Craintes sur la croissance mondiale après les enquêtes PMI

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LES INDICES PMI DE LA ZONE EURO
LES INDICES PMI DE LA ZONE EURO

par Jonathan Cable et Koh Gui Qing

(Reuters) - Des données suggérant que le ralentissement économique chinois s'amplifiait et d'autres montrant que la croissance devrait rester faible en Europe ont assombri encore un peu plus les perspectives pour l'économie mondiale, faisant plonger les Bourses et les cours des matières premières.

Selon une enquête menée auprès des directeurs d'achats, le vaste secteur manufacturier chinois s'est contracté en août à un rythme jamais vu depuis près de six ans et demi, une statistique qui incite les investisseurs à plébisciter des valeurs refuge tels que l'or et les emprunts du Trésor américain.

Les acteurs du marché avaient déjà été échaudés par la dévaluation surprise du yuan la semaine dernière et par l'effondrement des Bourses chinoises au début de l'été.

"Les incertitudes concernant la croissance chinoise sont désormais le principal facteur faisant bouger les marchés", a déclaré Tim Condon, économiste chez ING.

"Les données publiées aujourd'hui alimentent les doutes au sujet de la croissance mondiale."

Mercredi, la Réserve fédérale avait déjà démultiplié les craintes au sujet de l'économie mondiale, en évoquant spécifiquement la Chine comme un risque pesant sur la conjoncture.

L'indice PMI Caixin/Markit "flash" des directeurs d'achat du secteur manufacturier chinois est ressorti à 47,1 en août, bien en dessous de la projection médiane des analystes interrogés par Reuters (47,7) et en net recul par rapport à l'indice définitif de juillet (47,8).

Ce résultat est le plus mauvais depuis mars 2009, lorsque la crise financière mondiale battait son plein. Pour le sixième mois consécutif, l'indice reste sous le seuil des 50 qui marque la bascule entre contraction et croissance de l'activité.

VENT CONTRAIRE CHINOIS

Les effets du ralentissement économique chinois sont tout particulièrement ressentis par les voisins du pays, avec la Corée du Sud qui a annoncé un recul de ses exportations sur les trois premières semaines d'août et Taiwan une baisse plus marquée que prévu de ses commandes à l'exportation en juillet.

Au Japon, la croissance du secteur manufacturier s'est encore accélérée en août, évoluant à son rythme le plus soutenu depuis sept mois, toujours portée par la hausse des commandes domestiques.

Mais la composante nouvelles commandes à l'exportation de cet indice est revenue à 50,5, contre 52,2 en juillet, ce qui suggère que la demande en provenance de l'international perd de son élan du fait du ralentissement économique chinois.

Après trois décennies de croissance effénée, qui ont propulsé la Chine au rang de deuxième puissance économique mondiale, l'activité du pays semble s'essouffler plus que ce que ne le voudraient les autorités et ce malgré les nombreuses mesures pour tenter de la relancer.

Les taux d'intérêt ont ainsi été abaissés à quatre reprises depuis novembre et la devise chinoise a été dévaluée de 2% le 11 août. Depuis lors, elle a perdu près de 3% par rapport au dollar.

Aux yeux de certains analystes, ce repli n'est pas assez important pour relancer les exportations chinoises mais il est quand même suffisamment conséquent pour faire redouter une "guerre des monnaies" entre différents pays.

La vitesse à laquelle l'économie chinoise semble perdre de l'élan a conduit des économistes à dire que l'Etat risquait d'avoir du mal à atteindre son objectif officiel d'une hausse de 7% du produit intérieur brut (PIB) cette année.

SITUATION MITIGÉE EN EUROPE

Selon les premières estimations des enquêtes PMI du mois d'août, le secteur privé de la zone euro a connu une accélération inattendue ce mois-ci, notamment porté par une augmentation des nouvelles commandes, ce qui suggère que le programme d'assouplissement quantitatif de la Banque centrale européenne (BCE) commence à porter ses fruits en termes de croissance économique.

Pour autant, l'accélération des baisses de prix risque de décevoir l'institution de Francfort, qui tente de rapprocher l'inflation de son objectif de 2%, alors qu'elle s'est établie à 0,2% en juillet.

L'indice PMI composite des directeurs d'achats de Markit, qui porte sur des milliers d'entreprises et est considéré comme un bon indicateur de la croissance, est ressorti en août à 54,1 en version flash, contre 53,9 le mois dernier.

Les économistes interrogés par Reuters tablaient sur un léger recul, à 53,8.

Selon Rob Dobson, les indices PMI suggèrent que la zone euro devrait voir son produit intérieur brut (PIB) progresser de 0,4% au troisième trimestre, un chiffre conforme à la moyenne des anticipations de croissance dans une enquête Reuters diffusée la semaine dernière.

"Mais nous allons voir la croissance ralentir dans la zone euro dans les mois à venir avec l'effacement des effets positifs qu'ont pu avoir le bas niveau des prix et la dépréciation de l'euro", a déclaré Jennifer McKeown, analyste chez Capital Economics.

Elle a également pointé le risque d'une érosion de la confiance si les élections anticipées en Grèce sont synonymes d'une nouvelle période d'incertitudes.

Le Premier ministre grec, Alexis Tsipras, confronté à une fronde de l'aile gauche de son parti, a remis jeudi soir sa démission, sept mois après sa prestation de serment, et ouvert ainsi la voie à des élections législatives anticipées.

(Benoit Van Overstraeten pour le service français)

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