Craintes de famine à Haïti après le passage de l'ouragan Matthew

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    par Makini Brice 
    LES CAYES, Haïti, 14 octobre (Reuters) - La destruction des 
cultures par l'ouragan Matthew qui a ravagé le Sud fertile 
d'Haïti la semaine dernière met 100.000 enfants en danger de 
malnutrition sévère, ont indiqué les Nations unies vendredi. 
    Si Haïti importe la moitié de ses besoins alimentaires, 
l'essentiel de la production agricole est localisée dans le sud 
du pays. En outre, la moitié de la population était déjà en 
sous-nutrition avant le passage de l'ouragan. 
    Matthew, qui a fait 1.000 morts et 175.000 sans-abri, a non 
seulement détruit des stocks alimentaires et rempli les champs 
d'eau de mer et de déchets, mais il a aussi déraciné des 
plantations de cacao, de café et d'arbres fruitiers, des 
cultures qui sont exportées et qui rapportent des devises.  
    Selon les experts, il faudra au moins cinq ans pour qu'elles 
reviennent à maturité. 
    "C'est dévastateur. Il se pourrait que nous ayons une famine 
dans six mois", commente Yvonne Helle, directrice du Programme 
des Nations unies pour le développement (Pnud) à Haïti. 
    Selon un premier bilan provisoire, 60% à 80% des récoltes 
ont été perdues dans les zones touchées par l'ouragan, précise 
Yvonne Helle. Les plantations de mangue, une des principales 
exportations d'Haïti, ont été très endommagées, souligne-t-elle. 
    A Saint-Jean-du-Sud, Paul Joseph Maxel, un agriculteur de 75 
ans, dit avoir perdu la quasi-totalité de ses 20 manguiers sur 
la propriété de six hectares qu'il dirige. Ses avocatiers et ses 
cocotiers ont eux aussi été balayés. 
    Devant la tente que ses enfants, qui vivent à 
Port-au-Prince, lui ont achetée et qu'ils ont dressée à côté de 
sa maison endommagée, Paul Joseph Maxel dit espérer de l'aide 
pour reconstruire son exploitation. 
    Le sentier qui mène chez lui, accessible seulement à pied, 
est jonché de noix de coco et de mangues abîmées tombées des 
arbres déracinés. 
    De l'autre côté de la colline, Auguste Donnay, étudiant en 
agronomie, est assis devant sa maison dont le toit s'est envolé. 
Le sol est couvert de tronc d'arbres. Il demande qu'on aide les 
agriculteurs à redémarrer. 
    "S'ils doivent le faire seuls, beaucoup mourront (...) de 
faim", estime Auguste Donnay, qui a 30 ans. Il souligne que ce 
sont les agriculteurs de sa région qui nourrissent la capitale. 
    Pour Hervil Cherubin, qui dirige l'ONG d'aide à 
l'agriculture Heifer International pour Haïti, le désastre 
pourra peut-être être évité si l'aide est activée rapidement. 
"Il faut que les gens aient accès aux semences rapidement", 
dit-il.    
 
 (Danielle Rouquié pour le service français) 
 
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