Croissance meilleure que prévu en Turquie, l'incertitude demeure

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ISTANBUL (Reuters) - La Turquie a connu au premier trimestre une croissance économique supérieure aux attentes, de 2,3% sur un an, selon des données officielles publiées mercredi, mais les économistes jugent l'avenir incertain en raison des risques d'instabilité politique créés par les résultats des élections législatives de dimanche.

Cette croissance dépasse nettement la prévision des économistes interrogés par Reuters (1,6%), ce qui a contribué à la hausse du principal indice de la Bourse d'Istanbul et au raffermissement de la livre turque, qui a perdu plus de 17% face au dollar depuis le début de l'année.

La progression du produit intérieur brut (PIB) a toutefois ralenti par rapport au trimestre précédent (2,6%) et elle est bien inférieure à l'objectif de moyen terme du gouvernement, à savoir une progression de 4%.

Le détail de la statistique incite en outre les économistes à la prudence.

"Ce résultat meilleur que prévu est dû à une forte augmentation des dépenses de consommation, qui est intervenue au prix d'une baisse du taux d'épargne des ménages et d'un creusement du déficit des comptes courants", explique William Jackson, spécialiste des marchés émergents chez Capital Economics. "Rien de tout cela ne paraît durable et nous pensons que la croissance sera faible dans les trimestres à venir", écrit-il dans une note.

Le ministre turc des Finances, Mehmet Simsek, a en revanche jugé ce résultat positif étant donné la morosité de l'activité en Europe, les tensions géopolitiques au Proche-Orient, la volatilité des marchés financiers et les incertitudes politiques, et il s'est dit optimiste pour le trimestre en cours.

"Les principaux indicateurs montrent que la croissance a accéléré au deuxième trimestre. Les fondamentaux de l'économie turque sont solides. L'incertitude politique ne devrait pas durer", a-t-il écrit sur Twitter.

Arrivé au pouvoir en 2002, ce qui a coïncidé avec les premières années d'une décennie de forte croissance, le Parti Justice et Développement (AKP) a perdu dimanche sa majorité absolue au Parlement, ce qui va contraindre la formation islamo-conservatrice du président Recep Tayyip Erdogan à chercher un partenaire de coalition pour gouverner.

Si aucun gouvernement n'est formé au bout de 45 jours, de nouvelles élections doivent être organisées.

(Daren Butler, Bertrand Boucey pour le service français, édité par Marc Angrand)

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