Cuisiner ses restes, une tendance anti-gaspillage portée par la crise

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Chaque Français jette en moyenne 20 kilos de nourriture par an. Municipalités et associations multiplient les initiatives pour enrayer ce gaspillage. Une thématique qui inspire aussi des startups dans le contexte de crise.

Le gaspillage alimentaire ne passe plus dans une Europe en crise. En Italie, l'association de producteurs Coldiretti s'est réjouie, au lendemain des fêtes, de voir que plus de la moitié des Italiens (56%) qui devaient passer le réveillon de la Saint-Sylvestre chez eux avaient l'intention de réutiliser les restes de leurs agapes. Plus de 200 millions d'euros de nourriture non utilisée durant ces repas devaient ainsi être sauvés des poubelles, selon les estimations du syndicat. Dans une étude réalisée l'an dernier, la Coldiretti a révélé qu'avec la crise, 59% des Italiens avaient pris l'habitude de cuisiner des repas à partir de restes afin de faire des économies.

Un comportement que le gouvernement aimerait bien généraliser en France, où les chiffres du gaspillage alimentaire donnent le vertige. Chaque Français jette en moyenne plus de 20 kilos de nourriture par an, selon l'Agence de l'environnement et de la maîtrise de l'énergie (Ademe). Parmi ces aliments, 7 kilos seraient des produits encore emballés! Un gâchis qui représente une perte de 400 euros par foyer chaque année. Alors qu'en parallèle, de plus en plus de Français font appel à l'aide alimentaire, le gouvernement a lancé l'an dernier un plan visant à réduire de moitié le gaspillage alimentaire d'ici à 2025.

Sur le terrain, cela fait déjà quelques années que des municipalités et associations multiplient les initiatives pour encourager les citoyens à réduire leurs déchets alimentaires. A Tours, par exemple, des camionnettes sillonnent la ville depuis juin dernier pour récupérer les produits comestibles dont les particuliers souhaitent se débarrasser et donner à l'aide alimentaire. En quatre mois, 24,5 tonnes de nourriture avaient été collectées. La Mairie de Paris a mis en place une opération originale durant Roland Garros l'été dernier, en partenariat avec le traiteur Potel et Chabot et des associations: récupérer les produits non consommés lors des réceptions organisées pendant le tournoi. Au total, 300 kilos de pain, 96 kilos de fromage et 43 plateaux repas ont été redistribués auprès de 2200 personnes dans le besoin.

Cuisiner ses restes... ou les échanger

Paris propose par ailleurs des ateliers de cuisine gratuits sur les marchés de la capitale, avec la Fédération de cuisine amateur (FFCA), pour inciter les Parisiens à accommoder leurs restes. Le Secours populaire, de son côté, propose des activités similaires à ses bénéficiaires à travers la France, comme à Alençon, où sont organisés des cours de «recyclage» des restes. Ces ateliers visent à «redonner l'envie de cuisiner aux personnes en difficulté dont le budget nécessite inventivité et débrouillardise», explique l'association sur son site Internet. Une idée qui séduit également le collectif Disco Soupe, qui récupère des fruits et légumes qui auraient été jetés, dans les grandes surfaces ou sur les marchés, et encourage les citoyens à venir préparer des repas - distribués ensuite gratuitement - dans une ambiance festive.

Au-delà de ces élans de générosité et de solidarité, la chasse anti-gaspi inspire aussi les entrepreneurs. En Aquitaine, la banque alimentaire de Bordeaux et de la Gironde a soutenu le projet de deux femmes qui ont créé leur entreprise spécialisée dans la récupération et la transformation en confiture de fruits considérés comme «perdus» par les grandes surfaces. D'autres idées sont plus insolites. A l'instar de cette application gratuite pour mobiles «LeftoverSwap», lancée fin août, qui permet à ses utilisateurs de donner leurs restes, par exemple de pizza à la suite d'une sortie au restaurant, voire de les échanger contre les restes de parfaits inconnus ...

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