Croissance décevante au Japon

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LA CROISSANCE AU JAPON
LA CROISSANCE AU JAPON

par Leika Kihara et Stanley White

TOKYO (Reuters) - La croissance de l'économie japonaise a été moins dynamique qu'attendu au deuxième trimestre, une performance décevante qui plaide pour un report du relèvement de la TVA même si la dette publique vient de franchir le seuil symbolique du million de milliards de yens (7.772 milliards d'euros).

Les entreprises ont réduit leurs investissements pour le sixième trimestre d'affilée, signe qu'elles ne sont pas encore pleinement rassurées par les politiques du gouvernement de Shinzo Abe, censées sortir l'archipel de la déflation et de la stagnation.

Le produit intérieur brut (PIB) de la troisième économie mondiale a crû de 2,6% en rythme annualisé sur la période avril-juin. Ce chiffre marque un troisième trimestre consécutif d'expansion mais aussi une performance moins bonne que prévu puisque les économistes interrogés par Reuters prévoyaient en moyenne une croissance de 3,6%.

Il est en outre inférieur à la croissance des trois premiers mois de l'année, révisée en baisse à 3,8% annualisé.

"Il n'y a aucune nécessité de relever d'urgence la TVA", a déclaré à Reuters Koichi Hamada, l'un des principaux conseillers de Shinzo Abe et professeur honoraire à l'Université de Yale.

"L'une des idées envisagées consiste à tout repousser d'un an. J'ai le sentiment que relever la TVA selon le calendrier prévu pourrait pénaliser l'économie."

Shinzo Abe a mis en oeuvre depuis son arrivée au pouvoir en décembre d'ambitieuses réformes des politiques monétaire et budgétaire, avec pour effet une nette dépréciation du yen, une envolée de la Bourse de Tokyo et un coup de fouet à la consommation des ménages.

Mais les observateurs, comme les investisseurs, continuent de s'interroger sur la capacité du Premier ministre à engager des réformes structurelles et à endiguer l'envolée de la dette publique.

C'est pour réduire la dette, déjà supérieure à 200% du PIB, que son gouvernement prévoit pour l'instant de porter la TVA de 5% à 8% en avril prochain, puis à 10% en octobre 2015. Mais les chiffres de la croissance pourraient remettre en cause ce scénario, plusieurs sources expliquant que Shinzo Abe craint de peser sur la consommation.

La Bourse de Tokyo a fini en baisse de 0,7% lundi après les chiffres du PIB.

LA HAUSSE DE TVA POURRAIT ÊTRE ÉTALÉE

"A plus de 2%, la croissance est toujours jugée élevée, ce qui ne devrait pas conduire à un abandon pur et simple du relèvement de la TVA. Mais le gouvernement pourrait opter pour un relèvement plus graduel, sans modifier le calendrier", estime Takeshi Minami, chef économiste du Norinchukin Research Institute.

D'un trimestre à l'autre, le PIB de la troisième économie du monde a progressé de 0,6% sur avril-juin. La demande extérieure a contribué à hauteur de 0,2 point de croissance et la demande intérieure pour 0,5 point.

La consommation a augmenté de 0,8% par rapport au premier trimestre, contre une hausse de 0,5% attendue, grâce à la bonne tenue des achats de produits alimentaires, de séjours touristiques ou encore d'électronique grand public.

Mais l'investissement des entreprises a subi une baisse inattendue de 0,1%, alors que le marché tablait sur un rebond de 0,7%.

"L'économie se redresse régulièrement depuis l'entrée en fonctions de l'administration Abe l'an dernier", a déclaré le Premier ministre à la presse. "Je souhaite me concentrer sur l'économie, y compris sur la mise en oeuvre à l'automne de stratégies supplémentaires pour la croissance."

Plusieurs responsables gouvernementaux ont expliqué que les chiffres révisés du PIB attendus le 9 septembre constitueraient un élément clé du débat sur la TVA, une décision définitive sur le projet devant être adoptée en octobre.

"La croissance est plus faible que je ne le prévoyais, on ne peut donc pas dire que les conditions soient idéales pour le relèvement de la TVA envisagé", a reconnu Etsuro Honda, professeur à l'université Shizuoka et conseiller de Shinzo Abe.

Il s'était auparavant prononcé à plusieurs reprises en faveur d'un relèvement d'un point par an.

De son côté, le gouverneur de la Banque du Japon, Haruhiko Kuroda, juge nécessaire la hausse de la TVA et estime qu'elle ne freinera pas l'économie.

Avec Tetsushi Kajimoto, Shinichi Saoshiro et Chris Gallagher, Bertrand Boucey et Marc Angrand pour le service français, édité par Nicolas Delame

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