Crise politique au Portugal

le
0
CRISE POLITIQUE AU PORTUGAL
CRISE POLITIQUE AU PORTUGAL

par Axel Bugge et Andrei Khalip

LISBONNE (Reuters) - Le Portugal était plongé mardi dans une crise politique après la démission la veille du ministre des Finances Vitor Gaspar et celle, refusée par le Premier ministre Pedro Passos Coelho, du chef de la diplomatie Paulo Portas, sur fond de contestation de la politique d'austérité.

Le chef du gouvernement, dans une allocution télévisée mardi soir, a exclu de démissionner et a dit qu'il allait s'attacher dans les heures qui viennent à résoudre la crise, mettant en garde contre les conséquences de l'instabilité politique pour le pays.

"Je n'ai pas demandé au président de relever le ministre des Affaires étrangères de ses fonctions (...) Un gouvernement de coalition ne peut être ainsi mis en danger, sauf quand il y a des divergences vraiment énormes", a-t-il dit.

"Je vais rechercher dans les prochaines heures les moyens d'assurer la stabilité avec mes partenaires du CDS-PP", a-t-il poursuivi, ajoutant qu'il se rendrait comme prévu mercredi "en tant que Premier ministre" à Berlin pour la réunion sur le chômage des jeunes Européens.

"Avec moi, le pays ne choisira pas la voie de l'effondrement politique, économique et social. Il y a beaucoup de travail à faire et nous devons récolter les fruits de ce que nous avons déjà fait avec tant d'efforts", a dit le Premier ministre, faisant référence aux mesures d'austérité imposées à la population.

Paulo Portas préside le Parti populaire (CDS-PP), la plus petite et la plus à droite des deux formations qui composent le gouvernement. Privé de son soutien, Pedro Passos Coelho ne pourrait compter que sur son Parti social-démocrate (PSD, centre droit) et perdrait sa majorité au parlement.

"JE NE SUIS PAS D'ACCORD AVEC LUI"

L'agence de presse Lusa a cité une lettre de Paulo Portas dans laquelle celui-ci explique sa volonté de démissionner par son refus de voir Maria Luis Albuquerque, la secrétaire au Trésor, remplacer Vitor Gaspar aux Finances.

"En conséquence, et étant donné l'importance décisive du ministère des Finances, ce serait un simulacre de rester au gouvernement", écrit-il. "Le Premier ministre choisit d'assurer la continuité au ministère des Finances. Je respecte son choix mais je ne suis pas d'accord avec lui."

Paulo Portas s'est fréquemment démarqué de la volonté affichée par Pedro Passos Coelho et Vitor Gaspar de respecter à la lettre les termes du plan d'aide de 78 milliards d'euros, accordé par l'Union européenne (UE) et le Fonds monétaire international (FMI) à Lisbonne en échange d'importantes réformes budgétaires.

Vitor Gaspar a lui-même cité le manque de soutien des Portugais à ces réformes pour expliquer sa démission, annoncée lundi.

"On dirait que c'est la fin de partie pour le gouvernement", estime Antonio Costa Pinto, politologue à l'université de Lisbonne. "Le gouvernement peut toujours se maintenir en étant minoritaire et avec le soutien conditionnel du CDS-PP mais l'opposition demandera de nouvelles élections et le président sera dans une situation difficile."

L'économie portugaise est entrée dans sa troisième année de récession et le taux de chômage a dépassé 17% au premier trimestre, un niveau sans précédent.

Pascal Liétout, Julien Dury et Guy Kerivel pour le service français

Vous devez être membre pour ajouter des commentaires.
Devenez membre, ou connectez-vous.
Aucun commentaire n'est disponible pour l'instant