Crise de la dette-La France secouée mais ses taux restent bas

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* Un des pays triple A les plus fragiles

* Les investisseurs s'arrachent le Bund

* Le spread franco-allemand atteint 170 points de base

par Raoul Sachs

PARIS, 10 novembre (Reuters) - La France souffre directement de l'extension de la crise de la dette souveraine à l'Italie mais elle n'est pas encore contaminée.

La deuxième économie de la zone euro conserve des conditions de financement meilleures qu'en début d'année même si l'écart (spread) entre les taux de ses emprunts d'Etat et ceux de l'Allemagne a atteint des sommets.

Le spread entre l'OAT française à 10 ans et son équivalent, le Bund allemand, référence de la zone euro, a atteint un record de 170 points de base (1,7%) depuis que l'Italie est entrée cette semaine dans l'oeil du cyclone.

Le taux absolu de l'OAT à 10 ans s'est tendu jeudi à 3,45%, mais demeure 30 points de base en dessous de son plus haut de l'année (3,75% en avril).

Sur la même période, le rendement du Bund, redevenu aux yeux d'investisseurs très inquiets la seule valeur refuge du marché obligataire en euro, est tombé à 1,79% contre 3,45% en avril.

L'Italie, troisième économie de la zone euro où la crise de l'endettement se double d'une crise politique qui sème le doute sur la capacité du pays à se doter d'un gouvernement capable de prendre les mesures d'assainissement nécessaires, a vu son taux à 10 ans dépasser les 7%.

"Avec l'Italie, une nouvelle barrière a été franchie dans la crise de la zone euro. Les spreads ont atteint des niveaux record, ce qui est cohérent avec le poids de l'Italie", souligne Nicolas Forest, responsable de la stratégie taux chez Dexia Asset Management.

"La France a une exposition très importante à la troisième économie de la zone, l'Allemagne aussi", ajoute-t-il.

"On est en pleine théorie des dominos. Les petits dominos (Grèce, Irlande, Portugal) sont tombés, maintenant c'est les gros", explique Nicolas Forest. Il souligne que le sommet européen du 26 octobre n'a rien réglé.

"Un taux italien à 10 ans à 7% n'est pas soutenable compte tenu du poids de la dette italienne" (120% du PIB), dit-il.

En revanche, concernant la France, lui-même et d'autres professionnels soulignent que le niveau actuel des taux reste relativement bas.

"LA DIGUE ITALIENNE"

Les mesures visant à maintenir les objectifs de réduction des déficits de la France en 2012 ne sont que la conséquence de la révision en baisse des prévisions de croissance du gouvernement de 1,75% à 1,0%, dit-on dans les salles de marché.

"Le plan Fillon n'est pas un sujet, le vrai sujet c'est l'Italie. Si la digue italienne cède, la zone euro sera en grand danger", résume Nicolas Forest.

L'Allemagne et la France, soutenues par la Banque centrale européenne, doivent tout faire pour ramener le taux à 10 ans italien à 5%, un niveau soutenable pour l'économie du pays, estiment plusieurs professionnels.

Pour les stratégistes taux de la Société générale, "la mission et le devoir aujourd'hui de la BCE c'est de soutenir à la fois l'économie et la stabilité financière plutôt que de défendre sa crédibilité sur l'inflation".

"Seule la BCE est en mesure de contenir l'incendie. Elle est déjà passée à l'action cet été, en rachetant des titres de dette souveraine à une cadence de 7,0 milliards par semaine", estime Fabrice Cousté, directeur général de CMC Markets France.

Les analystes d'Amundi relèvent que parmi les pays notés triple A, la France est l'"un de ceux dont les finances publiques sont les plus précaires".

La France a quasiment bouclé son programme 2011 de financement à moyen et long terme (184 milliards d'euros nets de rachats).

A ce jour, elle a émis en brut 192,8 milliards d'euros et, à fin septembre, elle avait procédé à quelque 18 milliards d'euros de rachats de dette arrivant à maturité en 2012.

Ces rachats permettent de réduire le montant des remboursements de dette à moyen et long terme en 2012 qui, y compris après rachat, s'élèveront à 99 milliards d'euros contre 95 milliards en 2011.

Le plus gros émetteur de la zone euro en 2012 restera l'Italie avec environ 300 milliards d'euros, suivie par la France et l'Allemagne (plus de 200 milliards d'euros, y compris la dette court terme).

La France a pu réduire de 4,4 milliards d'euros l'encours de sa dette à court terme cette année et compte le diminuer de 1,1 milliard d'euros en 2012.

(Edité par Dominique Rodriguez)

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  • felispca le jeudi 10 nov 2011 à 18:42

    La France a pu réduire de 4,4 milliards d'euros l'encours de sa dette à court terme cette année et compte le diminuer de 1,1 milliard d'euros en 2012