Crise de la Deutsche Bank: la BaFin veut éviter une "spirale négative"

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    par Georgina Prodhan 
    FRANCFORT, 1er octobre (Reuters) - Au terme d'une semaine 
marquée par la crise de confiance autour des difficultés de la 
Deutsche Bank, le président de la BaFin, l'autorité allemande de 
tutelle du secteur financier, a mis en garde samedi contre le 
risque de se laisser entraîner dans une "spirale négative". 
    Dans une interview accordée à la Frankfurter Allgemeine 
Sonntagszeitung, à paraître dimanche, Felix Hufeld refuse 
d'aborder spécifiquement le cas de la première banque du pays 
mais "met en garde contre le risque de se laisser aller à la 
dérive dans une sorte de spirale de la perception négative". 
    "Les réactions d'un marché nerveux ne sont pas toujours 
toutes fondées sur des faits objectifs", ajoute-t-il. 
    Perçue comme un établissement fragile depuis plusieurs mois, 
la Deutsche Bank, qui emploie quelque 100.000 salariés et 
revendique plus de 20 millions de clients, a été un peu plus 
affaiblie mi-septembre avec la décision du département américain 
de la Justice de réclamer à son encontre une amende de 14 
milliards de dollars (12,5 milliards d'euros) pour la vente de 
titres financiers adossés à des prêts immobiliers avant la crise 
des "subprimes".   
    Le gouvernement allemand a démenti mercredi préparer le 
moindre plan de sauvetage pour la première banque du pays, dont 
les problèmes réveillent chez les investisseurs le souvenir de 
la crise financière déclenchée par la faillite de Lehman 
Brothers en septembre 2008 aux Etats-Unis. 
    Malmenée en Bourse, l'action Deutsche Bank a légèrement 
rebondi vendredi à la suite d'informations de l'AFP selon 
lesquelles la banque serait proche d'un compromis avec les 
autorités américaines qui réduirait son amende à environ 5,4 
milliards de dollars.   
    Mais ni la banque allemande ni le département américain de 
la Justice, pas plus que le ministère allemand des Finances, 
n'ont fait le moindre commentaire. 
     
    RISQUE POLITIQUE 
    "Il est certainement vrai qu'il existe pour chaque grande 
banque des plans de redressement et de liquidation", ajoute, 
sans entrer dans le détail, le président de la BaFin dans les 
colonnes du Frankfurter Allgemeine Sonntagszeitung. 
    Observant qu'il ne sera pas possible d'éviter des "coupes 
douloureuses", Felix Hufeld met également en cause le "poison 
lent des taux d'intérêt bas" qui dégrade les bilans des 
établissements bancaires. 
    Dans ce contexte, il dit s'attendre à plusieurs fusions dans 
le secteur bancaire allemand, principalement parmi les banques 
coopératives et d'épargne plus petites. Ne nommant ni la 
Deutsche Bank ni la Commerzbank, le deuxième établissement 
bancaire d'Allemagne, il dit en revanche ne pas croire à une 
"fusion miracle" qui réglerait tous les problèmes des banques 
allemandes du jour au lendemain. 
    La crise bancaire occupe samedi une large place dans la 
presse allemande, qui juge qu'Angela Merkel ne peut pas se 
permettre de renflouer la Deutsche Bank après s'être opposée aux 
aides publiques dans d'autres pays européens et en raison du 
risque politique que lui ferait courir une telle initiative. 
    "Bien sûr, la chancelière Merkel ne veut pas donner d'aide 
publique à Deutsche Bank", écrit l'éditorialiste de la 
Frankfurter Allgemeine Zeitung. "Elle ne peut pas se le 
permettre sur le plan de la politique étrangère parce que Berlin 
a adopté une ligne dure concernant le sauvetage des banques 
italiennes." 
    La Süddeutsche Zeitung, basée à Munich, estime pour sa part 
que dans le cas contraire, elle trahirait la promesse qu'elle a 
faite aux contribuables allemands de ne pas renflouer une 
banque. Au risque d'en payer au prix fort lors des élections 
législatives de septembre 2017, alors que son parti, la CDU, est 
déjà fragilisé par la montée en puissance du mouvement 
anti-immigration AfD. 
    "Un plan de sauvetage public jetterait les électeurs dans 
les bras de l'AfD", estime le journal. "Les enjeux politiques 
intérieurs rendent très improbable le recours de Berlin à ce 
joker. Il est encore plus improbable que la Commission 
européenne l'accepte. Le risque politique est trop élevé", 
conclut-il. 
 
 (Tangi Salaün et Henri-Pierre André pour le service français) 
 

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