Cure d'austérité pour les patrons des groupes publics

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Cure d'austérité pour les patrons des groupes publics
Cure d'austérité pour les patrons des groupes publics

par Caroline Jacobs et Dominique Vidalon

PARIS (Reuters) - La plupart des dirigeants d'entreprises dont l'Etat français est actionnaire pourraient imiter le président d'EDF Henri Proglio et accepter d'importantes baisses de salaires afin de conserver leur poste, estiment les analystes.

Henri Proglio a fait savoir qu'il accepterait d'appliquer le projet du président français François Hollande de limiter de 1 à 20 l'écart maximal de rémunérations au sein d'une entreprise publique, alors que ce système d'encadrement des rémunérations doit être détaillé dans deux semaines.

Ce projet vient s'ajouter à une autre mesure avancée par François Hollande durant la campagne présidentielle: taxer à 75% les revenus dépassant un millions d'euros.

"C'est une modification de contrat. Si un PDG refuse, il risque de ne pas être renouvelé. Ils n'ont pas le choix", explique Laurent Maruani, directeur du département marketing de HEC.

Certains dirigeants pourraient ainsi voir leur salaire être amputé de 70%. La base à prendre en compte pour le calcul de l'écart de rémunération envisagé par l'Etat n'est toutefois pas le smic mais le salaire minimal dans l'entreprise, précise une source gouvernementale.

"Il y a des conventions collectives bien plus favorables que le smic. Par exemple chez EDF et chez Areva, le salaire minimal est largement au dessus du smic - parfois plus de 30%, +25% chez EDF", précise cette source.

"UNE MESURE SYMBOLIQUE"

De nombreuses questions demeurent toutefois: les cadres supérieurs de l'entreprise, dont les salaires peuvent dans certains cas dépasser celui de leur PDG, seront-ils également concernés par cette mesure ?

"Il faudra d'abord bien définir la cible de la mesure, qui est concerné, quels sont les critères pour calculer les rémunérations, ce que l'on prendra en compte, le fixe et le variable ? Les stock options ? Je m'attends à une usine à gaz", commente Stéphane Béal, avocat expert au cabinet Fidal.

Dans un entretien aux Echos publié le 30 mai, Luc Oursel, président du directoire d'Areva a dit qu'il appliquerait les décisions de l'Etat actionnaire si le cadre change tout en soulignant la complexité du sujet.

"Certains dirigeants d'entreprises ont un contrat de mandataire social, que le conseil d'administration est libre de modifier, et d'autres un contrat de travail de droit privé, qui lie deux parties et ne peut être changé de manière unilatérale, sauf à créer des litiges complexes", a-t-il indiqué.

Pour l'heure, il semble que le gouvernement veuille limiter son projet aux entreprises publiques ou dans lesquelles l'Etat est actionnaire, lui permettant d'introduire cette mesure par un décret comme il l'avait fait pour la baisse de 30% des salaires des ministres.

"C'est une mesure symbolique pour marquer la volonté du gouvernement du lutter contre une hiérarchie des salaires (...) Cela marque aussi la volonté du nouveau gouvernement de bien dire que les entreprises publiques doivent être gérées différemment des entreprises privées", estime Henri Sterdyniak, directeur du département économie de la mondialisation à l'OFCE.

L'Etat français est actionnaire majoritaire dans des sociétés comme Aéroports de Paris (60%) ou EDF (84%), et détient des participations minoritaires dans GDF Suez (37%), Renault (15%), France Telecom (27%), Air France-KLM (16%) et Safran (30%).

Les actionnaires de Safran ont rejeté jeudi deux résolutions accordant une indemnité de départ et une retraite chapeau à Jean-Paul Herteman pendant que ceux d'Air France-KLM ont massivement refusé d'avaliser la prime de non-concurrence versée à l'ancien directeur général du groupe Pierre-Henri Gourgeon.

Avec Elizabeth Pineau, Alexandre Boksenbaum-Granier pour le service français, édité par Cyril Altmeyer

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  • M1187348 le vendredi 1 juin 2012 à 18:27

    ben Henri ça sert à rien d'accepter, ils vont te virer quand même...