vous remportez le Tour de France... J’arrête (coupe-t-il). Non, mais j’ai toujours dit que de gagner le Tour de France pour un Français en début de carrière, c’est une chance unique. Les superlatifs manquent. Mais simplement, vue l’attente populaire et médiatique autour de ça, pour moi, ça serait difficilement compatible avec une poursuite de carrière à haut niveau. C’est un cadeau empoisonné ? Je ne sais pas, je ne l’ai jamais expérimenté (rires). C’est un Graal dans la carrière d’un sportif d’arriver au sommet de son sport de cette façon-là. Je pense que l’après serait très compliqué. Considérez-vous donc qu’on ne mette pas cela assez en valeur, le fait que ça demande beaucoup de mental et d’investissement ? Avec notamment Christopher Froome qui a remporté plusieurs fois le Tour de France (2013, 2015 et 2016, ndlr) ? Non. J’essaie quand même de garder un regard relatif sur la vie qui m’entoure. On a beaucoup de chance de faire ce qu’on fait, du sport de haut niveau comme ça, et ce n’est pas plus dur que n’importe quel autre projet qu’on mène avec le cœur. Il faut relativiser tout ça quand on sait qu’on a la chance de faire le sport qu’on aime, donc ce n’est pas plus dur qu’un autre domaine. Après, c’est des choses différentes à gérer, cet engouement, cette attente populaire...

Bardet : « On a besoin de plus de crédibilité dans notre sport »

Avez-vous peur de ne plus avoir de vie privée ? Ce n’est pas une question que je me pose pour le moment. Je veux juste continuer à faire mon sport du mieux possible, et surtout m’épanouir en tant qu’homme dans ce que je fais. Pour l’instant, c’est dans le vélo. On verra ce que me réserve la vie. Avez-vous peur de passer à côté ? Ça peut arriver mais il y a des choses plus graves dans la vie et, très honnêtement, qui doit être inhibant. J’attaque ma sixième année en tant que professionnel et, pour l’instant, j’ai eu plus de hauts que de bas. Mais je sais qu’il y aura des Tours de France que je vais rater ou peut-être un peu en dessous des espérances mais, à la fois, ça va faire partie de ma carrière sportive. C’est la manière dont je vais gérer ça qui va déterminer le fil rouge de ma carrière. Donc non, il n’y a pas de pression particulièrement négative par rapport à ça, j’essaie de faire les choses du mieux possibles sur les éléments que peux contrôler, après la course en elle-même est incertaine. Il y aura des éditions plus favorables les unes que d’autres, et ça fera partie du jeu, tout le monde le sait. Est-ce que vous faites partis des personnes qui demandent un peu plus de transparence sur les AUT (Autorisations d’Usage Thérapeutiques) ? Oui, bien sûr, on a besoin de plus de crédibilité dans notre sport, et ce qui est terrible avec ses révélations, c’est que légalement, entre guillemets c’est « clean ». Pour la plupart des athlètes, c’est presque un blanc-seing pour contourner l’éthique. Pour moi, l’enjeu majeur est ici. Il faut une harmonisation des réglementations. C’est compliqué pour le grand public de le comprendre... Si ça serait facile, ce serait déjà réglé. Simplement, il faut que les règles soient claires, et que les instances qui décident soit indépendantes pour permettre une certaine égalité des chances. Propos recueillis par Nicolas Berté Première partie de l'interview : Bardet : « J’essaye vraiment de garder la surprise »
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