Curiosity s'est posé sur Mars, le travail scientifique commence

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par Guillaume Serries

TOULOUSE (Reuters) - Les équipes du Centre national d'études spatiales (Cnes) de Toulouse croisent les doigts pour que les deux instruments français sur les dix embarqués à bord du robot Curiosity, arrivé lundi sur Mars, soient encore opérationnels.

Dans la zone Mars de la Cité de l'Espace, une salve d'applaudissements a salué lundi à 07h43 locales l'atterrissage du robot au terme d'un voyage de plus de huit mois et après avoir parcouru 567 millions de km.

"Jusqu'à présent, il y a eu 41 tentatives pour aller sur Mars, et 14 succès. Il y a eu pas mal de ratés au lancement, et quelques véhicules qui ont raté mars", a déclaré Marc Pircher, directeur du centre spatial du Cnes de Toulouse.

Reste à savoir si les deux instruments français embarqués à bord, ChemCam et SAM-GC, destinés à analyser la composition chimique et moléculaire des roches, ont bien supporté le voyage.

"Ces instruments ont été conçus pour résister à des températures extrêmes, mais aussi à des chocs et des vibrations importantes, comme celles qui se produisent au décollage de la fusée", dit Alain Gaboriaud, chef de projet des contributions françaises à la mission MSL (Mars Science Laboratory).

Mais depuis le 26 novembre 2011, date de lancement de la fusée qui a propulsé depuis Cap Canaveral la capsule MSL, les équipes françaises n'ont pu vérifier que très partiellement que les instruments à bord du véhicule étaient en vie.

Reste à savoir après l'arrivée mouvementée de Curiosity sur Mars s'il en sera toujours de même.

12 G DE DÉCÉLÉRATION

ChemCam (CHEMistry CAMera) et SAM GC (Sample Analysis at Mars - Gas Chromatograph) ont dû encaisser 12 G au moment de la décélération de la capsule, après l'entrée dans l'atmosphère de Mars. Une phase particulièrement délicate, puisque Mars possède une "atmosphère très ténue, il est très difficile de freiner", dit Pierre Bousquet, chef de service planétologie du Cnes.

Une pression intense qui peut avoir endommagé certaines parties du matériel.

La moindre défaillance pourrait avoir des incidences sur la mission MSL, dont le but est d'utiliser un robot pour analyser le sol et les roches d'un cratère martien dans lequel de l'eau a coulé. Il s'agit de déterminer si de la vie ou des conditions favorables à la vie aurait un jour existé sur Mars.

Pour récolter ces informations, deux PI (Principal Investigators) dirigeront depuis la France les deux instruments scientifiques français conçus au Cnes (Centre National d'Etudes Spatiales) embarqués sur Curiosity.

L'instrument ChemCam, est équipé d'un mât mobile. Au bout de ce bras se trouve un laser, alimenté par la pile atomique du véhicule Curiosity.

En frappant d'un coup de laser la roche, les scientifiques français peuvent déterminer visuellement à l'aide d'une caméra la composition chimique des roches à une distance de deux à sept mètres. Le spectre de couleur provoqué par la fusion de la roche permet en effet de déterminer sa nature : bleu pour de l'aluminium, ou encore vert pour du cuivre.

"Rien qu'à l'oeil, on peut distinguer les roches", explique Jérémie Lasue, de l'équipe ChemCam IRAP/OMP. Par ailleurs, avec sa caméra, ChemCam permet aussi de photographier des roches.

"Nous saurons dès aujourd'hui si ChemCam est en bonne santé. Puis nous allons relever le mât, et nous aurons ainsi des images et un spectre d'ici à une dizaine de jours, après des vérifications techniques", explique Jérémie Lasue.

"Dix millions de tirs laser sont possibles", ce qui promet une durée de vie de l'instrument au moins aussi importante que celle de Curiosity, à savoir deux années terrestres.

CONCERTATION TOULOUSE-NASA

Les commandes de ChemCam seront prises partiellement depuis Toulouse dans 90 jours, après une période de concertation avec les équipes américaines de projet.

Le second instrument, SAM-GC, fait lui partie de la suite instrumentale SAM, qui sert à analyser les molécules organiques.

Il s'agit d'une machine de 40 kilos, composé de six colonnes de chromatographie en phase gazeuse, de la taille d'un four à micro-ondes. Des échantillons de roche et de sol seront carottés et disposés dans cette machine pour déterminer la nature des éléments chimiques et éventuellement organiques trouvés.

Le bulletin médical de SAM-GC devrait être un peu plus long à parvenir que celui de ChemCam. "Dans trois jours, nous aurons une première mise en route électrique pour savoir si l'instrument est en vie", dit David Coscia, de l'équipe SAM

LATMOS/LISA.

"Puis, dans 10 jours, nous vérifierons la bonne santé de l'instrument, en faisant une chauffe des différents éléments. Enfin, dans un mois, nous allons faire une recette technique en exécutant un essai à blanc. L'instrument sera alors prêt pour l'analyse", ajoute-t-il.

Si tout se passe bien, 72 échantillons solides seront récoltés, et un nombre illimité d'analyses atmosphériques pourront être effectuées.

Pour les deux instruments, les ingénieurs du Cnes devront faire le lien entre la communauté scientifique qui va commander des expériences et des relevés, et le personnel de la Nasa qui actionne en définitive les commandes de Curiosity, avec un décalage de 20 minutes dû à la distance Terre-Mars.

Outre ChemCam et SAM GC, Curiosity embarque huit autres instruments scientifiques de mesure, soit une charge utile de 75 kilos, sur les 899 kilos au total que pèse le véhicule. C'est la première fois qu'un véhicule de cette dimension est envoyé sur Mars.

Edité par Yves Clarisse

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