Cyclise: Richie Porte s'élève et se révèle dans Paris-Nice

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par Gilles Le Roc'h

COL D'EZE, Alpes-Maritimes (Reuters) - Paris-Nice a révélé cette année avec Richie Porte un très grand talent du cyclisme, dont la carrière avait subi des soubresauts depuis quatre ans mais dont tout le peloton savait que de coéquipier, il deviendrait champion.

L'Australien de 28 ans, originaire de Tasmanie, n'a certes plus l'âge des jeunes qui émergent. Mais s'il a déjà disputé deux Tours de France, il y a beaucoup travaillé pour ses patrons, Alberto Contador en 2010, Christophe Froome et Bradley Wiggins depuis 2011.

Il a donc mis du temps à s'imposer dans une épreuve de renom malgré une progression impressionnante depuis qu'il s'est mis à pratiquer le cyclisme, à 21 ans.

Richie Porte s'était fait remarquer en 2008, sous le maillot vert de Praties, une toute petite équipe australienne, en prenant la quatrième place du championnat national.

Après une nécessaire période d'apprentissage, son compatriote Bradley McGee le fait enrôler au sein de l'équipe Saxo Bank de Bjarne Riis, qui comprend rapidement à qui il a affaire.

Le Danois conviait chaque hiver ses coureurs pour un stage-commando auprès des militaires du royaume, dans des conditions extrêmes. Une occasion, selon lui, de mieux appréhender le caractère de ses hommes et d'unir son groupe.

Lorsqu'il fut un jour demandé aux coureurs de nager le plus longtemps possible sous l'eau, les meilleurs y parvinrent sur 50 mètres. Richie Porte se lança et suscita la panique de l'équipe qui ne le voyait pas émerger.

Alors que Bjarne Riis était prêt à se jeter à l'eau pour le sauver de la noyade, l'Australien sortit la tête de l'eau après avoir parcouru 72 mètres. De quoi donner une indication sérieuse de ses capacités pulmonaires.

En Tasmanie, terre de cyclisme, Porte avait déjà fait parler de lui en améliorant d'une minute, en 2008, le record de l'ascension du Mont Wellington, la plus réputée de l'île, détenue par Cadel Evans.

"Je suis originaire d'une terre de vraie tradition de cyclisme. Avec notamment Michael Wilson qui fut l'un des premiers grands coureurs professionnels de l'île et beaucoup de pistards", raconte-t-il.

"Moi, j'ai grandi dans une famille de nageurs. J'ai pratiqué le triathlon et j'ai commencé le cyclisme il y a sept ans. Je pense que le meilleur choix de vie que j'ai fait est d'avoir quitté le triathlon."

"J'AI BIEN FAIT DE CHANGER D'AVIS"

Malgré ses qualités physiques, Richie Porte a bataillé pour se faire un nom.

"Mon début de carrière n'a pas été évident. En 2010, dans Paris-Nice, je m'étais senti humilié par les propos de mon patron Bjarne Riis qui me reprochait d'être trop gros. Il avait raison", se souvient-il.

"A partir de ce moment, Bradley McGee s'est occupé de moi comme son deuxième fils. Il m'a remis sur la bonne voie. Un mois plus tard, j'ai gagné le chrono du Tour de Romandie puis j'ai porté le maillot rose du Giro. C'est vrai, ce n'était pas sympa d'entendre la vérité. Mais c'était la vérité."

Cette semaine, il a exploité tout son potentiel pour gagner Paris-Nice, sa plus grande victoire jusqu'à lors.

Il a confirmé ses aptitudes d'homme tous terrains, précieux parce que capable de pallier une carence de leader. Ce type de coureurs est toujours un luxe, même pour le Team Sky.

"Si on m'avait dit il y a une semaine que je gagnerais Paris-Nice, je ne l'aurais pas cru. Je vous aurais dit que vous étiez fou. C'est un énorme soulagement", a-t-il dit dimanche.

"Je viens de vivre une semaine incroyable. Je rejoins au palmarès de très grands champions. Aujourd'hui, dans le col d'Eze, je finis à quatre secondes du temps signé par Bradley Wiggins en 2012. J'aurais préféré aller cinq secondes plus vite et battre son temps d'une seconde."

"L'an dernier, j'avais vu la course de Wiggins dans le bus. Aujourd'hui j'étais à sa place. Ça fait drôle", a ajouté celui qui, pourtant, aurait voulu ne pas être au départ.

"En début de saison, on m'avait demandé mes préférences pour mon programme de courses et j'avais dit que je ne voulais faire ni Paris-Nice, ni le Tour du Pays-Basque j'ai bien fait de changer d'avis."

"Il y a trois semaines que je sais devoir assumer le rôle de leader du Team Sky. En fait, Paris-Nice est une course magnifique. C'est un monument. C'est très compliqué avec le stress, vent, le mauvais temps souvent, la présence des coureurs de classiques. C'est une course difficile mais aujourd'hui je peux dire 'J'adore Paris-Nice'".

Edité par Grégory Blachier

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